La détente diplomatique, mais aussi politique et sécuritaire, entre Alger et Bamako, après plus de quinze mois de crise ouverte, se confirme et rassure les observateurs des deux côtés de la frontière. Le 10 juillet dernier, les deux pays avaient officiellement annoncé la fin de la crise et de la longue période de tensions, avec notamment le retour à leur poste respectif des deux ambassadeurs.
Une première rencontre diplomatique officielle entre responsables algériens et maliens s’est ainsi tenue, lundi, à Bamako, une dizaine de jours après le rétablissement des relations entre les deux États.
Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a reçu l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d’Algérie au Mali, Kamel Retieb, de retour à son poste après plusieurs mois de rappel pour consultations. Dans un communiqué, le ministère malien des Affaires étrangères a qualifié cette rencontre de « visite de courtoisie », précisant qu’elle s’inscrivait « dans le cadre des efforts visant à revitaliser et à renforcer la coopération ainsi que les relations d’amitié entre le Mali et l’Algérie ».
À Bamako, l’officialisation de la reprise des relations diplomatiques et politiques entre les deux pays a été accueillie avec soulagement, notamment par les analystes politiques, qui y voient le prélude à une relance des échanges économiques, commerciaux et sécuritaires entre les deux voisins.
La dimension sécuritaire, en particulier la lutte contre les groupes terroristes qui sévissent au Sahel et dans le nord du Mali, n’est d’ailleurs pas étrangère à cette nouvelle dynamique. Le retour de l’ambassadeur Kamel Retieb à Bamako et l’audience que lui a accordée le chef de la diplomatie malienne témoignent de la volonté commune de relancer aussi bien les relations politico-diplomatiques que la coopération sécuritaire et économique, interrompues par la crise de 2023.
Certes, le climat politique entre les deux pays a été perturbé par les manœuvres du Makhzen, qui cherche à entraver toute coopération entre l’Algérie et les pays du Sahel, avec lesquels elle partage des frontières, des intérêts stratégiques et des défis communs.
L’Algérie, le Mali et le Niger ont en effet vocation à renforcer leur coopération face aux enjeux sécuritaires, économiques et de développement qui concernent l’ensemble de la région.
Cette lecture est confortée par une récente analyse de l’International Crisis Group, selon laquelle le Maroc multiplie les initiatives diplomatiques, commerciales et financières au Mali afin d’y accroître son influence et d’obtenir un soutien à sa position sur le Sahara occidental.
Le même think tank estime toutefois que le rapprochement entre Alger et Bamako revêt une importance stratégique pour la stabilité régionale. Dans une analyse publiée quelques jours avant l’annonce du 10 juillet, l’organisation souligne que « pour mettre fin à l’escalade de la violence, Bamako et Alger devraient, avec l’appui de médiateurs africains, consolider leur rapprochement afin de jeter les bases d’un nouveau partenariat destiné à sécuriser leur espace transfrontalier commun ».
L’International Crisis Group recommande également aux deux capitales d’œuvrer à un règlement négocié du conflit malien en associant l’ensemble des parties concernées. Selon cette analyse, Bamako devrait engager un dialogue avec les groupes armés, conformément aux recommandations issues des différentes plateformes de concertation organisées au Mali au cours de la dernière décennie, tandis qu’Alger devrait accompagner ce processus.
Plus largement, les analystes estiment que les deux pays doivent mettre à profit cette dynamique afin de favoriser un réengagement progressif et pragmatique, susceptible de redonner toute sa place à la dimension politique dans la recherche de la paix au Sahel.
Pour rappel, les relations entre Alger et Bamako se sont officiellement normalisées le 10 juillet, à travers une série de mesures d’apaisement. Le gouvernement de transition malien a annoncé le retour de son ambassadeur à Alger ainsi que la réouverture de l’espace aérien malien aux aéronefs civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie.
Selon les autorités maliennes, ces décisions s’inscrivent dans une volonté de « redynamiser les relations de coopération et d’amitié » entre les deux pays. Le même jour, le ministère algérien des Affaires étrangères a annoncé que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait décidé le retour, à compter du 10 juillet 2026, de Kamel Retieb à son poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d’Algérie auprès de la République du Mali.
Celui-ci avait été rappelé pour consultations le 7 avril 2025. Le département d’Ahmed Attaf a précisé que cette décision traduisait « la volonté constante et résolue » du président de la République de réinscrire les relations algéro-maliennes dans leur cadre historique et naturel, fondé sur le respect mutuel, la fraternité et la coopération, au service des intérêts des deux peuples, de la stabilité de l’espace sahélo-saharien et, plus largement, de l’ensemble du continent africain.

