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Le « big reset à l’envers » surprend les puissances occidentales

Le "big reset à l'envers" surprend les puissances occidentales

Sommes-nous les témoins privilégiés d’un empire hyper puissant en phase de déconstruction? Certainement; mais entendons-nous bien: déconstruction n’est pas fin finale. Car comme pour les douleurs de l’enfantement de la naissance, les distorsions des douleurs de la mort peuvent être lentes, et expansives.

La guerre en Ukraine a ouvert la boîte de Pandore et ne semble pas prête à la fermer. Jusque-là, les conséquences de la guerre ne tournent pas à l’avantage des puissances occidentales. Loin s’en fallait. 

Le big reset programmé au lendemain de l’arrêt mondiale de l’économie à cause de la pandémie, n’a pas fonctionné au quart de tour. En réalité, il a mal fonctionné, tant qu’aujourd’hui nous assistons à un retour de flammes.

L’Arabie Saoudite a trouvé un compromis avec le Yémen, puis avec l’Iran, et c’est un événement majeur de la déconstruction de l’Empire occidental, hyperdominant, jusqu’à l’outrance, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

L’Arabie, hyper-réaliste depuis la prise de pouvoir réel de MBS, garde en ligne de compte que le détroit d’Ormuz, cœur battant des économies des pays du Golfe, est sous pavillon iranien. Mais c’est surtout la prépondérance de la Chine et sa lucidité économico-politique qui a permis ce rapprochement historique entre Ryad et Téhéran.

De ce fait, la Chine se présente comme la solution à un monde en déconstruction. Sauf que, pour la comparaison, Pékin veut gagner et faire gagner ses partenaires et alliés, au contraire de Washington, qui cherche plutôt une hégémonie sans partage. 

L’Europe a-t-elle compris tardivement toute cette déconstruction qui se fait à ses dépens? Il y a tout lieu de le croire, avec les déclarations « historiques » du président français, Emmanuel Macron, qui, après une discussion avec le dirigeant chinois, exhorte l’Europe à se « réveiller » et refuse « une logique de bloc à bloc », dans le conflit opposant la Chine à Taïwan.

Se refusant à « entrer dans une logique de bloc à bloc », comme ce fut le cas dans le dossier Ukraine, Emmanuel Macron exhorte l’Europe à ne pas « être suiviste » des États-Unis ou de la Chine sur la question de Taïwan, dans une interview au quotidien économique français « Les Echos » publiée dimanche: « La pire des choses serait de penser que nous, Européens, devrions être suivistes » sur la question de Taïwan « et nous adapter au rythme américain et à une surréaction chinoise ».

Mais les Américains auront compris que le propos les visait directement. Macron exprime en réalité, un ras-le-bol des Européens qui font une sous-traitance de la guerre au profit du couple américano-atlantiste. Car le plus grand perdant de cette guerre sont d’abord, les Européens.

Alliée de la Russie, qu’elle appuie par son économie et son amitié sans faille, la Chine garde l’esprit ouvert. Elle sait que l’échec de Moscou en Ukraine sera également celui de Pékin avec Taïwan. Donc, tout en manoeuvrant avec la stratégie de Sun Tzu, la Chine espère faire tomber plusieurs dominos en même temps. 

Économiquement, le monde en dépendra dans moins de dix ans. Pendant l’arrêt planétaire de 2020-2021, les Chinois ont fait le plein des matières matières, toutes les matières. Tant et si bien que pour la voiture électrique dont tout le monde parle, il sera quasi-impossible de ne pas s’approvisionner chez les Chinois pour la batterie électrique.

Avec les Brics, elle mène déjà l’économie du monde, et tous les pays veulent aujourd’hui y adhérer. Dernier en date: la Tunisie.

L’intérêt de la Tunisie pour les travaux des BRICS n’est pas pour déplaire à Pékin, qui a réaffirmé vouloir travailler avec les pays émergents. La recherche de nouveaux partenariats est au centre de la philosophie prônée par le groupe des cinq (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), a d’ailleurs rappelé Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Voilà, nous vivons un « big reset à l’envers »; mais attention, comme on l’a dit, aux distorsions des « dégâts collatéraux ».

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