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La face cachée de l’«Affaire Pegasus »

La face cachée de l’«Affaire Pegasus »

Des milliers de numéros de téléphone algériens – dont certains appartenant à de hauts responsables politiques et militaires – ont été recensés comme cibles potentielles du logiciel Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO pendant l’année 2019, avaient révélé une enquête du consortium Forbidden Stories et Amnesty International, déclenchant de facto, une levée de bouclier planétaire contre Rabat et ses parrains.

Ainsi, les services marocains sont aujourd’hui, confrontés à de graves accusations d’espionnage menées contre des dizaines de journalistes et des personnalités politiques et militaires. 6000 numéros de différentes personnalités algériennes, ont été ciblés par les services de Abdellatif Hammouchi, le patron des services contre-espionnage du Maroc, en vue d’une « surveillance rapprochée ». Le Mossad était-il au courant ? Certainement. Les limiers de NSO sont tous d’anciens agents de l’Unité 8200, la formation d’élite des services d’espionnage électronique d’Israël. La CIA était-elle au courtant elle aussi ? On ne le sait pas avec précision, mais certains estiment que oui.

Dans tous les cas, ces révélations ont suscité une indignation générale en Algérie, notamment sur les réseaux sociaux. Est-il possible que NSO Group opère indépendamment du gouvernement israélien? Jusqu’ici, uniquement le Washington Post et The Guardian se sont vraiment intéressés à la question. Des sources au sein des services de renseignements américains et européens ont confié au Post que le groupe NSO fournit au gouvernement israélien des informations sur ses clients et des renseignements sur des personnes ciblées, les fondateurs de NSO étant tous, comme nous l’avons dit, des anciens de l’unité 8200. De plus, le ministère de la Défense israélien connaît les clients de NSO, puisqu’il délivre lui-même des licences d’exportation pour ses produits de haute technologie.

Ce qui nous intéresse dans cette affaire sordide, c’est que le renseignement avait mis en échec le logiciel espion au lendemain de la restructuration du Département Renseignement et sécurité, dans le sillage de la chute du système Bouteflika. Si on relit soigneusement l’entretien accordé par le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, au début de l’année, à la mi-février plus exactement,  on peut aisément prendre connaissance du dossier dans ses moindres nuances. Dans cet entretien, livré par le ministre au site Echoroukonline il y a six mois déjà, Belhimer évoque la guerre cybernétique que mène l’Algérie contre des réseaux d’espionnage et d’influence via le numérique, donnant des exemples de désinformation, les fake news et les deep fakes, qui font des ravages sur les réseaux sociaux auprès d’un public jeune et non averti.

« Les recherches militaires et les applications civiles menées par l’entité sioniste, disait alors Belhimer, sont le matériau qui alimente les entreprises opérant dans le cyberespace. Certaines des technologies les plus secrètes produites par les développeurs de cette entité restent plus étroitement liées à leurs versions militaires originales. C’est le cas d’un logiciel d’attaque qui est vendu à des pays qui souhaitent espionner leurs citoyens, à des pays en conflit, et à des entreprises privées qui espèrent prendre un avantage sur leurs concurrents ou assurer la bonne exploitation de leurs clients, les influencer et orienter leurs choix commerciaux. Une fois intégré aux plateformes de réseaux sociaux utilisées par des milliards d’utilisateurs, ce logiciel espion confère aux services de renseignement des pays « espionneurs » une dimension planétaire.

Puis il précise : « Dans ce contexte, WhatsApp, une plate-forme de réseau social détenue par Facebook, a déposé son premier procès devant un tribunal californien contre NSO, la plus grande société de surveillance israélienne – fondée en 2010 par Omri Lavie et Shalev Hulio, anciens élèves de l’unité d’espionnage militaire israélienne nommé « Unité 8200 ».

Dans le cadre du procès, WhatsApp accuse NSO d’avoir mené des cyberattaques, ciblant les téléphones mobiles de plus de 1 400 utilisateurs dans 20 pays. NSO a mené l’attaque à l’aide d’un logiciel espion, appelé Pegasus, qui a été accessoirement utilisé contre des défenseurs des droits humains, des avocats, des chefs religieux, des journalistes et des travailleurs humanitaires. NSO a également accordé une licence d’utilisation de ce programme à des dizaines de gouvernements, en particulier des régimes qui ne jouissent pas d’une bonne réputation dans le domaine du respect des droits de l’homme, comme le Maroc… »

Les informations livrées par Belhimer, et qui sont passés sur la plupart des responsables comme passe l’eau sur les plumes d’un canard, étaient appuyés par des faits, non par des conjectures. D’où la précision des accusations étalées, pointant le curseur sur Israël, puis sur le Maroc. Ce qui explique aussi qu’aucun des responsables actuels du renseignement ne figure sur les cibles attaquées, et dont le contenu numérique a été aspiré par Pegasus. Les dégâts occasionnés par le logiciel espion ont été circonscris dans le temps. Ils ont surtout affecté les responsables du système Bouteflika et la période de flottement qui s’en est suivit immédiatement, à un moment où les services de renseignement ont été secoué de fond en comble et malmené par un système politique totalement défaillant et dont la disparition brutale en disait long sur son contenu.

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