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Le Niger resserre sa coopération militaire avec l’Algérie

Le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, a reçu hier le ministre nigérien de la Défense nationale, le général d’armée Salifou Modi, donnant ainsi une nouvelle épaisseur à la coopération entre Alger et Niamey. Cette audience confirme que le rapprochement engagé au plus haut niveau de l’État en février dernier se traduit désormais dans le champ militaire, là où les deux pays partagent des préoccupations immédiates liées au terrorisme, aux trafics et à la stabilité de leurs frontières communes.

Le général Chanegriha a reçu son homologue nigérien au siège de l’état-major de l’ANP, entouré des commandants des forces terrestres et aériennes, du commandant de la Gendarmerie nationale ainsi que de plusieurs responsables du ministère de la Défense nationale et de l’état-major.

Les échanges ont porté sur l’état de la coopération militaire bilatérale et sur les questions d’intérêt commun, dans un contexte régional marqué par l’instabilité et la recomposition des équilibres au Sahel.

Le chef d’état-major a situé cette rencontre dans la continuité de la visite effectuée en Algérie par le président nigérien Abdourahamane Tiani, les 15 et 16 février 2026, à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune.

Il l’a qualifiée d’étape charnière, estimant qu’elle avait réaffirmé la volonté des deux pays d’élargir leur coopération et d’affronter les défis régionaux dans un esprit de solidarité et de responsabilité partagée.

Salifou Modi a, pour sa part, salué le niveau de coordination multidimensionnelle entre les deux armées et exprimé la volonté de Niamey de renforcer cette coopération.

Sa présence en Algérie, quelques mois après celle du président Tiani, montre que le dossier sécuritaire occupe désormais une place centrale dans la relation bilatérale.

L’Algérie et le Niger partagent près de mille kilomètres de frontières, au cœur d’un espace saharo-sahélien traversé par des routes migratoires, des réseaux de contrebande et des groupes armés.

Cette géographie fait du Niger un voisin stratégique pour l’Algérie, dont la sécurité nationale dépend en partie de la maîtrise de ses frontières sud. Les deux pays ont longtemps coopéré dans ce cadre, notamment au sein du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), créé en 2010 avec le Mali et la Mauritanie.

Ce dispositif, conçu pour coordonner la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, constitue l’un des socles institutionnels sur lesquels Alger entend aujourd’hui reconstruire une coopération plus opérationnelle avec le Niger. Le communiqué conjoint publié après la visite présidentielle de février avait déjà fixé le cap.

Les deux chefs d’État y affirmaient que la sécurité de l’un était indissociable de celle de l’autre et décidaient de réactiver les mécanismes bilatéraux consacrés au contrôle des frontières et à la coordination de la lutte contre le terrorisme.

Ce qui distingue la période actuelle, c’est le passage d’une coopération essentiellement diplomatique à une coopération militaire plus visible. En août 2026, après une tentative de coup d’État et une mutinerie à Niamey, l’Algérie a déployé quatre chasseurs Sukhoï Su-30, un avion ravitailleur Il-78 et un appareil de transport Il-76 sur la base aérienne de Niamey, à la demande des autorités nigériennes.

Cette opération a été précédée, le 9 août, de la livraison de quatre hélicoptères militaires aux forces armées nigériennes. Pour l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), elle marque un tournant dans la doctrine algérienne, traditionnellement attachée à la non-intervention hors de ses frontières, et traduit une volonté d’assumer un rôle de pivot de stabilité régionale.

Cette évolution s’inscrit dans un Sahel fragilisé par l’expansion des groupes jihadistes, l’affaiblissement des dispositifs régionaux et la concurrence croissante des puissances extérieures.

L’Algérie y voit un enjeu direct, tant sur le plan sécuritaire que sur celui de son influence diplomatique et de ses projets énergétiques avec Niamey. La visite de Salifou Modi intervient donc dans une séquence où les deux armées cherchent à donner un contenu concret aux engagements pris par les chefs d’État.

Elle confirme la volonté d’Alger de ne pas laisser la relation avec Niamey se limiter aux déclarations ou aux grands projets économiques, alors même que la frontière commune demeure exposée aux menaces transnationales.

Pour le Niger, le soutien algérien répond à un besoin de renforcement capacitaire et de stabilité politique. Pour l’Algérie, il s’agit de sécuriser son arrière-pays saharien, de préserver ses intérêts stratégiques et de réaffirmer sa présence dans une région où son rôle a été contesté ces dernières années.

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L'express quotidien du 15/10//2026

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