L’Algérie occupe aujourd’hui la deuxième place mondiale des exportateurs de gaz de pétrole liquéfié (GPL), derrière les États-Unis. Depuis le déclenchement du conflit en Iran et les perturbations qui affectent les routes maritimes du Golfe, Sonatrach enregistre des performances records sur ce segment et accélère son déploiement sur les marchés asiatiques.
Les exportations mondiales de GPL par voie maritime atteignent, en moyenne, 4,8 millions de barils par jour en mai 2026, selon la plateforme Attaqa, soit près de 600 000 barils de moins qu’en février, avant que les tensions régionales ne viennent désorganiser les routes énergétiques du Golfe.
C’est précisément dans cet espace laissé vacant que l’Algérie a réussi à se positionner. Le choc a été particulièrement brutal pour les grands exportateurs de la région.
Le Qatar a vu près de 17 % de sa capacité de production de GNL détruite, pour une période estimée entre trois et cinq ans, selon Reuters. Dans le même temps, le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures mondiaux, a connu d’importantes perturbations logistiques.
L’Inde, fortement dépendante des approvisionnements énergétiques du Golfe, s’est retrouvée confrontée à des tensions d’approvisionnement et contrainte de diversifier rapidement ses sources d’importation.
Dans ce contexte, Sonatrach a renforcé sa présence sur le marché mondial du GPL. Le groupe a exporté 6,1 millions de tonnes en 2024, un niveau record qui a généré 444 milliards de dinars de recettes à l’exportation sur ce seul segment.
Cette orientation n’est pas le fruit du hasard. Dès 2022, le groupe avait amorcé un repositionnement stratégique vers les marchés asiatiques, profitant notamment de coûts de fret compétitifs depuis la Méditerranée.
Cette stratégie a franchi une nouvelle étape en mars 2026 avec la signature d’un contrat régulier d’approvisionnement en GPL avec un client chinois. Une première pour le groupe algérien, qui marque son entrée durable dans les flux énergétiques asiatiques et ouvre la voie à une présence de long terme sur ce marché à forte croissance.
Sur le segment du gaz naturel liquéfié (GNL), en revanche, la dynamique apparaît moins favorable. L’Algérie a enregistré un recul de 8,5 % de ses exportations au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025.
Le pays a ainsi glissé à la dixième place mondiale des exportateurs de GNL, dépassé notamment par la Papouasie-Nouvelle-Guinée. À l’échelle africaine, l’Algérie conserve toutefois sa deuxième position derrière le Nigeria, dont les exportations ont progressé de 45,4 % sur la même période.
Deux trajectoires opposées coexistent ainsi au sein de Sonatrach : une montée en puissance rapide sur le GPL et une érosion relative sur le GNL. Cette situation soulève la question de la capacité du groupe à transformer l’avantage conjoncturel actuel en un positionnement structurel durable sur les marchés internationaux.
L’Algérie demeure aujourd’hui le sixième producteur mondial de GPL, avec une production estimée à 9,7 millions de tonnes équivalent pétrole.
Les infrastructures énergétiques d’Arzew fonctionnent à plein régime, tandis que la proximité géographique avec l’Europe et les coûts de fret méditerranéens relativement compétitifs offrent au pays un avantage logistique difficilement replicable par les producteurs du Golfe.
Selon S&P Global, un retour à la normale des marchés gaziers dans le Golfe pourrait nécessiter entre six mois et un an après une éventuelle cessation des hostilités.

