L’onde de choc provoquée par l’élimination précoce de la sélection face à la Suisse en Coupe du Monde continue de faire trembler les murs de Dely Ibrahim. Plus qu’une simple désillusion sportive, ce revers a mis à nu la fragilité managériale des dirigeants du football algérien, aujourd’hui en proie à un vent de panique.
Complètement déstabilisés par l’ampleur du mécontentement populaire et l’impact psychologique sur le groupe, les responsables de la FAF semblent avancer à l’aveugle. Au lieu d’ouvrir un débat serein et de dresser un bilan critique et lucide, l’instance fédérale s’enfonce dans l’urgence et les décisions hâtives.
Pour faire écran aux faiblesses évidentes de son organisation et tenter d’apaiser la frustration des fans, le président de la fédération, Walid Sadi, a choisi la voie des ballons d’essai médiatiques et des confidences calculées. Un jeu dangereux qui met aujourd’hui en évidence les contradictions flagrantes de sa gouvernance.
La valse des profils ou le règne du pilotage à vue
La stratégie initiale consistait à brandir l’argument de la solution locale. Pour réveiller la nostalgie des supporters, le nom d’Antar Yahia a été opportunément avancé, en dépit d’un bagage d’entraîneur encore très limité au haut niveau.
Mais à peine cette option avait-elle commencé à circuler que d’autres relais, se revendiquant proches des cercles décisionnels, sont venus brouiller les pistes en propageant une thèse radicalement inverse. Contre-pied total : la barre technique pourrait être confiée à un technicien étranger.
C’est désormais la piste menant au Portugais Carlos Queiroz qui est évoquée pour prendre les rênes des Verts, avec la perspective de l’associer à des adjoints locaux. Ce désordre informationnel au plus haut niveau de l’institution trahit un manque flagrant de planification et prouve que les choix de la FAF sont dictés par l’émotion et le besoin de plaire à la galerie plutôt que par une vision sportive cohérente.
Cette course à la succession se heurte pourtant à une réalité juridique et financière incontournable, qui souligne l’incohérence de la démarche actuelle. Sur quelles bases légales la FAF peut-elle engager des discussions avec de potentiels successeurs alors que la situation contractuelle de Vladimir Petkovic reste inchangée ?
Bénéficiant d’un renouvellement de contrat signé à la hâte juste avant le tournoi mondial et courant jusqu’à l’été 2028, l’entraîneur helvético-bosnien se trouve en position de force. Imaginer qu’il acceptera de s’effacer sans contrepartie financière relève de l’illusion, et cette situation risque de peser lourdement sur l’équilibre budgétaire de la fédération.
L’impératif d’une refonte structurelle face aux solutions de façade
Le principal écueil de la direction actuelle demeure son refus de poser les vraies questions. Le bon sens aurait exigé une prise de parole officielle et transparente pour analyser objectivement les raisons du fiasco durant cette Coupe du Monde.
L’échec face à la Suisse n’est en réalité que la partie émergée d’un problème structurel bien plus vaste : le déficit chronique d’un grand projet de développement pour le football algérien. Les pays qui s’installent durablement au sommet de la hiérarchie mondiale ne dépendent pas des remous de l’opinion ou des changements constants de staff technique.
Ils construisent leur réussite sur la durée, à travers des réformes en profondeur. Pour l’Algérie, l’avenir passe impérativement par une restructuration des centres de formation, une politique ambitieuse pour les sélections de jeunes et une modernisation globale des compétitions locales. Sans cette transition de la gestion de crise vers une réelle culture de la planification, le football national restera exposé à de futures et douloureuses déconvenues.

