En visite à Alger, la nouvelle présidente de l’Association France-Algérie plaide pour la reconnaissance des crimes coloniaux français et la restitution des biens spoliés, dans un contexte de relations bilatérales toujours marquées par le déni mémoriel.
Élue le 18 décembre dernier à la présidence de l’Association France-Algérie (AFA), Ségolène Royal effectue, depuis ce lundi 26 janvier, un déplacement de quatre jours à Alger. Un choix politique fort, dans un contexte de relations franco-algériennes profondément dégradées depuis l’été 2024, marqué par un retour du déni mémoriel côté français et une crispation diplomatique persistante.
Fondée en 1963, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, l’Association France-Algérie a historiquement porté une parole minoritaire en France, celle du dialogue fondé sur la reconnaissance des violences coloniales. En acceptant d’en prendre la tête, Ségolène Royal s’inscrit dans cette filiation, tout en assumant une rupture explicite avec les discours dominants à Paris.
« La crise est profonde. L’Association France-Algérie est venue me chercher en connaissant ma liberté de parole et la solidité de mes convictions », confiait-elle récemment au Monde. Un constat lucide, alors que la relation bilatérale reste prisonnière d’un non-dit colonial jamais traité par l’État français.
Succédant à Arnaud Montebourg, l’ancienne ministre socialiste met d’emblée le cœur du problème sur la table. « Certains crimes de la colonisation, certaines blessures, n’ont pas été nommés, ni réparés, ni excusés. Elles doivent l’être par la France comme l’ont fait d’autres pays ».
Une prise de position rare dans le paysage politique français, où la reconnaissance des crimes coloniaux demeure l’exception.
Dans ses déclarations publiques, Ségolène Royal insiste sur une responsabilité historique clairement située. Sur sa page Facebook, elle rappelle le sens de son engagement : « Les peuples et les jeunesses de nos pays espèrent le dialogue, le respect, la vérité et les projets d’avenir dans l’amitié, comme l’Association France Algérie s’y est engagée depuis des dizaines d’année et dont je reprends le beau flambeau ».
Elle poursuit en soulignant la centralité de l’Algérie dans toute perspective de réconciliation sincère : « Nous devons la réconciliation aux jeunes des deux rives de la Méditerranée, entre la France et l’Algérie, le plus vaste pays du continent africain, afin de construire des projets fructueux dans les secteurs productifs porteurs d’avenir.

