Au lendemain d’une escalade militaire majeure au Moyen-Orient et sur fond de menaces pesant sur le détroit d’Ormuz, les cours du brut, du gaz et des valeurs refuges se sont envolés, tandis que les places boursières mondiales accusaient de lourdes pertes.
Scénario catastrophe sur les marchés pétroliers hier à l’ouverture : 48 heures après le début des frappes américano-sionistes contre l’Iran et les répliques de celui-ci tout aussi violentes contre Israël et les bases américaines, ainsi que les intérêts pétroliers des pays du Golfe ont fait flamber les cours du brut, du gaz, de l’or et fait chavirer les marchés boursiers.
Hier, le baril de Brent s’envolait vers 12H20 GMT de 8,23% à 78,87 dollars (72,48 dollars vendredi à la clôture), après avoir à plusieurs reprises dépassé les 80 dollars dans la matinée. Le baril du West Texas Intermediate (WTI), le brut de référence américain, bondissait de 7,97% à 72,36 dollars (67,02 vendredi en clôture).
Quant au dollar, monnaie internationale utilisée pour le marché pétrolier, il prenait 0,77% à 1,1721 dollar pour un euro. Sur le marché du gaz, la tendance générale est également à la hausse, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence sur le Vieux Continent, affichait hier lundi vers 13H20 GMT une forte hausse de 40,16% à 44,79 euros, au plus haut depuis fin mars 2025.
Il a été fortement impacté après l’annonce par la compagnie d’État Qatari Qatar Energy, de suspendre la production de GNL à la suite d’attaques Iraniennes sur ses infrastructures. Sur les marchés boursiers, tous les indices dévissaient : Paris perdait 2,05%, Londres 1,45%, Francfort 2,40%, Tokyo 1,35% et New York était à l’équilibre vendredi.
La forte baisse des marchés d’actions hier lundi s’explique par la vente massive d’actifs à risque, une hausse des taux obligataires, alors que les valeurs refuge, dont le dollar, sont en hausse. Mais l’attention des investisseurs et des acteurs du marché pétrolier se limite pour le moment aux effets et scénarios d’un arrêt total du trafic maritime sur le détroit d’Ormuz, après l’annonce dimanche par l’Iran de sa fermeture alors qu’un pétrolier qui voulait forcer le passage a été coulé par un missile. Hier lundi, la raffinerie saoudienne de Ras Tanura, exploitée par la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, a été mise à l’arrêt après une frappe de drone dans la zone.
Certaines opérations y ont été interrompues, selon le ministre saoudien de l’Energie. Dans le pays, plusieurs installations pétrolières ont été mises à l’arrêt, de crainte des frappes de drones iraniens. Tous les facteurs de risque d’une crise du pétrole sont en fait rassemblés après trois jours d’une guerre violente et injustifiée contre l’Iran par le couple américano-sioniste et les répliques de Téhéran contre Israël et certains pays du Golfe persique.
Et, cette fois, ce n’est plus une simple prime de risque sur des frappes : le marché a ouvert en intégrant un scénario qui touche le nerf du pétrole mondial, le détroit d’Ormuz. Résultat : le pétrole de la mer du Nord, le Brent, a bondi au démarrage, avec une volatilité extrême allant jusqu’à dépasser les 80 dollars le baril, avant de se stabiliser à des niveaux toujours très élevés à la mi-journée.
Toute l’attention des courtiers des marchés des hydrocarbures est focalisée sur le détroit d’Ormuz, car un blocus iranien de cette voie maritime cruciale, reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie, pourrait entraîner une flambée des prix du pétrole, dépassant facilement les 100 dollars par baril, préviennent les analystes.
Chaque jour, environ 21 millions de barils de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz, ce qui en fait le point de passage le plus stratégique pour les exportations pétrolières du Moyen-Orient (18 % de l’approvisionnement en pétrole de l’Europe, 7% de la consommation des États-Unis et 76 % de celle de l’Asie).
L’Iran en contrôle la côte nord, tandis que le Sultanat d’Oman contrôle la côte sud. Bien que la probabilité d’une interruption majeure soit jugée faible, les conséquences d’un tel scénario seraient dévastatrices. En fait, l’impact ne se limiterait pas au marché pétrolier : les flux de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, transitant par cette zone, seraient également touchés, exacerbant la crise énergétique mondiale.
Mais le marché pétrolier ne semble pas anticiper un choc immédiat sur les approvisionnements via le détroit d’Ormuz, même si les risques ne sont pas à écarter. Selon l’analyste de marchés Bjarne Schieldrop, « si le détroit d’Ormuz venait à être bloqué pendant un mois, le prix du Brent pourrait grimper à 350 dollars par baril, plongeant l’économie mondiale dans une grave récession ».
Pour l’instant, le marché considère Ormuz comme paralysé, pas forcément fermé officiellement, mais rendu quasi impraticable par le risque, l’assurance et la logistique. Tant que le trafic maritime reste dégradé, le baril peut rester durablement cher même si l’Opep+ ouvre légèrement les vannes.

