L’Algérie va donner le coup d’envoi, à la fin du Ramadhan, soit à la mi-mars prochain, du plus ambitieux projet énergétique que l’Afrique ait jamais connu. La semaine dernière, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé, à l’issue des entretiens à Alger avec son homologue nigérien Abdourahamane Tiani, le lancement (après le Ramadhan) du tronçon du gazoduc transsaharien (Trans-Saharan Gas-Pipeline) traversant le Niger.
Un projet unique en Afrique qui sera entièrement piloté par le groupe Sonatrach dans sa partie nigérienne. Estimé financièrement entre 14 et 20 milliards de dollars, ce gazoduc africain, long de 4 128 km, traversera le Nigeria (1 037 km), le Niger (841 km) et l’Algérie (2 310 km) pour relier les gisements de Warri (Nigeria) au complexe gazier de Hassi R’mel.
Et, ensuite, le gaz pourra être directement injecté dans le gazoduc Enrico Mattei (Transmed) à destination de l’Italie et de l’Europe. Le projet est prêt autant sur le plan politique que technique et financier, et il constitue une puissante coopération énergétique entre l’Algérie et le Niger. »Nous avons convenu de lancer le projet de gazoduc transsaharien à travers le territoire de notre frère nigérien immédiatement après le Ramadhan », avait précisé le Président Tebboune, avant d’expliquer que » Sonatrach prendra la direction des opérations et commencera la pose du gazoduc, qui traversera le Niger. »
Dans la perspective de la réalisation de ce mégaprojet, le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, s’était déjà déplacé fin janvier dernier à Niamey pour relancer la coopération énergétique entre les deux pays, dont la réalisation du gazoduc TSGP.A Niamey, rappelle-t-on, le déplacement du ministre algérien avait deux objectifs principaux : d’abord faire le point du projet commun de produc
tion pétrolière avec l’expertise du groupe algérien sur le champ de Kafra, qui ambitionne la production de 90.000 bj de pétrole ; ensuite l’examen de la poursuite de la réalisation du projet de Gazoduc Transsaharien ou TSGP, qui ambitionne d’acheminer le gaz du Nigeria via le Niger, puis l’Algérie vers l’Europe. Aujourd’hui, c’est chose faite, et le projet n’attend que son lancement.
Ce projet d’envergure va en fait redessiner complètement la carte géopolitique des approvisionnements, en gaz et en énergie verte, du marché européen. Le TSGP va en plus donner une force de frappe encore plus importante à l’infrastructure gazière de l’Algérie qui sera déterminante pour acheminer le gaz des champs nigérians vers les clients européens.
La fin (ou presque) du gaz russe sur le marché européen donne en fait une chance inouïe au gaz algérien de s’imposer comme une source d’approvisionnement sûre et fiable, sur les dix prochaines années au moins, le marché européen étant encore dépendant des énergies fossiles jusqu’à au moins 2050.
Quant au TSGP, il va donner, une fois achevé, une autre configuration à la carte énergétique dans la partie africaine qu’il va traverser. Au Niger, il va structurer toute une infrastructure pour approvisionner le pays en gaz en énergie propre, car le pays ne dispose que de faibles capacités de production d’électricité. Toutes les régions nigériennes qu’il va traverser seront reliées via des terminaux, à cette source d’énergie, qui va accélérer le développement économique et social des Nigériens.
Le TSGP ne sera pas un simple gazoduc, un tube acheminant du gaz d’un point A à un point B, mais un élément important d’intégration régionale. Pour le Nigeria, pays source, c’est la promesse de rentabiliser ses immenses réserves de gaz naturel en les acheminant vers le marché européen. Alors que, pour le Niger, pays de transit, les retombées sont tout aussi concrètes.
Au-delà des droits de passage, le tracé du pipeline entraînera en outre la création d’infrastructures de maintenance et des emplois, alors que des régions entières bénéficieront d’une dynamique de développement durable. C’est dire la portée économique et sociale de ce projet d’envergure qui va donner un autre aspect et une nouvelle configuration des zones qu’il va traverser, avec un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des populations locales.
Sur un autre plan, géopolitique celui-là, le TSGP va donner une autre connexion aux relations énergétiques entre l’Europe et l’Afrique via les terminaux et les installations déjà présentes et éprouvées de l’Algérie. L’autre point positif et stratégique du TSGP réside dans son tracé géographique qui s’insère directement dans un réseau d’exportation déjà opérationnel vers l’Europe à travers le gazoduc Transmed ou Enrico Mattei, et le Medgaz vers l’Espagne.
Selon l’International Energy Agency, «l’Algérie figure parmi les fournisseurs structurants de l’Union européenne en gaz naturel». Dans son rapport «Gas Market Report 2023», l’Agence internationale de l’énergie souligne que «l’Algérie a renforcé ses livraisons vers l’Europe après la réduction des flux russes, consolidant ainsi son rôle dans la diversification des approvisionnements européens».
L’apport futur du TSGP va par ailleurs renforcer la présence du gaz algérien dans le mix énergétique européen. Selon l’UIG, l’Algérie ‘’conservera son rôle de fournisseur fiable de l’Europe, tandis que les projets de corridor hydrogène Afrique du Nord-Europe soutenus par l’UE avancent en parallèle’’.
Il s’agit du projet ‘’SoutH2 Corridor’’ de transport de l’hydrogène vert produit en Algérie et envoyé par gazoduc vers l’Italie et les pays européens. Aujourd’hui, avec le futur TSGP, dont la réalisation sera lancée prochainement, la donne est en fait celle-ci : la demande mondiale en pétrole et en gaz devrait se maintenir jusqu’en 2050, et ces ressources continueront à jouer un rôle clé dans la sécurité énergétique mondiale, alors que le gaz algérien sera vital pour l’Europe et ses marchés gargantuesques.

