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Salim Brahimi, commissaire du FIBDA:  «Le roman graphique, un nouveau territoire d’expression pour le 9e art»

Après un double report imposé par les circonstances exceptionnelles qu’a connues le pays, le Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA) s’apprête à retrouver son public du 1er au 5 octobre prochains.

Pour sa 18ème édition, la manifestation mettra à l’honneur le roman graphique, un genre en plein essor qui témoigne de l’évolution du 9ème art et de son ouverture vers des récits plus ambitieux et des publics plus larges.

À quelques semaines du rendez-vous, Salim Brahimi, commissaire du festival, revient, dans une entretien accordé à notre confère El Modjahid, sur les ambitions de cette édition, et la place grandissante du FIBDA sur la scène internationale.

-La 18ème édition du FIBDA, initialement programmée du 18 au 22 juin, a été reportée à deux reprises. Pouvez-vous nous indiquer les nouvelles dates du festival ?

Effectivement, la 18ème édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA) a connu un report exceptionnel. En application de la note transmise par notre ministère de tutelle et dans le respect des victimes des incendies qui ont touché plusieurs régions du pays, ainsi que du deuil national de trois jours décrétés par Òle Président de la République, il nous a paru essentiel de faire preuve de responsabilité et de solidarité. En concertation avec les services du ministère de la Culture et des Arts, nous avons donc décidé de reporter le festival. Les nouvelles dates retenues sont du 1er au 5 octobre 2026. Nous travaillons actuellement avec l’ensemble des partenaires institutionnels et techniques afin de garantir le maintien du festival dans les meilleures conditions possibles, notamment en ce qui concerne la réservation des espaces, les aspects logistiques, l’accueil des invités et l’organisation de l’ensemble des activités prévues. Notre objectif est que ce report n’affecte ni la qualité de la programmation ni les échanges entre les auteurs, les professionnels et le public.

-Cette édition est placée sous le signe de «L’édition du roman graphique». Pourquoi ce choix thématique ?

Le choix de consacrer cette 18èmè édition au roman graphique répond à une volonté de mettre en lumière une forme d’expression artistique qui occupe aujourd’hui une place majeure dans le paysage international de la bande dessinée. Le roman graphique constitue une véritable passerelle entre la littérature et la bande dessinée. Contrairement à la BD traditionnelle, souvent destinée à un jeune public ou construite autour de récits courts, le roman graphique développe des histoires plus longues, plus complexes et plus profondes. Il aborde des thématiques sociales, historiques, philosophiques ou autobiographiques avec une grande richesse narrative et graphique. C’est un support privilégié pour des auteurs confirmés, romanciers comme illustrateurs, qui souhaitent explorer de nouvelles formes de narration.

Ce genre s’adresse également à un lectorat plus mature, sensible,Ò autant à la qualité du scénario qu’à celle du dessin. Il démontre que la bande dessinée est aujourd’hui un véritable langage artistique capable de traiter les mêmes sujets que le roman ou le cinéma. L’Algérie possède une longue histoire avec la bande dessinée et a vu émerger de nombreux auteurs talentueux depuis plusieurs décennies. Pourtant, nous constatons que la production de romans graphiques demeure encore relativement limitée. C’est pourquoi nous avons souhaité faire de cette édition un espace de réflexion autour de ce genre, en réunissant des auteurs, éditeurs, chercheurs et spécialistes qui viendront partager leurs expériences, présenter leurs œuvres et débattre des perspectives de développement du roman graphique en Algérie et dans le monde. Cette thématique permettra également d’encourager les jeunes créateurs à explorer ce format et à envisager de nouveaux débouchés éditoriaux.

Les concours de cette édition sont répartis en quatre catégories : auteur professionnel international, meilleur projet BD (+16 ans), meilleure BD pour jeunes (-16 ans) et meilleur magazine de BD (international).

 -Quel est le nombre de participants attendu ? Existe-t-il des prix spécifiques pour chaque catégorie ?

Pour cette édition, nous prévoyons la participation d’environ une soixantaine de candidats dans les différentes catégories du concours. Ce chiffre peut sembler modeste comparé à d’autres manifestations artistiques, mais il faut rappeler que la création d’une bande dessinée représente un travail particulièrement exigeant. Concevoir une œuvre complète nécessite plusieurs mois, voire plusieurs années de travail. Il faut développer un scénario, construire une narration cohérente, réaliser le découpage, concevoir les personnages, assurer toute la partie graphique et finaliser l’ouvrage dans ses moindres détails.

La qualité prime donc naturellement sur la quantité. Les quatre catégories retenues permettent, par ailleurs, de valoriser aussi bien les auteurs professionnels, que les jeunes talents, tout en ouvrant le concours à l’international et en récompensant également le travail éditorial à travers la catégorie consacrée aux magazines spécialisés.

Comme lors des précédentes éditions, les lauréats recevront un trophée officiel du festival, accompagné d’une dotation financière. Au-delà de cette récompense, ces distinctions constituent souvent un véritable tremplin pour les auteurs, en leur offrant une visibilité accrue auprès des éditeurs, des professionnels et du grand public.

-Quels pays sont représentés parmi les bédéistes étrangers participants ?

Cette année encore, plus d’une dizaine de pays seront représentés à travers la participation d’auteurs, d’illustrateurs et de spécialistes reconnus de la bande dessinée. Le FIBDA confirme ainsi sa dimension internationale en accueillant des artistes venus de plusieurs continents. Nous sommes actuellement en train de finaliser la réorganisation des invitations à la suite du report du festival. Plusieurs grands noms de la bande dessinée internationale ont confirmé leur intérêt pour participer à cette édition, mais nous préférons attendre que l’ensemble des aspects logistiques soit définitivement validé avant de communiquer la liste complète des invités. Le programme détaillé, comprenant les pays représentés, les auteurs invités, les expositions, les conférences et les rencontres professionnelles, sera présenté officiellement lors de la conférence de presse précédant l’ouverture du festival.

Le FIBDA en est à sa 18ème édition. Quel bilan dressez-vous de ces presque deux décennies d’existence ?

Le FIBDA célèbre aujourd’hui sa 18ème édition et s’est imposé, au fil des années, comme l’un des principaux rendez-vous culturels consacrés au 9ème art sur le Continent africain et dans le Monde arabe.

En ce qui concerne la période durant laquelle nous avons la responsabilité de son organisation, nous pouvons affirmer que le festival est devenu un événement de référence.

Il attire des auteurs de renommée internationale, favorise les échanges entre les professionnels et permet au public algérien de découvrir la richesse et la diversité de la création mondiale en bande dessinée. Le festival joue également un rôle essentiel dans l’accompagnement des jeunes auteurs algériens.

De nombreux projets ont vu le jour grâce aux rencontres professionnelles organisées durant le FIBDA, et plusieurs artistes ont pu accéder à une reconnaissance internationale. Parmi les réalisations les plus marquantes, on peut citer l’organisation de l’exposition consacrée à la bande dessinée algérienne et africaine au Musée international du manga de Kyoto, une initiative qui a contribué à faire connaître la création algérienne auprès d’un public international.

Le festival participe également au rayonnement de la culture algérienne auprès des plus grands auteurs mondiaux. Nous pouvons notamment évoquer l’exemple de l’auteure américaine Sara Woolley Gomez, qui, après sa participation au FIBDA, a réalisé un roman graphique inspiré de l’histoire des corsaires d’Alger, mettant en scène une héroïne algérienne, Lalla Aïcha El Horra.

Cet exemple illustre la capacité du festival à susciter un véritable dialogue entre les cultures et à faire découvrir le patrimoine historique algérien à travers la bande dessinée. Cette reconnaissance dépasse désormais le cadre national.

Le FIBDA figure dans le dernier rapport quadriennal présenté à l’Unesco comme un événement culturel majeur contribuant à la promotion de la bande dessinée, au renforcement des échanges internationaux et au soutien des jeunes talents.

Le rapport recommande même de poursuivre l’ouverture internationale du festival et d’encourager davantage l’intégration de la bande dessinée dans les programmes éducatifs. Cette reconnaissance constitue une véritable fierté pour l’Algérie et confirme que le FIBDA est devenu bien plus qu’un festival : c’est une plate-forme internationale de création, de dialogue culturel et de valorisation du patrimoine artistique algérien.

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L'express quotidien du 06/10//2026

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