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Stora fustige le mépris français de la mémoire algérienne

Sur le plateau de France Inter, l’historien Benjamin Stora a livré un réquisitoire sans concession contre la dérive du traitement médiatique français des questions mémorielles liées à l’Algérie.

Face à la tentative de détourner la discussion vers un collabo algérien présenté comme « influenceur », il a mis un terme à toute ambiguïté : « On vient me parler ici encore ce soir d’Amir DZ. Je dis non, qu’est-ce que je fais ici ? Je vous dis franchement, moi, je m’en vais. Vous avez les essais nucléaires, vous avez les disparus de la Bataille d’Alger. Ça c’est des grosses affaires dont il faudrait parler à la télévision française ».

L’intellectuel natif de Constantine a dénoncé la légèreté avec laquelle les médias français choisissent leurs angles, préférant des sujets de distraction à l’évocation des crimes coloniaux et des dizaines de milliers de victimes.

« On m’a téléphoné pour me dire est-ce que vous voulez venir parler des rapports d’histoire entre la France et l’Algérie, du traumatisme, des mémoires conflictuelles et de la façon de se réconcilier avec ce pays ? Voilà pourquoi je suis venu ce soir, pas pour parler d’un influenceur », a-t-il insisté.

Benjamin Stora a illustré son propos par un épisode édifiant : « Je suis resté une matinée entière au Musée de l’Homme pour qu’on puisse montrer précisément les crânes de résistants algériens qui avaient été décapités. Ça, c’est une très grosse affaire. (…) Amir DZ a été plus important que les crânes. Amir DZ a fait 20 minutes par rapport aux crânes ». Derrière cette comparaison, se dessine une hiérarchie implicite imposée par des médias qui relèguent l’histoire de l’Algérie au second plan.

L’historien a dénoncé la manipulation et l’humiliation qu’elle représente : « C’est une forme d’humiliation que d’inviter quelqu’un à venir parler d’une affaire d’influenceur alors qu’il travaille depuis des années sur l’histoire de la colonisation française ». La gravité des crimes coloniaux, les centaines de milliers de morts et les disparus de la Bataille d’Alger, des sujets éclipsés par des anecdotes insignifiantes, quand la mémoire algérienne exige reconnaissance et sérieux.

Sur France Info, Benjamin Stora a exprimé une rare exaspération : « Je me dis qu’est-ce que je fais ici ? Je vous le dis franchement, moi je m’en vais ». Il a rappelé l’importance du contrat initial, visant à évoquer les traumatismes, la réconciliation et la mémoire historique : « Ça fait 50 ans que je travaille sur cette histoire, donc, quand on m’invite, ce n’est pas pour venir parler d’un influenceur de Dubaï, il faut quand même être sérieux ».

Cette mise au point retentissante souligne la fracture persistante entre l’histoire algérienne et la manière dont elle est traitée dans certains médias français. Benjamin Stora, par son indignation, défend la mémoire d’un peuple, de ses martyrs et de son histoire coloniale, rappelant que ces sujets ne peuvent être relégués au rang d’anecdote ou de distraction.

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L'express quotidien du 19/02//2026

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