L’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) soutient pleinement le projet de gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie (TSGP), qualifié par Farid Ghezali, secrétaire général de l’APPO, de « projet structurant pour l’Afrique ».
Dans un entretien accordé à Energies Media, Farid Ghezali explique que l’Organisation entend principalement « plaider pour une vision continentale », favoriser la convergence politique entre les acteurs concernés et rappeler que ce type d’infrastructure peut contribuer à renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique et sa place sur les marchés internationaux.
« L’APPO n’est pas le maître d’ouvrage du projet », précise-t-il. Son rôle consiste plutôt à agir comme « catalyseur, soutien stratégique et facilitateur de dialogue » entre les pays concernés.
Cette approche s’inscrit dans le cadre de la stratégie de l’Organisation visant à renforcer l’intégration du secteur énergétique africain. Par ailleurs, en réponse à une question sur la tenue du Forum des PDG des compagnies pétrolières nationales, prévu en octobre 2026 au Cap, en Afrique du Sud, Farid Ghezali indique que cette rencontre devra notamment permettre de renforcer la coopération entre les compagnies nationales, à travers des synergies dans le raffinage, le commerce transfrontalier, la mobilisation des capitaux locaux et la valorisation des marchés intra-africains.
Pour le secrétaire général de l’APPO, « les compagnies nationales doivent devenir des acteurs de l’intégration africaine, pas seulement des opérateurs nationaux ». À l’approche de la COP31, prévue en novembre 2026 en Turquie, l’APPO entend également défendre une position favorable à une transition énergétique « juste, réaliste et adaptée aux besoins de l’Afrique ».
Farid Ghezali rappelle que « le continent représente moins de 5 % des émissions historiques » et estime qu’« il ne doit pas être privé des moyens de valoriser ses ressources alors qu’il a encore besoin d’énergie, d’industrialisation et d’un accès universel à l’électricité ». À l’occasion de la COP31, l’APPO défendra ainsi, selon son secrétaire général, un message fondé sur la responsabilité et l’équilibre : soutenir la transition énergétique et la réduction des émissions, tout en refusant une approche qui sacrifierait le développement africain.
Dans cette perspective, souligne Farid Ghezali, « le gaz naturel doit être reconnu comme une énergie de transition et de développement pour l’Afrique ».
En réponse à une question sur la Banque africaine de l’énergie (BAE), le secrétaire général de l’APPO rappelle que cette institution, dont le démarrage est annoncé pour septembre prochain, avec Abuja, au Nigeria, comme siège et un capital initial de 500 millions de dollars, doit apporter une réponse africaine au financement du développement énergétique du continent.
Selon lui, la banque doit permettre aux pays producteurs de mieux valoriser leurs ressources et de financer des projets parfois considérés comme trop risqués par les banques internationales. Elle doit également soutenir l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’amont à la transformation locale.
« L’objectif est notamment de conserver davantage de valeur sur le continent, de sécuriser les projets structurants et de réduire la dépendance aux financements extérieurs, jugés parfois volatils et soumis à des contraintes qui ne correspondent pas toujours aux réalités africaines. »
Dans un premier temps, affirme Farid Ghezali, « les financements seront orientés vers des projets à effet transformateur rapide, notamment les raffineries, les infrastructures de transport et de stockage, les gazoducs, les terminaux de GNL et les projets de gaz-to-power ».
L’ambition est de financer des projets bancables, stratégiques et à fort impact sur l’intégration énergétique africaine, tout en améliorant la sécurité énergétique, la valeur ajoutée locale et le commerce intra-africain.
L’APPO travaille également, indique Farid Ghezali, à la mise en place d’une plateforme numérique destinée à donner la priorité aux entreprises africaines dans les appels d’offres du secteur énergétique. Sa mise en service est prévue vers la fin de 2026 ou le début de 2027.
L’objectif est de « donner davantage de visibilité aux entreprises africaines et de mieux organiser l’information sur les marchés énergétiques à l’échelle du continent ». Farid Ghezali insiste également sur la nécessité de faire bénéficier les PME locales de cet outil.
La plateforme devrait ainsi prévoir des catégories par taille d’entreprise, des filtres par pays et par niveau de qualification, un accompagnement à l’enregistrement et un accès facilité aux informations sur les marchés.
« L’enjeu n’est pas seulement de favoriser les grands groupes africains, mais de faire émerger toute la chaîne de sous-traitance locale », souligne-t-il.
