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Alger veut un accord équilibré avec Bruxelles

C’est acté : l’Algérie devrait entamer dès le début de l’année prochaine une révision de l’accord d’association qui la lie depuis 2002 à Bruxelles. C’est ce qu’a annoncé cette semaine le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, laissant entrevoir qu’Alger entend revoir certaines dispositions de cet accord, qu’elles soient liées au commerce, à l’industrie et à l’agriculture, l’accès des produits européens au marché national ou à l’exportation des produits algériens sur le marché communautaire.

Le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf a confirmé cette volonté de l’Algérie de revoir cet accord, qui devait être révisé en 2023. « L’Algérie poursuit ses efforts pour établir un partenariat équilibré, bénéfique et ciblé dans son voisinage méditerranéen et avec l’UE en particulier », a expliqué M. Attaf dans une allocution lors d’une cérémonie organisée mardi à Alger par le ministère des Affaires étrangères à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de la diplomatie.

Pour le ministre des Affaires étrangères, ‘’le partenariat doit obéir pleinement au principe d’équilibre des intérêts des deux parties et privilégier le soutien des efforts du développement économique dans notre pays, sans aucune restriction, ni condition ni obstacle ».

Mieux, ajoute le chef de la diplomatie algérienne, ce partenariat doit également aller au‐delà de « la logique du profit commercial immédiat, pour s’inscrire ainsi dans une approche stratégique plus large, fondée sur le développement durable dans toutes ses dimensions ».

L’intervention de M. Attaf sur ce volet particulier et stratégique du partenariat commercial et économique entre l’Algérie et l’Union européenne s’insère dans la logique globale qu’entend mener dorénavant l’Algérie dans ses relations commerciales avec son partenaire européen.

Dans son intervention cette semaine devant la presse nationale, le chef de l’Etat, qui avait abordé ce sujet, a clairement souligné que cet accord d’association avec l’UE sera révisé en 2025.

Lors de son entrevue périodique avec des représentants des médias, diffusée samedi soir, le président de la République M. Abdelmadjid Tebboune avait précisé que cette révi‐ sion (de l’accord d’association avec l’Union européenne), désormais « nécessaire, sera menée avec souplesse et dans un esprit amical sans entrer en conflit car nous entretenons des relations normales avec les Etats (de l’Union européenne), y compris la France ».

Sur les raisons fondamentales de cette décision, M. Abdelmadjid Tebboune a précisé que « l’accord avec l’Union européenne a été conclu à une époque où l’Algérie était bien différente de celle d’aujourd’hui.

A l’époque, la contribution de l’industrie au revenu national ne dépassait guère 3% et nous importions des produits agricoles sans en exporter. En d’autres termes, l’Algérie d’alors n’avait pas de capacités d’exportation. »

Aujourd’hui, a‐t‐il ajouté, ‘’la donne a changé, l’Algérie produisant et exportant désormais une grande variété de produits manufacturés, électroménagers et autres ». Dès lors, fait‐il remarquer, ‘’aujourd’hui, nous demandons une révision, car l’essence même de l’accord avec l’Union européenne repo‐ se sur le libre‐échange, et nous souhaitons le faire dans un esprit amical sans entrer en conflit ».

Car le président Tebboune a tenu à souligner autant les bonnes relations entre les deux parties que la disposition de Bruxelles de revoir cet accord : les Etats membres de l’Union européenne « veulent entretenir de bonnes relations économiques (avec l’Algérie) et ne s’opposent pas à une révision de l’accord ».

Signé au mois d’avril 2002 à Valence (Espagne), l’accord d’association avec l’UE a été ratifié par les pays membres et l’Algérie dans le sillage des relations politiques et commerciales excellentes entre l’Algérie et Bruxelles, qui, à travers cet accord, scellent ainsi une nouvelle ère de leurs relations multilatérales.

D’ailleurs, l’article 1 de cet accord stipule que ‘’le présent accord a pour objectifs de : ‐ fournir un cadre approprié au dialogue politique entre les parties (…) et développer les échanges, assurer l’essor de relations économiques et sociales équilibrées entre les parties, et fixer les conditions de la libéralisation progressive des échanges de biens, de services et de capitaux.’’

Un peu plus de 20 ans après la ratification de cet accord, il est temps, estime‐t‐on à Alger, de revoir certains mécanismes politiques et dispositions commerciales, tant sur le volet agricole que commercial et douanier.

Jusqu’en 2020, l’Algérie perdait en moyenne un peu plus de deux milliards d’euros du fait de la non‐compétitivité de son économie, outre les pertes de change et le siphonage de ses réserves de change aidé par l’échange commercial inégal entre les deux parties, et que l’Algérie avait déjà dénoncé au milieu des années 2010 car son industrie n’arrivait pas à compenser les importations industrielles en provenance des pays de l’UE.

Il y a également deux autres éléments importants dans cette relation déséquilibrée, à savoir une inflation importée et une division internationale du travail qui impactaient négativement l’économie nationale.

En outre, le dialogue politique entre les deux parties, s’il a été correct, n’en a pas moins été faussé du fait même des accords de Schengen, qui empêchent les échanges humains entre les deux ensembles, ce que Alger avait à maintes reprises dénoncé.

Bref, le chef de la diplomatie algérienne, après le président de la République, a confirmé que l’Algérie entendait dorénavant revoir calmement, sans se précipiter, un accord d’association qui été à la fin des années 1990, selon certains experts, discuté, négocié et signé dans la précipitation.

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L'express quotidien du 17/03//2026

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