La délégation du Fonds monétaire international (FMI) dresse, à l’issue de la mission de consultations menée en Algérie du 16 au 30 juin, au titre de l’article IV, un constat globalement positif de l’économie algérienne à court terme, tout en soulignant l’urgence de renforcer les fondamentaux macroéconomiques afin de préserver la stabilité financière et de soutenir une croissance durable.
Pour 2026, l’institution prévoit une croissance de 3,8 %, soutenue par le rebond attendu des prix des hydrocarbures, ce qui devrait améliorer les recettes d’exportation et les revenus budgétaires.
En revanche, selon le rapport, l’inflation devrait connaître une hausse temporaire. Pour 2025, le FMI estime que la croissance est demeurée solide, à 3,9 %, portée par un niveau élevé d’investissements, malgré une progression plus modérée du secteur des hydrocarbures.
La mission souligne, en outre, que « la poursuite des réformes est nécessaire » pour soutenir une croissance plus forte et plus résiliente, tirée par le secteur privé.
Parmi les priorités figurent « l’amélioration du climat des affaires, l’uniformisation des conditions de concurrence entre les entreprises publiques et le secteur privé, la réduction des barrières aux échanges et des restrictions administratives, l’accroissement de la flexibilité des marchés des biens et du travail, ainsi que la réduction de l’informalité grâce à la numérisation et à la réforme du régime fiscal ».
Pour la mission du FMI, « la position géographique de l’Algérie et sa richesse en ressources énergétiques pourraient servir de levier pour renforcer son rôle sur le marché de l’énergie, avec l’Europe et l’Afrique ». La mission salue « les efforts de diversification déployés par l’Algérie, notamment dans les secteurs minier et agricole », et encourage la poursuite des réformes visant à renforcer la compétitivité et l’investissement privé. À moyen terme, la mission prévoit une modération de la croissance, tandis que des déficits élevés continueraient d’accroître la dette publique et de réduire progressivement les réserves internationales.
Pour le FMI, « les perspectives restent tributaires de réformes visant à renforcer la viabilité des finances publiques, à diversifier l’économie et à stimuler l’investissement privé ». « Pour renforcer la résilience macroéconomique, un dosage mieux équilibré des politiques macroéconomiques serait nécessaire, avec notamment une consolidation des finances publiques, une politique monétaire axée sur la stabilité des prix et une plus grande flexibilité du taux de change », estiment les rédacteurs du communiqué diffusé sur le site internet du FMI.
Celui-ci estime, en outre, que « les efforts de diversification économique entrepris par l’Algérie et son retrait de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) sont bienvenus et devraient être accompagnés de réformes plus profondes pour soutenir une croissance plus forte, plus résiliente et tirée par le secteur privé ». Le déficit budgétaire a diminué en 2025, à 10,5 % du PIB, grâce aux dividendes exceptionnels élevés des entreprises publiques et de la Banque d’Algérie, ainsi qu’à l’augmentation des recettes hors hydrocarbures.
Il demeure toutefois très élevé, note la mission du FMI. Néanmoins, d’importants besoins de financement ont porté la dette publique à 52,1 % du PIB. Les conditions monétaires se sont assouplies, parallèlement à un financement accru de l’État par la Banque d’Algérie.
Pour le FMI, les risques pesant sur les perspectives économiques de l’Algérie sont principalement liés à la volatilité des prix des hydrocarbures, à la persistance de déficits budgétaires élevés et aux liens financiers importants entre l’État, les entreprises publiques et les banques publiques.
« Le renforcement de la résilience économique est devenu plus urgent », souligne le rapport, en raison de l’érosion des marges budgétaires et extérieures. À court terme, la mission recommande une consolidation budgétaire importante, une meilleure gestion de la liquidité et une plus grande flexibilité du taux de change afin d’améliorer la capacité de l’économie à absorber les chocs extérieurs.
Mobilisation de nouvelles recettes hors hydrocarbures
La stratégie de consolidation budgétaire doit être axée, selon le FMI, sur la mobilisation de nouvelles recettes hors hydrocarbures et la rationalisation des dépenses. Pour l’institution monétaire internationale, « une réforme des subventions et des prestations sociales, ainsi que la limitation des transferts aux entreprises publiques, contribueraient à la consolidation budgétaire et permettraient de dégager des marges de manœuvre pour les dépenses prioritaires, notamment une aide ciblée aux ménages vulnérables ».
Une plus grande efficience des investissements publics aiderait les autorités à atteindre leurs objectifs de diversification économique, souligne également le FMI, qui note que « les premières mesures visant à diversifier les sources de financement sont bienvenues, notamment la première émission souveraine de sukuk et le financement attendu d’une banque de développement régionale ».
Enfin, la mission recommande de renforcer davantage le cadre de la politique monétaire, en faisant de la maîtrise de l’inflation l’objectif prioritaire et le principal ancrage nominal. Elle exhorte également les autorités à renforcer les garde-fous réglementaires encadrant tout financement monétaire exceptionnel de l’État, afin de préserver l’indépendance opérationnelle de la Banque d’Algérie.

