Le Ramadhan occupe une place centrale dans la vie des musulmans à travers le monde. Ce mois sacré ne se limite pas uniquement à l’acte de jeûner. Il est surtout un moment privilégié de spiritualité, de solidarité et de partage. Pour mieux comprendre sa signification, ainsi que les bienfaits et précautions qui y sont liés, nous avons interrogé le Dr Boualem Djouhri, ancien directeur des affaires religieuses, enseignant à l’université de Béjaïa et spécialiste en sciences islamiques.
L’Express : Qu’est-ce que le Ramadhan dans la religion musulmane ?
Boualem Djouhri : Le Ramadan, qui correspond au neuvième mois du calendrier hégirien, constitue l’un des cinq piliers de l’islam. Le Prophète ﷺ a dit : « L’Islam est construit sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son Messager, l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la zakât, le jeûne du Ramadhan et le pèlerinage. » Son obligation est mentionnée dans le Coran : « Ô vous qui avez cru ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédés, afin que vous atteigniez la piété. » (Sourate al-Baqara, 2:183). Le jeûne consiste à s’abstenir, dès l’aube (fajr) jusqu’au coucher du soleil (maghrib), de manger, boire et d’avoir des relations conjugales, tout en ayant l’intention sincère d’adorer Allah. C’est aussi un mois marqué par la révélation du Coran : Le mois de Ramadhan, au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens… » (Sourate al-Baqara, 2:185). Ainsi, Ramadhan est avant tout un mois dédié au Coran, à la réforme spirituelle et au retour sincère vers Allah. Toutes les écoles juridiques (hanafite, malikite, chafiite et hanbalite) s’accordent sur certains principes fondamentaux :
– Le jeûne est une obligation pour tout musulman pubère, en bonne santé mentale et physiquement apte.
– L’intention (niyya) est incontournable.
– Rompre le jeûne sans raison valable est strictement interdit.
-Quels sont les principaux bienfaits spirituels du Ramadhan ?
-Le jeûne vise principalement la taqwâ (la piété consciente), comme en témoigne le verset 2:183. Le Prophète a affirmé : « Celui qui jeûne le Ramadhan avec foi et dans l’espoir de recevoir la récompense divine verra ses péchés passés pardonnés. » (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim).
Voici les bienfaits les plus importants :
– La purification spirituelle : un hadith qudsi déclare : « Le jeûne est pour Moi et c’est Moi qui en accorde la récompense. »(Rapporté par al-Bukhârî).
– La maîtrise des passions : Le Prophète ﷺ disait : «Le jeûne est un bouclier.» (Rapporté par al-Bukhârî), ce qui signifie qu’il éloigne des péchés.
– La solidarité renforcée : « Le Prophète était connu pour être le plus généreux des hommes et encore plus durant le Ramadhan » (Rapporté par al-Bukhârî, cité par Abdullah Ibn Abbas).
– La Nuit du Destin (Laylat al-Qadr) : Cet événement béni est décrit dans le Coran comme étant « mieux que mille mois » (Sourate al-Qadr, 97:3).
Les écoles juridiques insistent sur le fait que le jeûne n’est pas une simple abstinence physique ; il engage également à s’éloigner des actes immoraux tels que le mensonge ou la médisance. Par exemple, chez les malikites, l’aspect éthique du jeûne est particulièrement mis en avant.
-Le jeûne peut-il représenter un risque pour certaines personnes ?
Effectivement, l’islam ne vise pas à imposer une difficulté excessive. Allah dit : « Allah veut pour vous la facilité et non la difficulté » (2:185), ainsi que « Ne vous mettez pas en péril vous-mêmes » (4:29). Certaines catégories de personnes en sont dispensées :
– Les malades,
– Les voyageurs,
– Les femmes enceintes ou allaitantes lorsqu’il existe un risque pour elles ou l’enfant,
– Les personnes âgées incapables d’accomplir le jeûne.
Comme le rappelle le verset (2:185) : « Quiconque est malade ou en voyage devra jeûner un nombre égal d’autres jours ».
Pour ceux atteints d’une incapacité durable, comme les personnes âgées, une compensation (fidya) est demandée, laquelle consiste à nourrir un pauvre pour chaque jour de jeûne non accompli.
-Quel message adresseriez-vous aux personnes malades qui souhaitent tout de même jeûner ?
-L’islam est une religion de compassion. Le Prophète ﷺ a affirmé : « Certes, Allah aime qu’on accepte Ses dispenses tout comme Il aime que l’on accomplisse Ses obligations » (rapporté par Ahmad). Se mettre en danger n’est pas considéré comme un acte pieux. Ce qui compte avant tout, c’est l’intention sincère, car elle suffit déjà pour obtenir la récompense divine. Dans le cas d’une maladie temporaire, il sera toujours possible de compenser le jeûne plus tard. En cas de maladie chronique, il est prescrit de faire une fidya. La préservation de la vie humaine passe avant toute autre considération, y compris les actes obligatoires ou surérogatoires dans des situations risquées. Une règle juridique universelle rappelle : « La difficulté appelle la facilité » (al-mashaqqa tajlib al-taysîr).
-Un mot pour conclure…
-Le Ramadhan est une période unique de réforme spirituelle, morale et sociale. Il nous apprend la patience, la compassion et l’autodiscipline. Allah clôt les versets relatifs au jeûne par ces paroles empreintes de réconfort : « Et lorsque Mes serviteurs t’interrogent à Mon sujet… Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque » (2:186). Le Ramadhan ne se résume pas à une simple privation ; c’est avant tout un moment d’intense proximité avec Allah. Que Dieu nous guide et nous bénisse en cette période sacrée.

