Le discours triomphaliste de Rabat sur le dossier du Sahara occidental se heurte à une nouvelle réalité diplomatique. Le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, daté du 1er octobre, maintient ouvertes les différentes pistes de règlement et, surtout, ne consacre pas le plan marocain d’autonomie comme une solution exclusive.
Selon les éléments révélés par ECSaharaui, la résolution 2797 du Conseil de sécurité, présentée par le Maroc comme une victoire définitive, est considérée dans le rapport comme une « base » pour les discussions. Cette formulation laisse ainsi la possibilité aux parties d’examiner d’autres idées, propositions et formules au cours des négociations.
Plus important encore, l’objectif demeure celui d’une solution politique définitive et mutuellement acceptable, sans écarter le droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Une donnée qui vient relativiser les lectures marocaines présentant l’option d’autonomie comme un aboutissement déjà acquis.
Le contenu des différents rounds de négociations fait également apparaître un décalage entre le discours public de Rabat et les positions exprimées autour de la table. La délégation marocaine a, selon les documents cités, affirmé sa volonté de travailler avec le Front Polisario à la négociation et à la mise en œuvre d’une solution mutuellement acceptable.
Le résultat final devrait ainsi être élaboré et assumé conjointement par les deux parties. Cette approche contraste avec l’image d’une proposition marocaine d’autonomie devenue intangible.
Sur le terrain diplomatique, son contenu demeure donc lié au processus de négociation. Les discussions ont notamment porté sur la possibilité d’un cadre transitoire ainsi que sur d’autres domaines de convergence restant à définir. Les États-Unis et les Nations unies travaillent parallèlement à la mise en place d’un cadre permettant de négocier les contours d’un modèle détaillé d’autonomie, tout en prévoyant une consultation de la population du Sahara occidental conformément au principe d’autodétermination.
Autrement dit, l’issue du processus n’est pas présentée comme prédéterminée. Ces nouveaux éléments interviennent après plusieurs développements diplomatiques qui ont également relativisé le récit d’une victoire définitive de Rabat.
Le conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos, avait récemment déclaré sur France 24 que le règlement de la question du Sahara occidental était encore loin d’être imminent. Il avait également salué le rôle positif de l’Algérie, alors que le Maroc l’accuse de bloquer toute avancée dans le dossier.
Boulos avait par ailleurs rappelé que l’Algérie ne pouvait imposer aux Sahraouis une solution écartant l’autodétermination, rejetant ainsi l’idée d’une tutelle algérienne sur le Front Polisario. Dans le même temps, la rencontre entre le représentant permanent des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, et une délégation du Front Polisario constitue un autre développement significatif.
Elle témoigne du maintien du contact avec le représentant sahraoui dans le cadre des discussions diplomatiques. Le prochain rendez-vous devrait se jouer autour de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO. Rabat pousse pour mettre fin à cette mission, dont l’appellation rappelle précisément son lien avec le processus d’autodétermination.
Le Conseil de sécurité doit se prononcer le 31 octobre sur l’avenir de son mandat. Deux options sont évoquées : une prorogation d’une année supplémentaire ou un renouvellement plus court, permettant d’évaluer plus rapidement l’évolution des négociations et les conclusions de l’examen stratégique consacré à l’avenir de la mission.
Après avoir présenté la résolution 2797 comme un aboutissement, le Maroc se retrouve ainsi face à un processus qui reste ouvert. L’autonomie n’est pas consacrée comme solution imposée, l’autodétermination du peuple sahraoui demeure inscrite dans le cadre du règlement et le Front Polisario continue d’être associé aux discussions. Le fossé apparaît dès lors entre le récit d’une victoire définitive et une réalité diplomatique qui reste, elle, loin d’être tranchée.
