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Ali Haroun, une vie au service du pays

Le moudjahid et ancien membre du Haut Comité d’État, Mohamed Ali Haroun, s’est éteint à l’âge de 99 ans. Sa disparition referme une page importante de l’histoire du pays, celle d’un homme qui a traversé la guerre de Libération, l’édification de l’État indépendant et l’une des crises les plus douloureuses vécues par l’Algérie.

Né en 1927 à Alger, Ali Haroun appartient à cette génération de militants qui ont choisi très tôt la voie du combat national. Formé au droit à Paris, à la faculté Panthéon-Sorbonne, il obtient le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, puis un doctorat d’État.

Ce parcours intellectuel ne l’éloigne pas de la cause nationale, bien au contraire. Dès 1955, il rejoint le Front de libération nationale (FLN) et s’investit dans l’action politique et médiatique de la Révolution.

En 1956, sous la responsabilité de Mohamed Boudiaf, il dirige Résistance algérienne, journal publié à Tétouan. L’année suivante, il rejoint Tunis aux côtés d’Abane Ramdane, alors chargé d’El Moudjahid. Cette expérience le place au cœur de la bataille de l’information, un front essentiel dans une guerre où la parole comptait autant que les armes.

En 1958, il est affecté à la Fédération de France du FLN, appelée la Septième Wilaya. Il y devient l’un des responsables politiques d’une organisation chargée de mobiliser les Algériens de France, d’organiser leur soutien à la Révolution et de défendre les militants arrêtés par les autorités coloniales.

Ali Haroun a lui-même évoqué cette période, marquée par la répression, les arrestations et la mobilisation d’une communauté placée sous haute surveillance. Son engagement le conduit au Conseil national de la Révolution algérienne, dont il est membre de 1960 à 1962.

Il participe ainsi aux instances qui accompagnent les dernières années de la lutte et la marche du pays vers l’indépendance. Après 1962, Ali Haroun est élu député à la première Assemblée nationale constituante.

Son mandat s’achève en 1963. Il choisit alors de prendre ses distances avec la vie politique et se consacre longuement à sa profession d’avocat au barreau d’Alger. Cette mise en retrait ne signifie pas qu’il disparaît de la scène publique. Homme de droit, il reste attaché aux principes de justice et à la défense des libertés.

Lorsque le pays entre, au début des années 1990, dans une période d’une extrême gravité, il accepte de revenir au service public. Nommé ministre délégué aux Droits de l’homme en 1991, il devient, en janvier 1992, membre du Haut Comité d’État, instance collégiale appelée à exercer les prérogatives présidentielles dans un contexte de crise institutionnelle.

Il y siège jusqu’en 1994. Ces années laissent une empreinte profonde dans la mémoire nationale. Ali Haroun y occupe une place particulière, celle d’un homme issu de la Révolution appelé à affronter une réalité que personne n’avait imaginée au lendemain de l’indépendance. Il en tirera plus tard la matière de plusieurs ouvrages, dont Le Rempart, consacré à l’interruption du processus électoral après les élections législatives de janvier 1992.

Ali Haroun n’a jamais cessé d’écrire. Son livre le plus connu, La 7ᵉ Wilaya, la guerre du FLN en France 1954-1962, publié en 1986, demeure une référence pour comprendre l’action du FLN hors des frontières algériennes. Il y restitue l’organisation, les sacrifices et les dilemmes d’un combat mené loin du territoire national.

Il publie ensuite L’Été de la discorde en 2000, L’Éclaircie en 2011, puis Le Rempart en 2014. En 2021, Le Second Front réunit des écrits et des documents de la Fédération de France du FLN. Cette œuvre témoigne d’une préoccupation constante : transmettre aux générations suivantes une mémoire précise, documentée et lucide.

En 1995, aux côtés de Redha Malek, il participe à la création de l’Alliance nationale républicaine (ANR), un parti qui défend la démocratie et la laïcité. Ce choix confirme la cohérence d’un parcours placé sous le signe de l’engagement civique.

En 2022, l’empereur du Japon lui décerne la haute distinction de l’Ordre du Trésor sacré, Rayons d’or en sautoir, en reconnaissance de sa contribution au développement des relations entre l’Algérie et le Japon.

Cette distinction rappelle que son action a dépassé le cadre strictement national. Ali Haroun laisse l’image d’un moudjahid devenu juriste, d’un responsable devenu témoin et d’un homme qui a toujours cherché à relier l’histoire à la responsabilité. Sa disparition prive l’Algérie d’une voix qui a connu la guerre, la construction de l’État et les épreuves des années noires.

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L'express quotidien du 25/10//2026

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