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Les menaces multiformes au Sahel minent la stabilité régionale

Les conflits de faible et moyenne intensité dans les pays du voisinage de l’Algérie, continuent à miner la stabilité dans la région Sahélo-saharienne

Les conflits de faible et moyenne intensité dans les pays du voisinage de l’Algérie, continuent à miner la stabilité dans la région Sahélo-saharienne avec un impact certain sur le développement économique sous-régional. C’est ainsi que le coup du 28 juillet 2023 au Niger et les convulsions politiques au Mali sont venus s’arrimer à l’insécurité qui règne en Libye depuis les soulèvements populaires de 2011. Sur une large étendue frontalière de l’Algérie, nombre de fléaux se sont multipliés.

Les frontières algériennes sont ainsi menacées autant par les groupes extrémistes violents que par le trafic d’armes de guerre en provenance de Libye, le trafic de drogue à partir du Maroc et du flan oriental du Sahel, et des déplacements de migrants à partir de l’Afrique subsaharienne.

IMMIGRATION CLANDESTINE

Au milieu de la guerre contre le banditisme et le terrorisme dans les zones frontalières, il y a essentiellement la lutte contre l’immigration clandestine et les réseaux alimentant le vaste trafic, très lucratif pour les nouveaux barons, qu’est celui de la traite humaine. Le passage organisé de personnes se développe de manière exponentielle dans les zones frontalières et des milliers de migrants d’origine subsaharienne traversent les frontières de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc en route vers les côtes espagnoles et italiennes pour se diriger ensuite vers l’Europe du Nord et le Royaume Uni.

Depuis la dernière décennie, l’Algérie est devenue un pays essentiellement de transit pour des ressortissants de pays subsahariens qui arrivent sur le territoire algérien en empruntant les routes de l’immigration clandestine. Il s’agit d’itinéraires tracés sur les pistes et les routes balisées avec des déviations sur des voies parallèles contournant les points de contrôles sur les bandes frontalières de type « chemins d’éléphants ».

Une fois sur le territoire algérien les migrants empruntent d’autres routes, dites des routes de circulation longeant les frontières tunisiennes et libyennes. Au fil du temps, la prise en charge de migrants clandestins dans la région Sahélo‐saharienne a changé de main et a basculé vers les passeurs djihadistes islamistes.

L’évolution du phénomène de l’immigration clandestine est devenue alarmante en Méditerranée Occidentale. Des embarcations de fortune transportant hommes, femmes et enfants arrivent rarement à atteindre la rive nord de la Méditerranée laissant des centaines de victimes. Selon nombre d’observateurs, lors de ces deux dernières décennies, plus de 30.000 migrants auraient trouvé la mort en tentant la traversée.

NARCOTRAFIC ET FINANCEMENT DU TERRORISME

La région Sahélo‐saharienne dont l’Algérie partage une large bande frontalière, est devenue la plaque tournante d’un trafic transnational avec ses différentes filières du crime organisé et principalement des trafics d’armes et de drogues. Les narcotrafiquants des cartels latino-américains acheminent leurs marchandises vers l’Europe en transitant, grâce aux voies maritimes, par l’Afrique de l’Ouest.

Un banditisme diversifié et florissant allant des côtes du Sénégal jusqu’à la Corne de l’Afrique constitue une jonction avec les filières du crime organisé en provenance d’Amérique Centrale. De l’héroïne dans l’Est de l’Afrique et de la cocaïne dans l’Ouest se rejoignent dans la zone Sahélo‐saharienne empruntant de nouveaux itinéraires à travers le Tchad, le Mali et le Niger.

Avec une reconfiguration des routes de la drogue, l’Afrique de l’Ouest est devenue une plaque tournante et un des chemins les plus sûrs d’acheminement de la drogue. Jusqu’à environ 60 tonnes de cocaïne par an ont pu transiter par la région. La cocaïne produite en Amérique Latine arrive par bateau en Afrique de l’Ouest (Guinée, Ghana ou Nigeria) et est ensuite acheminée à travers le Sahel vers l’Afrique du Nord, le Moyen Orient et l’Europe.

Un rapport récent des Nations Unies fait état, d’une part, des revenus générés par ce trafic d’environ 900 millions USD par an et, d’autre part, de l’augmentation considérable de la production de cannabis en Afrique pour atteindre 20% de la production mondiale. Ce trafic de drogues finance aussi bien le crime organisé que les groupes terroristes présents dans la région (AQMI, BokoHaram, MUJAO, Daeech, Al‐Shebab, etc) en complément aux autres sources de financement (prise d’otages, rançons, migrants, armes, cigarettes, carburant, bétail, etc.)

Les groupes extrémistes violents (VEO) de la région Sahélo‐saharienne connaissent de plus en plus l’adhésion de plusieurs narcotrafiquants qui ont vu dans cette alliance un moyen de protection. Le trafic de drogue est, ainsi, aggravé par les liens tissés entre les narcotrafiquants et ces groupes terroristes qui constituent des réseaux de narco‐terrorisme.

La manne financière dont dispose ces groupes terroristes et générée par le trafic de tout genre est, selon nombre d’experts, très difficile à chiffrer. Toutefois, divers rapports estiment que ces revenus financiers pourraient atteindre 2 milliards USD. Les djihadistes islamistes, même s’ils ne participent pas directement au trafic, sont souvent en charge de protéger les convois, de sécuriser les pistes d’atterrissage, et d’assurer l’approvisionnement en carburant.

LE TRAFIC D’ARMES

Avec la multiplication des conflits d’intensités variables, la bande Sahélo‐saharienne est devenue un espace prospère pour le trafic de toutes sortes d’armes. La circulation d’armes est à la fois une conséquence et un facteur du développement des autres trafics (drogue, migrants, etc.) Les armes parvenues au Mali via le Tchad et le Niger en provenance de Benghazi à l’issue de la guerre en Libye de 2011 fait apparaitre un trafic d’armes à grande échelle au Sahel.

Les mercenaires mauritaniens, maliens ou nigériens qui combattaient dans les rangs de l’armée régulière libyenne se sont repliés dans leurs pays d’origine lourdement armés. Le trafic via le Niger se poursuit par ces « ex‐mercenaires » qui auraient dissimulé de l’armement en territoire mauritanien et nigérien. Cet armement se vend au plus offrant et les groupes terroristes présents dans la région (AQMI, MUJAO, BokoHaram, Daeech, Al‐Shebab, etc.) en profitent largement grâce aux revenus générés par le narcotrafic et les rançons d’otages.

Le développement exponentiel des trafics fait croitre mécaniquement le niveau de violence dans la région Sahélo‐saharienne et vice versa. Les conflits d’intensité variable alimentent l’afflux d’armements et le trafic d’armes s’est, avec le temps, banalisé. Dans cette vaste région désertique qualifiée de « non‐droit », la quantité et la qualité des armes en circulation est difficile à évaluer.

Certains rapports d’organisations internationales estiment jusqu’à environ 10 millions d’armes en circulation dans toute la région Sahélo‐saharienne et sub‐harienne. Mais toutes les statistiques de ce trafic restent approximatives en raison de la difficulté de recensement sur le terrain. Convaincu que le trafic illicite des armes légères et de petits calibres ‘ALPC’ aura des conséquences désastreuses sur le continent africain, à l’exemple du Mali, de la Libye et du Soudan ; l’Algérie s’efforce, par conséquent, à lutter sans relâche contre les gangs de trafiquants d’armes.

LE DÉFI DE LA SÉCURITÉ DES FRONTIÈRES

L’Algérie ne ménage aucun effort pour lutter contre le terrorisme, le trafic transnational de tout genre et le crime organisé. Elle participe de ce fait à toutes les initiatives de lutte à l’échelle régionale et internationale. Ainsi, elle fait partie de la Convention Arabe sur la Suppression du Terrorisme adoptée en 1998 et le protocole à la convention de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme de 2004.

Elle a été à l’origine de l’élaboration d’une stratégie unifiée pour faire face aux fléaux répandus au Sahel (terrorisme, trafic de stupéfiants et crime organisé transfrontalier) qui s’est traduite en 2009 par la conclusion d’un mémorandum de coopération et de coordinationdes actions avec le Mali, la Mauritanie et le Niger.

Sur la base de ce mémorandum a été créé, en 2010, un Comité d’Etat Major Opérationnel Conjoint ‘CEMOC’ installé à Tamanrasset (Sud de l’Algérie) et une Unité de Fusion et de Liaison ‘UFL’ a également été installée pour coordonner les efforts opérationnels des quatre pays.

De plus, l’Algérie participe, au niveau méditerranéen, à toutes les réunions des 5+5, notamment, celles des Ministres de l’Intérieure et des Ministres de la Défense. Elle introduit régulièrement au niveau de l’Assemblée Générale des Nations Unies une résolution pour le renforcement de la sécurité et la coopération en Méditerranée à l’exemple de la résolution 66/63 de Décembre 2011 adoptée par consensus.

Elle fait également partie des trois conventions de l’ONU de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, de corruption et de criminalité transnationale organisée. Du fait que l’Algérie vient d’être éluemembre non‐permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour les années 2024 et 2025, elle fera, indéniablement, de la lutte contre les multiples menaces dans la région du Sahel et de l’Afrique du Nord une de ses priorités.

Pour contenir ces fléaux, l’Algérie est également activement engagée dans plusieurs actions multi‐facettes de coopération et d’aide des pays du Sahel notamment au développement économique de cette région avec la mise en place d’un fond de 1 milliard USD géré par l’Agence Algérienne de Coopération Internationale.

EN CONCLUSION

La lutte contre l’immigration clandestine, le narcotrafic, la criminalité transnationale, et le terrorisme ainsi que le soutien au développent économique durable des zones frontalières demeurent les grandes priorités de l’Algérie. Dans une immense région désertique bordée d’Etats Sahéliens instables, sans moyens suffisant pour la protection des frontières et, par conséquent, laissant ainsi une liberté de mouvements et d’actions quasi‐totale aux différents groupes malveillants, la coopération régionale est le véritable levier de l’Algérie pour renforcer la sécurité des frontières et contenir la grande criminalité et le terrorisme.

L’Algérie, avec son expérience éprouvée en matière de lutte contre le terrorisme ainsi que ses moyens, est en mesure de jouer un rôle moteur dans ce contexte. Cependant, pour l’Algérie, les politiques de lutte contre ces différents fléaux ainsi que la politique de gestion de ses frontières, restent guidées par les 5 principes suivants :

Le principe d’intangibilité des frontières qui reconnait à chaque pays les frontières héritées au moment des indépendances ;

Le principe de la souveraineté dans ses espaces terrestre et aérien qui tire ses références du droit algérien et du droit international ;

Le principe de bon voisinage ;

Le principe de bornage des frontières et le développement des régions frontalières ;

Le principe de non‐ingérence qui puise ses référents dans la doctrine de politique étrangère et de défense de l’Algérie. En accord avec ces cinq fondamentaux, l’Algérie est engagée dans une lutte sans relâche contre les menaces multiformes à ses frontières et privilégie, en ce sens, les voies de la coopération et du dialogue avec l’ensemble de ses voisins pour contrecarrer le terrorisme et les trafics multiformes transnationaux.

Dr. Arslan Chikhaoui, Expert en Géopolitique et membre, du Conseil consultatif d’experts du World Economic Forum, Alumnus NDU‑NESA Center for Strategic Studies, et partie prenante du groupe de travail ‘Track 2′ du système des Nations Unis (UNSCR‑1540)

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