10.5 C
Alger

Fermeture du détroit d’Ormuz: L’onde de choc

Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, ce passage stratégique par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole et environ un quart des flux mondiaux de gaz naturel liquéfié, le conflit entre l’Iran et les États-Unis et leur allié sioniste est loin d’être une simple confrontation militaire limitée.

Ses répercussions se font désormais sentir de Téhéran à Wall Street et de Pékin à Londres, provoquant un véritable séisme économique, notamment sur les marchés de l’énergie. Les marchés pétroliers ont terminé la semaine sur des niveaux rarement atteints.

Ainsi, le Brent a franchi le seuil des 103 dollars le baril, affichant une progression hebdomadaire supérieure à 2,6 %, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) a gagné 3,1 % pour s’établir à 98,7 dollars.

Loin d’être un simple pic conjoncturel, cette flambée des prix annonce l’entrée dans une nouvelle phase de l’économie mondiale, où le pétrole redevient un puissant moteur de l’inflation, un facteur de perturbation pour les politiques des banques centrales et une menace directe pour la croissance, aussi bien dans les économies avancées que dans les pays émergents.

Dans une analyse publiée par une société d’investissement et de recherche financière, il est souligné qu’un baril au-delà de 100 dollars constitue une menace sérieuse pour les marges des compagnies aériennes.

Le carburant représente en effet l’un des principaux postes de dépenses du secteur. Lorsque la hausse des prix résulte d’un choc d’offre plutôt que d’une reprise de la demande, les transporteurs aériens peinent à répercuter rapidement ces surcoûts sur les passagers, ce qui pèse lourdement sur leur rentabilité.

Dans le même temps, les marchés boursiers mondiaux ont montré des signes de nervosité en fin de semaine, tandis que le dollar américain poursuivait sa progression. Cette dynamique a créé un environnement peu favorable à l’or, qui n’a pas réussi à attirer une forte demande malgré la montée des tensions géopolitiques.

Ce paradoxe apparent traduit en réalité la confiance des investisseurs dans la relative solidité de l’économie américaine, même face à un choc pétrolier. En Europe, la réaction des marchés a été plus brutale. L’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué un net recul des indices, accentué par la décision du Qatar de fermer ses installations de gaz naturel liquéfié.

Cet épisode rappelle que près de 90 % des cargaisons de GNL transitant par ce passage sont destinées aux marchés asiatiques, mais que leur impact sur les prix reste global. Toute perturbation de l’approvisionnement énergétique se traduit inévitablement par une hausse des coûts pour l’ensemble de l’économie mondiale.

Aux États-Unis, devenus ces dernières années un exportateur net de pétrole, les prix domestiques des carburants ont bondi de plus de 10 % durant la première semaine de mars, parallèlement à la hausse du brut au-dessus des 90 dollars. Le prix moyen de l’essence ordinaire a ainsi atteint 3,32 dollars le gallon, soit une progression de 11 % en une semaine et son niveau le plus élevé depuis septembre 2024.

Le diesel a, pour sa part, grimpé à 4,33 dollars le gallon, en hausse de 15 %, atteignant son plus haut niveau depuis novembre 2023. Selon les prévisions du gouvernement américain, les prix de l’essence au détail ne devraient pas retrouver les niveaux observés en 2025 avant l’automne 2027.

Le diesel, quant à lui, devrait rester au-dessus de son niveau d’avant-guerre au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine. Dans ce contexte, les secteurs du transport routier, de l’agriculture et de l’aviation seront contraints de répercuter ces hausses sur les consommateurs, alimentant ainsi de nouvelles pressions inflationnistes.

Mais le choc pétrolier ne se limite pas à une simple question de prix. Il soulève également des enjeux liés à la sécurité des chaînes d’approvisionnement et à la capacité des pays dépendants des importations d’hydrocarbures du Golfe à satisfaire leurs besoins énergétiques.

Cette vulnérabilité concerne en particulier la Chine, l’Inde et la Corée du Sud, qui absorbent ensemble près des deux tiers du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz. Une situation similaire se retrouve sur le marché du gaz naturel.

Les économies asiatiques apparaissent ainsi parmi les plus exposées aux perturbations logistiques affectant cette voie maritime stratégique, en raison de leur forte dépendance aux approvisionnements énergétiques du Moyen-Orient.

Près de 90 % des cargaisons de GNL transitant par ce passage sont destinées aux marchés asiatiques, la Chine en étant le principal bénéficiaire. Environ 40 % des importations pétrolières chinoises passent par le détroit d’Ormuz.

Pékin dispose toutefois d’importantes réserves stratégiques susceptibles d’amortir partiellement un éventuel déficit d’approvisionnement.

La guerre en cours dans le Golfe peut ainsi être interprétée comme l’illustration de ce que certains analystes qualifient de « guerres des ressources », dans lesquelles les grandes puissances s’affrontent pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques dans un contexte de demande croissante et de ressources sous tension.

La région, qui concentre 47,7 % des réserves mondiales de pétrole et 42,7 % des réserves de gaz, est devenue le théâtre d’un affrontement stratégique entre les États-Unis et l’Iran.

À travers ce conflit, Washington cherche à redéfinir l’équilibre des puissances au Moyen-Orient, à sécuriser les voies d’approvisionnement de ses alliés et à priver ses adversaires de leviers de pression.

Articles de meme catégorie

L'express quotidien du 17/03//2026

Derniers articles