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Alger

La vision énergétique de l’Algérie se confirme

Les perturbations actuelles et à venir du marché énergétique mondial sont de nature à rebattre les cartes des stratégies des grandes compagnies pétrolières, mais également les groupes gaziers qui ont misé sur la sécurité des approvisionnements pour fournir autant leurs clients que le marché international.

Or, le regain de tension dans le monde, autant dans le conflit en Ukraine que l’agression caractérisée de l’alliance américano-sioniste, avec des pays de l’Otan, contre l’Iran a dessiné les contours d’une nouvelle architecture mondiale du marché énergétique.

Tous les pays industrialisés, les Etats-Unis en tête, ne sont pas capables de trouver, pour le moment, une alternative au pétrole, et, accessoirement, pour le gaz.

Certes, des pays émergents comme le Brésil et certains pays européens dont l’Allemagne, la France et l’Angleterre utilisent déjà les biocarburants, mais dans une proportion très limitée, et se concentrent sur le nucléaire beaucoup plus pour leur consommation électrique.

C’est face à ce tableau inquiétant pour les grandes industries mondiales, qui sont terrorisées par la hausse vertigineuse des prix de l’énergie après la fermeture sine die par Téhéran du détroit d’Ormuz, le brut atteignant allègrement les 100 dollars/baril, que la politique énergétique à moyen et long terme de l’Algérie prend toute son importance.

Autant sur le pétrole que sur le gaz et les produits pétrochimiques, l’Algérie est devenue un acteur clé sur le marché mondial, car elle dispose d’une infrastructure de transport par pipes ou bateaux digne des majors du secteur. Rien que sur les projets futurs, l’Algérie devra livrer dès 2029 une grande partie de l’ambitieux projet TSGP, un projet unique en Afrique qui sera entièrement piloté par le groupe Sonatrach dans sa partie nigérienne.

Estimé financièrement entre 14 et 20 milliards de dollars, ce gazoduc africain, long de 4 128 km, traversera le Nigeria (1 037 km), le Niger (841 km) et l’Algérie (2 310 km) pour relier les gisements de Warri (Nigeria) au complexe gazier de Hassi R’mel, et approvisionnera les marchés européens, asphyxiés après la crise ukrainienne.

En fait l’Algérie est un client crédible, sûr et fiable pour les marchés européens du gaz, car elle dispose de deux grands tubes : le Medgaz et Enrico Mattei, ou Transmed.

Avec une production nationale de 130 milliards de m3 par an, l’Algérie, à travers ses gazoducs, mais également par mer, est pleinement capable d’assurer des approvisionnements sûrs et dans les délais ses clients européens, asiatiques et américain. Déjà, elle possède deux grands gazoducs qui à eux deux assurent annuellement des expéditions par pipe de plus de 18 milliards de m3 de gaz, dont 10,7 m3/ an à l’Espagne via le Medgaz, et 7,259 mds de m3 à l’Italie en 2025.

Dans un très proche avenir, l’Algérie sera un autre client de l’Europe dès l’entrée en service du Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP), qui démarre du Nigeria, traverse le Niger pour atterrir à la station de pompage de In Saleh, et de là vers les marchés européens. Il s’agit d’un projet unique en Afrique qui sera entièrement piloté par le groupe Sonatrach dans sa partie nigérienne.

Le contexte géopolitique mondial actuel donne, par ailleurs, raison à l’Algérie dans son approche du marché énergétique pour les dix prochaines années.

Car l’Algérie a des plans de développement multisectoriels extrêmement importants, et doit en même temps diversifier ses partenaires dans le secteur énergétique pour se permettre le luxe de donner un frein à une relance fantastique du secteur des hydrocarbures, avec la signature d’importants projets de partenariat avec des majors du secteur au cours de ces trois dernières années.

C’est pour cela que l’Algérie a décidé de se lancer dans un plan de modernisation de ses infrastructures d’hydrocarbures, d’augmentation de ses productions pétrolières, gazières et dérivés, et de mettre en application un grand volume d’investissements pour le prochain quinquennat.

C’est ce qu’a en fait confirmé le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, dans son discours à l’ouverture du dernier Napec d’Oran. Il a ainsi annoncé un plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur les cinq prochaines années, destiné à moderniser les infrastructures énergétiques nationales, renforcer la production et accélérer la transition vers les énergies nouvelles et renouvelables.

Et là, le ministre a tenu à clarifier les choses en ce qui concerne le volet environnement, expliquant que si l’Algérie multiplie les projets allant vers la mise en place d’une dynamique politique de transition énergétique, il n’en demeure pas moins que cela ‘’ne signifie pas l’abandon des ressources fossiles, en particulier le gaz naturel’’, qu’il a qualifié de ‘’carburant de transition essentiel’’.

Clair et net : l’Algérie va densifier ses investissements dans le secteur pétrolier et gazier, en amont et en aval, et surtout pour moderniser ses infrastructures de production, avec accélération dans la production off-shore. La donne est en fait celle-ci : la demande mondiale en pétrole et en gaz devrait se maintenir jusqu’en 2050, et, avec les conflits militaires actuels, ces ressources continueront à jouer un rôle clé dans la sécurité énergétique mondiale.

Et donc si beaucoup de pays du Nord misent sur les énergies alternatives, comme le nucléaire, d’ailleurs l’Allemagne et la France ont mis en service de nouvelles centrales pour conforter leur boycott du pétrole-gaz russe, l’Algérie, pays souverain, est maître de ses décisions dans le domaine stratégique de la production, la distribution et la commercialisation de ses produits énergétiques.

‘’ Cette approche s’appuie sur une politique gouvernementale visionnaire et de grands efforts de modernisation, notamment dans le développement des infrastructures pétrolières et gazières et la mise à jour du cadre juridique pour rendre le secteur plus attractif aux investissements étrangers, en particulier dans l’exploration offshore’’, a dit M. Arkab pour conforter la politique nationale en matière d’hydrocarbures.

Ce sera donc un plan d’investissement massif de plus de 60 milliards de dollars pour la période 2025-2029, dont 80 % seront consacrés à l’amont pétrolier et gazier. Alger, par rapport aux autres producteurs mondiaux, a déjà un coup d’avance sur eux au vu du contexte géopolitique actuel et des demandes futures du marché mondial de l’énergie.

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L'express quotidien du 12/03//2026

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