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Américains et Iraniens en pourparlers pour tenter de sortir de l’impasse

Dans la capitale pakistanaise placée au cœur d’un dispositif diplomatique discret, les délégations américaine et iranienne ont entamé, samedi, leurs premières discussions en vue de mettre un terme à un conflit qui dure désormais depuis plus de six semaines.

En coulisses, Islamabad joue un rôle d’intermédiaire actif, assumant à la fois les fonctions de facilitateur et de canal de communication entre deux puissances qui continuent de s’observer avec défiance.

Aucune rencontre directe n’avait été programmée dans un premier temps. Les équipes avancées des deux camps ont d’abord multiplié les échanges indirects, avant l’ouverture attendue de discussions en face-à-face.

Côté iranien, la délégation est conduite par le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, accompagné notamment du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Les États-Unis sont représentés par leur vice-président, JD Vance.

Selon une source pakistanaise proche des négociations, « tout est sur la bonne voie », évoquant notamment la relative désescalade observée au Liban comme un « bon signe » dans un contexte régional encore instable.

Téhéran aborde ces pourparlers en position de résistance assumée. Le nouveau Guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a clairement fixé le cadre, l’Iran entend obtenir réparation pour les destructions subies, la levée des sanctions, reconnaissance de son autorité sur le détroit d’Ormuz (incluant la perception de droits de transit) et maintien de ses alliances régionales. En face, les États-Unis conditionnent tout accord à un strict encadrement du programme nucléaire iranien, exigeant notamment la limitation de l’enrichissement d’uranium, la remise de stocks existants et l’abandon du programme balistique.

Dans les faits, la République islamique maintient ses principales capacités stratégiques. Ni son programme balistique, ni ses dispositifs de drones n’ont été démantelés. Sur le plan interne, le pouvoir conserve une stabilité notable en dépit des frappes et des pressions internationales. Les objectifs affichés par Washington (démantèlement du programme nucléaire, affaiblissement des capacités militaires et changement de régime) apparaissent aujourd’hui hors de portée.

Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, y reste fortement perturbé, tombé à moins de 10% de son niveau habituel. Seuls quelques navires, essentiellement iraniens, ont été autorisés à circuler ces derniers jours, dont un superpétrolier capable de transporter jusqu’à deux millions de barils. Téhéran impose des autorisations de passage et, selon plusieurs sources, des frais de transit. Une pratique rejetée par Donald Trump, qui accuse l’Iran de « faire un très mauvais travail » en laissant circuler le pétrole en contradiction avec ses attentes.

Au-delà du Golfe, le théâtre libanais continue de peser lourdement sur les discussions. Malgré le cessez-le-feu en vigueur entre Washington et Téhéran dans la région du Golfe, les frappes israéliennes contre le Hezbollah se poursuivent dans le sud du Liban.

Pour l’Iran et le Pakistan, la trêve devait s’étendre à l’ensemble du « front de la résistance ». Une interprétation rejetée par les États-Unis et Israël, qui considèrent le Liban comme un dossier distinct. Washington a d’ores et déjà annoncé l’ouverture de pourparlers séparés avec Beyrouth, tandis que le Premier ministre israélien a confirmé la poursuite des opérations militaires.

Abbas Araghchi affirme que son pays aborde les discussions avec une « profonde méfiance » à l’égard des États-Unis, tout en avertissant que Téhéran « ripostera en cas d’attaque ».

Le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref, pose lui aussi ses conditions : un accord ne pourra voir le jour que si Washington agit dans l’intérêt de « l’Amérique d’abord ». À l’inverse, « aucun accord ne sera possible si nous sommes confrontés à des représentants d’ »Israël First » ». Et de prévenir : une reprise de la guerre « entraînerait des conséquences encore plus graves pour le monde ».

Dans ce contexte, le Pakistan tente de maintenir un équilibre délicat. Le ministre des Affaires étrangères Mohammad Ishaq Dar a appelé les deux parties à participer « de manière constructive » aux discussions, réaffirmant « la volonté du Pakistan de continuer à faciliter les efforts […] pour parvenir à une solution durable ». Le Premier ministre Shehbaz Sharif, après avoir rencontré JD Vance, s’est entretenu avec la délégation iranienne. Il a salué « l’engagement de l’Iran dans les pourparlers d’Islamabad » et insisté sur « la ferme volonté du Pakistan de continuer à jouer son rôle de médiateur afin de contribuer à créer une dynamique permettant d’aboutir à des résultats concrets ».

À ce stade, les discussions entamées à Islamabad semblent davantage destinées à encadrer un rapport de force qu’à sceller une paix immédiate. Les positions restent profondément divergentes, et la multiplication des fronts (du Golfe au Liban) complexifie toute avancée rapide.

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L'express quotidien du 12/04//2026

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