Le gazoduc transsaharien (TSGP), qui reliera le Nigeria à l’Algérie via le Niger, s’impose comme un projet énergétique majeur pour l’Afrique et l’Europe. Il permettra de sécuriser l’approvisionnement européen en gaz, de valoriser les vastes ressources africaines et de renforcer la souveraineté énergétique du continent. La première phase, prévue d’ici 2029, marque le lancement d’une nouvelle dynamique pour les infrastructures énergétiques africaines.
La guerre imposée à l’Iran par les Etats-Unis et l’entité sioniste, avec l’appui des principaux pays de l’Otan et en même temps membres du groupe des pays les plus industrialisés du monde (G7), a, outre ses conséquences géopolitiques sur la région du Grand Moyen-Orient, mis le marché mondial des produits pétrochimiques, pétrole et gaz en première ligne, dans une nouvelle configuration, dangereuse et potentiellement critique pour les approvisionnements.
La fermeture sine die par Téhéran du détroit D’Ormuz, par où transitent au moins 20% de la consommation mondiale de pétrole et de gaz, a mis les marchés de l’énergie sur les dents, un vent de panique ayant balayé les places boursières et les marchés financiers où le prix du brut avait atteint les 92 dollars/baril hier mardi, après avoir franchi lundi la barre des 110 dollars.
Le discours de Trump depuis sa résidence de Miami lundi soir a quelque peu calmé les marchés. En Europe, par contre, c’est la bouteille à l’encre, et Bruxelles, comme ses conseillers et stratégistes ne savent plus sur quel pied danser pour faire face à une conjoncture géopolitique et militaire qui est en train de redessiner durablement les routes de l’acheminement et des approvisionnements des produits pétrochimiques (pétrole, gaz, GNL, etc.), vitaux pour les industries mondiales.
Dans cette situation qui a mis à nu la fragilité du système mondial actuel de transport des produits pétroliers et gaziers de la péninsule arabique vers l’Europe, l’Asie et le reste du monde, il y a un facteur nouveau qui est en train de prendre de l’envergure et qui va, d’ici à 2029, rebattre les cartes des routes de transport des produits pétroliers et gaziers : les potentialités intrinsèques de l’Afrique seront exploitées pour justement offrir une alternative durable aux besoins énergétiques de l’Europe.
Dans ce contexte, il y a justement le projet africain de gazoduc des champs nigérians aux clients européens en passant par le Niger et l’Algérie, qui est piloté par l’Algérie et qui sera, juste après la fin du mois de Ramadhan, entamé dans sa partie nigérienne.
C’est ainsi que l’Organisation africaine des producteurs de pétrole (APPO) a mis en avant l’importance du gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, comme un projet structurant appelé à renforcer la position du continent en tant qu’acteur clé de l’équilibre du marché mondial.
Dans un récent éditorial publié sur le site web de l’organisation, intitulé « L’Afrique : pivot stratégique du nouvel échiquier énergétique », le nouveau secrétaire général de l’APPO, l’Algérien Farid Ghezali, a justement souligné que ce projet figure parmi les infrastructures permettant de mieux valoriser les vastes ressources gazières africaines et d’offrir une nouvelle voie d’acheminement vers les marchés internationaux, notamment européens, dans un contexte marqué par des tensions et des perturbations persistantes sur les routes énergétiques traditionnelles.
« Le marché énergétique mondial vit une rupture historique », écrit le SG de l’APPO, rappelant que « depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz – artère vitale transportant 20% du pétrole mondial (17 millions de barils/jour) et un tiers du GNL global – est paralysé par le conflit dans le Golfe ». ‘’Ces chocs ne sont pas conjoncturels.
Ils redessinent durablement les équilibres géopolitiques et commerciaux de l’énergie pour la décennie à venir », écrit-il. Il estime en outre que ‘’dans cette tourmente, l’Afrique devient l’élément central’’ avec ses 715 Tcf de réserves gazières (8% des réserves mondiales) et ses 125 milliards de barils de pétrole, qui positionnent le continent comme une « variable d’ajustement indispensable ».
L’Afrique devient de fait une alternative solide, durable et sûre pour les marchés européens, en particulier pour le gaz et le pétrole. C’est dans cette perspective que l’APPO a défini l’accélération des infrastructures critiques comme une priorité stratégique, parmi lesquelles figure le TSGP, dont la phase I devrait être opérationnelle à l’horizon 2029, ainsi que les hubs de GNL au Mozambique, au Nigeria et au Sénégal.
Grâce à ces projets structurants, l’Afrique « ne sera pas seulement fournisseur. Elle sera l’architecte », souligne M. Ghezali dans son éditorial, une vision en fait de l’APPO pour parvenir à une souveraineté énergétique panafricaine, axée sur l’optimisation de la production, la diversification des marchés, le renforcement des institutions, notamment à travers des fonds souverains communs, ainsi que l’innovation technologique.
C’est, selon son agenda défini après la rencontre à Alger au mois de février dernier, du président de la République Abdelmadjid Tebboune avec son homologue nigérien Abdourahamane Tiani, que l’Algérie va donner le coup d’envoi, à la fin du Ramadhan, soit à la mi-mars, du plus ambitieux projet énergétique que l’Afrique ait jamais connu : le lancement des travaux du tronçon du gazoduc transsaharien (Trans-Saharan Gas-Pipeline, TSGP) traversant le Niger.
Il s’agit d’un projet unique en Afrique qui sera entièrement piloté par le groupe Sonatrach dans sa partie nigérienne. Estimé financièrement entre 14 et 20 milliards de dollars, ce gazoduc africain, long de 4 128 km, traversera le Nigeria (1 037 km), le Niger (841 km) et l’Algérie (2 310 km) pour relier les gisements de Warri (Nigeria) au complexe gazier de Hassi R’mel.
Et, ensuite, le gaz pourra être directement injecté dans le gazoduc Enrico Mattei (Transmed) à destination de l’Italie et de l’Europe. »Nous avons convenu de lancer le projet de gazoduc transsaharien à travers le territoire de notre frère nigérien immédiatement après le Ramadhan », avait précisé le Président Tebboune, avant d’expliquer que » Sonatrach prendra la direction des opérations et commencera la pose du gazoduc, qui traversera le Niger. »
L’Algérien Farid Ghezali a été officiellement installé, mercredi 17 décembre 2025, à Brazzaville, en qualité de nouveau secrétaire général de l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO), en remplacement d’Omar Farouk Ibrahim, dont le mandat est arrivé à son terme. Créée en 1987 à l’initiative de l’Algérie et de plusieurs pays africains producteurs de pétrole, l’APPO compte actuellement 18 Etats membres.

