Du 30 avril au 2 mai 2026, le village de Tkout, dans la wilaya de Batna, accueille la 4ᵉ édition de la manifestation « Aurès Art », organisée sous le thème « Tkout Art ». Porté par le collectif Agir Villages Aurès en partenariat avec des acteurs locaux et institutionnels, l’événement réunit plus de 40 artistes et propose une programmation mêlant expositions en plein air, ateliers pour enfants et « Nuit des Contes », dans une démarche visant à valoriser le patrimoine des Aurès et à rapprocher la création artistique des populations rurales.
Du 30 avril au 2 mai 2026, le village de Tkout, dans la wilaya de Batna, abritera la 4ᵉ édition de la manifestation « Aurès Art », organisée sous le thème « Tkout Art ». Porté par le collectif Agir Villages Aurès, l’événement s’inscrit dans une démarche de diffusion culturelle en milieu rural et de valorisation du patrimoine local. L’initiative est co-organisée avec l’Association Tamazgha Idles Tkout, en partenariat avec la commune de Tkout, sous l’égide de la Direction de la culture et des arts de Batna et de la Direction de la Jeunesse et des Sports.
Durant trois jours, plus de 40 artistes issus de différentes disciplines (peinture, photographie, sculpture et art du conte) investiront la dechra historique du village. L’espace public devient ainsi un lieu d’exposition à ciel ouvert, où ruelles, murs et places accueillent œuvres et ateliers. Le vernissage est prévu le 30 avril à 14h00.
Le programme accorde une place centrale aux ateliers destinés aux enfants, considérés comme un levier de transmission. Fresques murales, activités artistiques et rencontres avec les créateurs jalonneront cette édition. Parmi les nouveautés, la « Nuit des Contes » constitue un temps fort. Organisée au grenier collectif d’Ath Mimoune, dans la commune de Ghassira, elle réunira plusieurs conteurs intervenant en différentes variantes de tamazight et en darja, accompagnés de pauses musicales targuie et chaouie. Ce choix de lieu n’est pas anodin, il vise à redonner vie à un espace communautaire ancien, emblématique de l’organisation sociale locale.
À travers cette programmation, Aurès Art poursuit un objectif clair : sortir l’art des circuits traditionnels pour l’ancrer dans les territoires. « L’objectif est de ramener la culture au village », explique l’équipe organisatrice, rappelant que « les vrais témoins de notre histoire se trouvent dans les villages ».
Souhila Guerfi, à l’origine du projet
À l’origine de cette initiative, Souhila Guerfi, docteure en sciences de l’ingénieur et enseignante en développement d’applications, revendique un engagement personnel et patrimonial. Née à Batna et originaire de Ghassira, elle inscrit son action dans une mémoire familiale et territoriale marquée notamment par l’existence des greniers collectifs. Issue d’une famille profondément ancrée dans le monde du livre, elle rappelle également que les Guerfi furent les premiers libraires à Batna, son père étant à la fois imprimeur et éditeur à la tête de Dar Chihab.
« Ma famille, comme d’autres familles, possédait un grenier collectif au village », rappelle-t-elle, soulignant l’état d’abandon progressif de ces structures. « Sans entretien, ils tombent peu à peu en ruine. Mais ils peuvent encore être reconstruits, et c’est aussi pour cela que nous nous battons ».
Depuis la création du collectif Agir Villages Aurès en juin 2022, elle développe une approche fondée sur la sensibilisation et l’action culturelle de proximité. Le choix de déplacer chaque année l’événement vers un village différent répond à cette logique d’ancrage local. « Avec Aurès Art, nous voulons faire sortir les expositions des galeries pour les amener au village ».
L’adaptation au terrain constitue un principe central. « Tout se passe en plein air. Les expositions s’installent dans les ruelles, les ateliers se tiennent dehors », explique-t-elle, insistant sur la nécessité de respecter l’architecture et l’équilibre des lieux : « Nous voulons accompagner le village, sans le transformer ».
La diversité artistique est également assumée. « Il n’y a aucun thème imposé. Chaque artiste vient avec son style et ses techniques », précise-t-elle. Une pluralité qui favorise à la fois la découverte pour le public et les échanges entre artistes.
Enfin, l’implication des enfants reste une priorité. « Pour moi, les enfants sont les futurs gardiens de ce patrimoine », affirme-t-elle, évoquant les centaines de participants aux éditions précédentes et les fresques laissées dans les villages comme traces durables de ces rencontres.
Amel Bara Kasmi, une démarche artistique ancrée
Parmi les artistes invités, Amel Bara Kasmi, designer d’espace originaire de Béjaïa, propose une démarche centrée sur la matière et le lien au territoire. Sa participation à Tkout Art s’inscrit dans une volonté de découverte et de dialogue entre régions.
« C’est la première fois que je vais découvrir le village de T’kout (…) une rencontre à venir avec un territoire chargé d’histoire, de traditions et de savoir-faire », souligne-t-elle. Venue de la basse Kabylie, elle envisage ce déplacement comme une continuité : « Pour moi, chaque région d’Algérie est une page d’un même livre ».
Son projet artistique repose sur l’utilisation de la terre, transformée en argile. « J’ai choisi la terre (…) parce qu’elle est la matière la plus proche de l’humain », explique-t-elle. Le geste de modelage devient ici porteur de sens : « il rappelle que nous venons de la terre et que nous y retournons ».
L’installation prend la forme d’éléments d’argile suspendus à un olivier, symbole fort dans la culture locale. « Suspendre l’argile à cet arbre, c’est créer un dialogue entre la terre et la vie, entre la mémoire et le temps. » Le recours à la paille, matériau simple et fragile, renforce cette dimension : « Elle symbolise l’humilité, la ruralité et la relation directe avec la nature ».
Pensée pour l’extérieur, l’œuvre s’inscrit pleinement dans le paysage : « Je voulais que l’œuvre respire avec le paysage, qu’elle soit exposée au vent, à la lumière et au temps. » Au-delà de la création, l’artiste revendique une posture d’écoute : « Je ne viens pas seulement présenter une œuvre. Je viens apprendre, observer et rencontrer ».
Par sa participation, Amel Bara s’inscrit dans la logique portée par l’événement, utiliser l’art comme un espace de mise en relation entre territoires, tout en questionnant concrètement les liens entre patrimoine, environnement et pratiques contemporaines.

