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L’Afrique bâtit sa souveraineté numérique

L’accès des entreprises technologiques étrangères aux données précieuses des utilisateurs africains expose les gouvernements et les citoyens de ces pays à des vulnérabilités en matière de protection des données et de sécurité nationale.

Pour parer à ce risque, les gouvernements africains augmentent les investissements dans les infrastructures numériques et imposent des restrictions sur l’hébergement et le transfert des données au-delà des frontières nationales.

Conscients de l’enjeu de la souveraineté numérique et de l’importance du renforcement de l’écosystème technologique africain, les acteurs de la tech, portés par une jeunesse innovante, optent pour l’hébergement local des données.

Un levier stratégique qui permet aux États de transformer ce potentiel technologique en véritables opportunités de croissance. En effet, le continent est désormais témoin d’une tendance croissante au développement d’applications et de solutions numériques qui prennent en compte l’importance de la localisation des données au niveau national, ainsi que l’adaptation du contenu numérique aux spécificités culturelles et sociales africaines, comme l’ont démontré des opérateurs ayant pris part au Global Africa Tech.

La plateforme « 1tik », réseau social conçu par la start-up « Intaj Digital » et développé par des compétences algériennes, tient compte des spécificités de la culture et de la société algériennes, selon des standards technologiques élevés. Le fondateur de la start-up Intaj Digital, Youssef Touileb, estime qu’il est essentiel de disposer d’une plateforme locale afin de garantir le stockage et la protection des données sur le territoire national.

De son côté, Mohamed Lamine Benchaabane, de la super-application « Ellema », une application de messagerie instantanée offrant une multitude de services intégrés dans une interface unique, dont le lancement est prévu dans deux mois, met en avant les atouts de sa solution. Les mini-applications dont dispose Ellema la différencient des autres applications présentes en Algérie.

Comme pour son compatriote, les serveurs et les données des utilisateurs sont hébergés en Algérie. « Aucune dépendance à l’étranger. Les données sont hébergées dans les services d’Algérie Télécom », affirme M. Benchaabane.

Pour des raisons de souveraineté nationale, les données des utilisateurs de la super-application nigérienne « Qwiper » sont hébergées sur des serveurs et dans des data centers à Niamey, explique son fondateur, Issafou Abdou Ousmane.

Pour lui, l’hébergement local est un moyen de garder le contrôle sur les données et de les protéger en tant qu’actifs nationaux stratégiques. Propriétaire d’une entreprise nigérienne spécialisée dans les services numériques, il précise que cette super-application, lancée en octobre 2025, a déjà atteint près de 100 000 téléchargements.

« En plus de répondre aux impératifs de sécurité nationale, l’hébergement local de nos données nous permet de capter la valeur économique qu’elles génèrent », souligne-t-il.

Le contenu proposé sur « Qwiper » et « 1tik » est adapté à la culture de chacun des pays de lancement. Une initiative encouragée par les États africains souhaitant placer les spécificités locales au cœur de l’espace numérique.

En dépit des avancées réalisées, l’Afrique demeure dépendante des entreprises technologiques étrangères, compromettant ainsi sa souveraineté numérique.

« Certes, nous disposons d’infrastructures numériques, mais elles nécessitent des améliorations, et nous devons développer nos compétences et nos chaînes de valeur », souligne le fondateur de Qwiper, qui estime que l’Afrique « est sur la bonne voie et réalise ses premiers pas dans le numérique ».

Les partenariats issus du Global Africa Tech et d’autres événements panafricains devraient inéluctablement propulser le continent sur la scène numérique mondiale.

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L'express quotidien du 31/03//2026

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