Le Mali a été secoué, samedi dernier, par une série d’attaques coordonnées d’une ampleur rarement vue depuis la crise de 2012. Des groupes armés ont frappé simultanément plusieurs villes, de la capitale Bamako à Kati, en passant par Kidal, Gao, Mopti et Sévaré.
Cette offensive conjointe, revendiquée en partie par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et par le Front de libération de l’Azawad (FLA), a révélé les fragilités profondes d’un pays déjà éprouvé par des années d’instabilité.
Dans la capitale et sa périphérie, des explosions et des tirs nourris ont visé des sites militaires, dont la base de Kati, résidence du chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, ainsi que l’aéroport international.
L’armée malienne a rapidement annoncé que la situation était « sous contrôle », tout en reconnaissant des combats intenses et des opérations de ratissage. Toutefois, les témoignages sur place décrivaient des rues désertées, des hélicoptères survolant la ville et des axes menant aux institutions stratégiques bouclés.
Le bilan humain et symbolique s’est alourdi avec la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué lors d’une attaque à sa résidence à Kati. Figure clé de la transition militaire et artisan de l’arrivée des forces russes, sa disparition représente un coup dur pour le régime.
Au nord, les rebelles touaregs du FLA ont revendiqué la reprise de Kidal, ville symbole reprise par l’armée malienne en 2023 avec l’appui de forces russes. Des sources concordantes indiquent que les forces de l’Africa Corps se seraient retirées après des négociations, laissant le terrain aux assaillants.
Le JNIM, de son côté, a affirmé avoir participé à ces opérations dans le nord tout en revendiquant les frappes sur Bamako et Kati. Cette alliance tactique entre jihadistes et rebelles touaregs, même si elle reste ponctuelle, marque une évolution préoccupante dans la dynamique sécuritaire sahélienne.
Des analystes y voient le signe d’une coordination inédite et d’une capacité accrue des groupes armés à frapper au cœur du pouvoir. Face à ces événements, l’Algérie a réagi par la voix du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf. Il a réaffirmé la position constante de l’Algérie, qui soutient sans réserve l’unité du Mali dans ses dimensions territoriales, humaines et institutionnelles. Rejetant « catégoriquement toutes les formes et manifestations du terrorisme », quelle que soit leur justification, Ahmed Attaf a insisté sur la nécessité de renforcer la cohésion nationale malienne, qu’il considère comme « le meilleur rempart » contre le fléau terroriste, nourri par l’expérience douloureuse qu’a connue l’Algérie dans les années 1990.
Cette déclaration, faite lors de la visite du ministre bosnien des Affaires étrangères, reflète une position de principe constante de l’Algérie. Elle réaffirme son rejet de toute atteinte à l’intégrité territoriale des pays voisins et sa conviction que la stabilité repose sur un dialogue politique inclusif, plutôt que sur une approche purement militaire.
L’Algérie, qui partage une longue frontière avec le Mali, sait combien l’insécurité au Sahel peut déborder et menacer l’ensemble de la région. Son appel à la cohésion nationale sonne comme un encouragement à sortir de l’impasse actuelle, où la confrontation armée semble avoir montré ses limites.
La crise malienne n’est pas nouvelle. Depuis le coup d’État de 2020 et le second putsch de 2021, le pays vit sous régime militaire. La stratégie de reconquête territoriale, appuyée par des partenaires russes, avait été présentée comme une rupture avec les approches antérieures.
La reprise de Kidal en 2023 avait été saluée comme une victoire symbolique. Pourtant, les derniers événements montrent que ni l’approche exclusivement sécuritaire ni la sous-traitance à des forces extérieures n’ont suffi à restaurer une paix durable. Les voix critiques, y compris au sein de l’opposition malienne, soulignent aujourd’hui le risque d’un vide politique et l’urgence d’ouvrir des perspectives de dialogue avec tous les acteurs maliens, sans exclusive.
L’Algérie demeure attachée à sa doctrine affirmant l’intangibilité de l’unité des États sahéliens et l’importance d’une lutte résolue contre le terrorisme.
Elle souligne toutefois que la cohésion nationale ne peut être instaurée uniquement par la force des armes. Elle se construit par un projet politique partagé, capable de répondre aux aspirations légitimes des populations, qu’elles soient du nord ou du sud, et de réduire les fractures qui nourrissent la violence.

