Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu, le 11 septembre dernier, les consultations au titre de l’article IV pour l’Algérie. Dans ses observations, rendues publiques sur son site officiel, le Fonds dresse un état des lieux globalement favorable de l’économie algérienne, tout en soulignant les déséquilibres qui persistent.
L’économie nationale reste robuste, la croissance demeure solide et les perspectives à court terme sont globalement positives, malgré des déficits budgétaires et courants importants et une érosion des marges de manœuvre financières et extérieures.
Le Fonds se montre notamment positif à l’égard des réformes engagées, estimant que « le programme de réformes de l’Algérie a favorisé la diversification économique et une croissance robuste ». Il relève toutefois que les déficits budgétaires importants « ont épuisé les marges de manœuvre budgétaires et réduit les marges extérieures ».
La hausse des recettes tirées des hydrocarbures améliore, selon le FMI, « les perspectives à court terme et offre la possibilité de reconstituer les marges de manœuvre ». Pour autant, « réduire les vulnérabilités requiert une consolidation budgétaire, une politique monétaire axée sur la stabilité des prix et une plus grande flexibilité du taux de change ».
Le FMI salue par ailleurs « les efforts de diversification de l’Algérie et son retrait de la liste du GAFI des pays et territoires soumis à une surveillance renforcée », estimant que ces avancées devraient être accompagnées de réformes plus profondes afin de soutenir « une croissance plus forte, plus résiliente et tirée par le secteur privé ».
Le Fonds relève cependant que la croissance robuste enregistrée en 2025 s’est accompagnée d’une hausse de l’inflation et de déficits budgétaires et courants importants. En 2025, ajoute le Fonds, « la croissance du PIB réel est estimée à 3,9 % (contre 3,7 % en 2024), soutenue par la vigueur de l’investissement ».
L’inflation globale « est passée de -2,0 % en septembre 2025 à 5,2 % en avril 2026 », sous l’effet notamment de la fin de la déflation des prix des denrées alimentaires et de la forte hausse des prix des bijoux, consécutive à l’augmentation des prix de l’or. Plus loin dans son rapport, le FMI indique que « le déficit budgétaire a diminué en 2025, grâce aux versements de dividendes élevés ponctuels des entreprises publiques et de la Banque d’Algérie, mais il est resté très élevé ».
Les besoins de financement importants ont, dans ce contexte, contribué à accroître la dette publique et le recours au financement de la Banque centrale. D’autre part, « les conditions monétaires se sont assouplies parallèlement à un financement accru de l’État par la banque centrale, et la prime de taux de change parallèle a augmenté », précise le Fonds. Selon le FMI, « les perspectives à court terme demeurent globalement favorables, bien que l’érosion des marges de manœuvre budgétaires et extérieures pèse sur les perspectives économiques ».
La hausse des prix des hydrocarbures devrait stimuler les exportations et les recettes budgétaires, tandis que « la croissance du PIB devrait rester robuste à 3,8 % en 2026 ». L’inflation devrait, pour sa part, augmenter temporairement.
Le déficit budgétaire devrait rester élevé, avec la poursuite du financement monétaire, tandis que le déficit courant devrait se réduire sous l’effet de la hausse des prix des hydrocarbures et de la baisse des importations. Le Fonds identifie également des facteurs susceptibles d’améliorer les perspectives à moyen terme.
« Une consolidation plus marquée des finances publiques, une diversification plus rapide de l’économie et la poursuite des réformes structurelles pourraient améliorer le climat des affaires, attirer davantage d’investissements privés et renforcer la croissance ainsi que la résilience à moyen terme », relève-t-il. Les recommandations des administrateurs du Fonds portent notamment sur le maintien de la résilience de l’économie algérienne.
Les administrateurs du FMI ont « salué la robustesse de la croissance en Algérie et les efforts de diversification, soutenus par une stratégie axée sur l’investissement public ».
Toutefois, « bien que les perspectives à court terme demeurent globalement positives, les administrateurs ont noté que les déficits budgétaires élevés ont érodé les marges de manœuvre budgétaires et extérieures et accru les pressions de financement ».
Ils ont ainsi souligné la nécessité de « rééquilibrer progressivement les politiques macroéconomiques et de poursuivre les réformes structurelles afin de reconstituer les marges de manœuvre, d’accroître la résilience, de soutenir la diversification et de promouvoir une croissance tirée par le secteur privé ». Ils ont également estimé qu’un engagement continu avec le FMI à travers le développement des capacités et l’assistance technique demeurait important.
Une croissance mondiale toujours modérée
Le FMI note par ailleurs que « les administrateurs ont salué les efforts déployés par l’Algérie pour renforcer la stabilité et l’inclusion financière ». Tout en relevant que les banques demeurent liquides, rentables et bien capitalisées, ils ont appelé à poursuivre les réformes destinées à contenir les risques liés au niveau élevé des prêts non performants et aux liens financiers étroits entre l’État, les entreprises publiques et les banques publiques.
Pour le Fonds, les mesures visant à renforcer la supervision financière, les dispositifs de gestion des crises et de la liquidité, ainsi qu’à améliorer la gouvernance des banques publiques, restent importantes.
Enfin, le FMI, qui a salué « les efforts des autorités en matière de diversification », estime que « des réformes approfondies demeurent nécessaires pour soutenir une croissance plus forte, plus résiliente et davantage portée par le secteur privé ».
Parmi les priorités figurent « l’amélioration du climat des affaires et de l’équité des conditions de concurrence entre les entreprises publiques et le secteur privé, la réduction des obstacles réglementaires et de l’informalité, ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la transparence ».
S’agissant des perspectives mondiales, le Fonds estime que « la croissance devrait s’établir à 3,0 % en 2026 et à 3,4 % en 2027, en baisse par rapport à la moyenne de 3,5 % observée en 2024-2025 et sans grand changement en termes cumulés par rapport aux prévisions de l’édition d’avril 2026 des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) ».
Cette légère décélération s’explique notamment par la compensation partielle des effets de la guerre au Moyen-Orient grâce à l’accélération de la dynamique du cycle technologique mondial, portée par la demande et favorisée par les progrès et l’adoption de l’intelligence artificielle (IA).
