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Quand Paris fait les yeux doux à Alger

À la fin du mois d’avril dernier, le président français Emmanuel Macron avait vertement tancé les partisans, en France, d’une ligne dure avec l’Algérie, fustigeant dans la foulée « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l’Algérie ».

Lundi, lors d’une visite officielle à Alger largement médiatisée, son ministre de la Justice et garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dont le grand-père est algérien, a enfoncé le clou en proposant de relancer le vieux projet de traité d’amitié entre l’Algérie et la France et d’abandonner le traité sur l’immigration de 1968.

Paris a-t-il opéré une inflexion sérieuse de sa politique vis-à-vis de l’Algérie, ou bien la majorité présidentielle a-t-elle enfin pris la mesure des enjeux politiques, économiques et géopolitiques liés à la prolongation d’une crise devenue durable avec Alger ?

Le clan présidentiel, la France officielle, hors des positions de la droite et de l’extrême droite, dans ses accès de virulence contre l’Algérie, a-t-il amorcé un rétropédalage après deux années de crise ouverte et d’attaques sans fondement contre un pays souverain ? La visite du ministre français de la Justice à Alger, ainsi que le long entretien que lui a accordé le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, semblent indiquer une inflexion du climat entre Alger et Paris, passant d’une relation délétère à une dynamique de coopération et de dialogue, dans laquelle les partisans de la droite et de l’extrême droite revanchardes se retrouvent marginalisés.

Y compris certains médias, souvent critiques, issus de la galaxie Bolloré, régulièrement accusés d’alimenter les tensions autour de l’Algérie, de son personnel diplomatique à Paris et de ses positions constantes.

De retour à Paris, Gérald Darmanin a résumé le clivage politique, voire l’antagonisme virulent entre la droite et l’extrême droite, opposant notamment les partisans de Bruno Retailleau, chef de file des Républicains, et ceux du Rassemblement national. Répondant à ce dernier, qui réclamait « une diplomatie de la fermeté et non de la courbette », il a répliqué que « la courbette, c’est ce qu’ils avaient fait avec M. Trump ou M. Poutine.

On n’a pas de leçons à recevoir du Rassemblement national. S’ils étaient aux responsabilités, ils seraient obligés de parler au grand pays africain qu’est l’Algérie ». Dont acte. Dans ce contexte, la proposition du ministre français de la Justice de relancer le projet de traité d’amitié entre Alger et Paris n’est pas dénuée d’intérêt, en tant que piste susceptible de dépasser certaines entraves et de favoriser un retour à des relations apaisées entre les deux pays.

Ses répliques à l’extrême droite apparaissent également fermes, à la mesure des critiques formulées par les dirigeants de cette famille politique, accusés de chercher à saboter les relations bilatérales et de cibler régulièrement l’Algérie, sa révolution, ses dirigeants et sa classe politique.

Le projet de traité d’amitié entre l’Algérie et la France, lancé au début des années 2000 sous l’impulsion des présidents Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac, avait été ensuite mis en veille après avoir été fragilisé par une partie de la droite française, notamment sous l’influence de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et dans le contexte de la loi de février 2005 sur les « bienfaits » du colonialisme.

Depuis, ce projet est resté en suspens. Gérald Darmanin est ainsi l’un des premiers responsables français à évoquer sa relance. « Il faut se parler, même quand c’est difficile », a-t-il expliqué, soulignant par ailleurs que les services de renseignement des deux pays « se parlent quasi quotidiennement pour la sécurité des Algériens et des Français ».

Par ailleurs, les déclarations du garde des Sceaux français laissent entrevoir une volonté de relance du dialogue et de la confiance entre les deux pays, après deux années de tensions et de crispations. Le ministre a indiqué avoir évoqué avec le président Tebboune les moyens de restaurer les relations bilatérales.

« Nous avons pu évoquer le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance entre deux pays qui se respectent, la France et l’Algérie », a-t-il déclaré. Il a également écrit sur le réseau social X : « Je remercie le président de la République algérienne, M. Abdelmadjid Tebboune, de m’avoir longuement reçu aujourd’hui à Alger pour évoquer ensemble, à la demande du président de la République française Emmanuel Macron, la relance de notre coopération bilatérale, en particulier dans le domaine judiciaire ».

Au-delà des relations protocolaires, la France officielle se prépare toutefois à de prochaines échéances électorales, où la question migratoire, notamment algérienne, pourrait peser dans les débats et les équilibres politiques.

Par ailleurs, le contexte énergétique mondial, marqué par des tensions sur les marchés, notamment en raison de la volatilité des prix du pétrole, accentue les préoccupations économiques.

Dans ce contexte, certains observateurs estiment qu’un rapprochement avec Alger pourrait répondre à plusieurs enjeux stratégiques pour Paris, notamment sur le plan énergétique et budgétaire. La France officielle, souvent perçue comme pragmatique, demeure ainsi attentive à l’évolution de ses relations avec l’Algérie.

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L'express quotidien du 20/05//2026

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