Tunis a accueilli hier une réunion qui pourrait être porteuse d’espoir pour une région usée par plus d’une décennie de chaos libyen. Les ministres des Affaires étrangères d’Algérie, de Tunisie et d’Égypte se sont retrouvés autour de la table, en présence de Hannah Tetteh, la représentante spéciale de l’ONU pour la Libye.
Chargé par le Président Tebboune, Attaf avait fait le déplacement dès dimanche soir, signe qu’Alger attache une importance particulière à cette relance.
Ce mécanisme tripartite n’est pas né d’hier. Lancé en 2017, il avait été mis en veilleuse en 2019, victime des différends régionaux et des tensions sur le terrain libyen. Depuis mai 2025, il refonctionne à nouveau.
Après une première réunion au Caire, puis d’autres échanges, les trois pays voisins, en acteurs de proximité incontournables, plaident pour un dialogue libyo-libyen sous l’égide onusienne, respectueux de la souveraineté, de l’unité territoriale et des institutions du pays.
Les communiqués tunisien et algérien sont sur la même longueur d’onde. Il s’agit d’appuyer les acteurs libyens dans leur quête de compromis et de réconciliation, de mettre fin aux affrontement, de protéger les civils et, à terme, de contribuer à la sécurité et au développement d’une Libye stable.
On parle de « consultations périodiques », de coordination renforcée, d’une solution « globale » qui réponde aux aspirations du peuple libyen. Des mots qui sonnent juste dans une région où l’instabilité libyenne irrigue les trafics, les migrations irrégulières et les menaces sécuritaires jusqu’aux frontières sud de la Tunisie et de l’Algérie.
Le ministère libyen des Affaires étrangères, affilié au gouvernement intérimaire d’unité nationale, a rapidement réagi à cette tripartite. Pour les autorités libyennes, aucune discussion sur l’avenir du pays ne peut se tenir sans la présence de la partie directement concernée.
A leurs yeux, l’absence de la Libye à cette rencontre porte atteinte à sa souveraineté et au droit de son peuple à décider librement de son destin. « On accepte les initiatives sincères pour la paix, on coopère volontiers avec les voisins et avec l’ONU, mais pas en étant mis sur la touche ».
Tel est, grosso modo, le message livré par le ministère libyen des Affaires étrangères. Cette protestation n’est pas anodine. Elle rappelle que, malgré les bonnes intentions affichées par Alger, Tunis et Le Caire, la Libye reste un pays fracturé où les sensibilités sont à vif et où toute initiative perçue comme « imposée de l’extérieur », même par des voisins bien intentionnés, risque d’être rejetée.
La diplomatie libyenne réaffirme son attachement au principe de non-ingérence, un principe qui masque souvent des rivalités internes et des calculs politiques bien réels.
Reste que cette réunion à Tunis, même contestée, est très utile. Elle montre que les trois pays les plus directement impactés par le désordre libyen refusent de baisser les bras et veulent dire leur mot sur un dossier qui les concerne au premier chef. En insistant sur le dialogue interne sous parapluie onusien, ils tentent de se poser en facilitateurs plutôt qu’en arbitres.
Reste à savoir si Tripoli acceptera un jour de s’asseoir à cette table élargie, ou si les susceptibilités l’emporteront sur l’intérêt commun. Dans une région où les initiatives se succèdent sans toujours produire de résultats durables, cette relance tripartite mérite au moins d’être observée avec attention.
Car si elle parvenait à dépasser les crispations actuelles, elle pourrait contribuer à faire bouger les lignes là où les grandes puissances patinent depuis trop longtemps.

