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Alger et Paris rouvrent le canal du dialogue

Après deux ans de relations tendues, Alger et Paris reprennent le fil du dialogue. La visite de Laurent Nuñez à Alger ouvre la voie à une relance du dialogue bilatéral, entre enjeux sécuritaires, économiques et diplomatiques.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu, hier, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, accompagné d’une délégation, dans le cadre d’une visite de deux jours.

Ont assisté à cette rencontre, le directeur de cabinet de la Présidence de la République, Boualem Boualem, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, le conseiller du Président chargé des affaires diplomatiques, Ammar Abba, ainsi que le directeur général de la sécurité intérieure, le général de corps d’armée Abdelkader Aït Ouaarabi.

Si la visite de Laurent Nuñez se déroule sous le signe de la coopération sécuritaire et de la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, elle n’en demeure pas moins une initiative à forte portée politique, dans un contexte de relations encore tendues entre Alger et Paris.

Pour l’Algérie, le réchauffement attendu ne peut se concevoir que dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal, fondé sur le respect de la souveraineté nationale et des symboles nationaux. Plus qu’une simple normalisation, Alger entend poser les bases d’une relation apurée, débarrassée de toute condescendance.

Le Président Tebboune a réaffirmé à plusieurs reprises que, sur la question mémorielle, « Alger n’acceptera ni les faux-semblants ni les atermoiements ». Pour la diplomatie algérienne, la reconnaissance historique et la justice mémorielle ne constituent pas un ancrage dans le passé mais une condition sine qua non pour envisager l’avenir de la relation avec Paris.

« Le message d’Alger est clair : le réchauffement bilatéral ne se fera pas au détriment de la souveraineté nationale ni de la mémoire des martyrs », précise un responsable gouvernemental. Dans cette perspective, le partenariat se construira progressivement, « pierre par pierre », sur des fondations choisies par l’Algérie, aujourd’hui forte et respectée.

Cette visite intervient quelques jours après le déplacement de Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, venue tenter de « reconstruire l’amitié » entre les deux pays. L’objectif de Laurent Nuñez est de renouer le dialogue bilatéral après près de deux ans de gel diplomatique ponctués d’incidents consulaires et d’expulsions de diplomates.

Selon la députée Sabrina Sebaihi, vice-présidente du groupe d’amitié France-Algérie, il s’agit d’un « déplacement bienvenu » qui témoigne de la possibilité de relancer un dialogue interrompu sur tous les volets, qu’ils soient sécuritaires, économiques ou migratoires.

La détérioration des relations entre Alger et Paris remonte à l’été 2024, lorsque la France a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire dont le statut reste indéfini, selon l’ONU, et où le conflit oppose depuis cinquante ans le Maroc au Front Polisario.

Dans ce contexte, toute avancée française est perçue à Alger comme devant respecter strictement les équilibres et intérêts nationaux. Au-delà du volet sécuritaire, la dimension économique apparaît comme un indicateur clé du réchauffement bilatéral. Le patronat français, le MEDEF, multiplie les contacts avec l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, et prépare une mission économique, signe que les milieux d’affaires anticipent une normalisation prochaine.

Contrairement à son prédécesseur, Bruno Retailleau, qui avait cristallisé les tensions, notamment sur la question des réadmissions de ressortissants algériens en situation irrégulière, Laurent Nuñez privilégie le dialogue à la confrontation. L’Algérie, pour sa part, reste ouverte à la discussion sur tous les sujets, mais « pas à n’importe quel prix ».

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L'express quotidien du 18/02//2026

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