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Les Émirats arabes unis soufflent sur le brasier soudanais: Un camp secret en Éthiopie pour former les RSF

Dans les forêts discrètes du district de Menge (Ethiopie), à une trentaine de kilomètres seulement de la frontière soudanaise, un camp aurait vu le jour loin des regards. Selon une enquête publiée mardi par Reuters, des milliers de combattants des Forces de soutien rapide (RSF) y seraient formés.

Une révélation qui, si elle se confirme, marque un tournant majeur dans la guerre dévastatrice qui ravage le Soudan. Car derrière ces infrastructures dissimulées sous le couvert végétal se joue peut-être une nouvelle étape du conflit.

Les images satellites analysées par l’agence montrent un vaste défrichement entamé au printemps dernier, des bâtiments aux toits métalliques surgissant de terre, des rangées de tentes dressées pour accueillir les recrues, et même une station de contrôle pour drones installée dans un aéroport voisin. À partir d’octobre, l’activité se serait intensifiée. Il est remarqué des  convois de véhicules, camions lourds, formateurs étrangers.

Le site aurait progressivement pris l’allure d’une véritable base militaire. D’après huit sources citées par Reuters, dont un haut responsable éthiopien, le camp aurait été financé par les Émirats arabes unis.

Abu Dhabi aurait également fourni des instructeurs et un soutien logistique. Ces affirmations s’appuieraient sur une note interne des services de sécurité éthiopiens et sur un câble diplomatique consulté par l’agence Reuters. Début janvier, environ 4 300 combattants des RSF y suivaient un entraînement, avec des livraisons d’équipements et de munitions.

À terme, le camp pourrait accueillir jusqu’à 10 000 hommes, un renfort de taille alors que les combats s’intensifient dans l’État soudanais du Nil Bleu. Pour les civils soudanais, ces chiffres ne sont pas abstraits. Depuis avril 2023, la guerre entre l’armée régulière et les RSF a fait des dizaines de milliers de morts.

Des familles entières ont fui vers l’Égypte, le Tchad ou le Soudan du Sud. Dans certaines régions, la famine a été officiellement déclarée. Les violences à caractère ethnique se multiplient, laissant des communautés brisées et traumatisées. Les autorités éthiopiennes, l’armée soudanaise et les RSF n’ont pas répondu aux sollicitations de Reuters.

Les Émirats arabes unis ont, de leur côté, fermement démenti toute implication, affirmant ne participer « de quelque manière que ce soit » aux hostilités. Pourtant, les accusations à l’encontre d’Abu Dhabi circulent depuis des mois.

L’armée soudanaise l’accuse de soutenir les RSF, des allégations jugées crédibles par certains experts de l’ONU et des parlementaires américains. Si l’existence du camp de Menge était confirmée, elle donnerait au conflit une dimension régionale encore plus inquiétante.

Pour rappel, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed entretient des relations étroites avec les Émirats qui  sont un partenaire économique et politique majeur.

En janvier, Addis-Abeba et Abu Dhabi publiaient une déclaration commune appelant à un cessez-le-feu au Soudan tout en vantant leurs liens « pour la sécurité de chacun ». Un contraste saisissant avec les faits allégués. 

Dans la Corne de l’Afrique, l’inquiétude grandit. Chaque combattant formé loin des regards pourrait signifier des semaines, des mois, peut-être des années supplémentaires de souffrance pour une population déjà épuisée.

Tant que la lumière ne sera pas faite sur ces accusations, le doute continuera d’alimenter les tensions  et l’espoir d’un apaisement restera fragile.

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L'express quotidien du 12/02//2026

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