Dans un contexte de guerre encore sous contrôle fragile depuis le cessez-le-feu du 8 avril, les États-Unis et l’Iran multiplient les signaux d’ouverture diplomatique. Entre médiations régionales, notamment pakistanaise, et désaccords profonds sur les dossiers sensibles, les discussions avancent par étapes, sans percée décisive.
Les relations entre Téhéran et Washington semblent entrer dans une phase de recomposition prudente, marquée par des échanges indirects et des tentatives de rapprochement sous médiation régionale, sans que les différends fondamentaux ne soient levés.
Ce cessez-le-feu intervient après une phase de guerre ouverte déclenchée le 28 février et reste qualifié de fragile, malgré son maintien depuis le 8 avril. Le président américain a indiqué, dans des déclarations à CBS News, que la probabilité d’un accord « se rapproche grandement », tout en laissant ouverte l’option militaire.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a, pour sa part, évoqué « une chance » de parvenir à un compromis, affirmant : « Il est possible que plus tard aujourd’hui, demain ou dans quelques jours, nous ayons des informations à communiquer », tout en exprimant l’espoir de « bonnes nouvelles ». Donald Trump a également estimé les chances d’un accord ou d’une reprise de la guerre à « 50-50 », selon Axios.
Du côté iranien, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baqaei, a confirmé une dynamique de rapprochement dans le cadre des pourparlers en cours : « Après plusieurs semaines de discussions bilatérales, on observe une tendance au rapprochement. »
Il a toutefois insisté sur le caractère non décisif de l’étape actuelle : « On ne peut pas nécessairement dire que cela signifie que nous avons atteint un tournant ou une situation décisive », soulignant l’existence de divergences « profondes ».
Parmi les principaux points de blocage figurent la levée des sanctions américaines, la situation du détroit d’Ormuz ainsi que les modalités de fin des hostilités « sur tous les fronts ». Téhéran a également précisé que le dossier nucléaire, considéré comme central dans la crise, « n’était pas mis sur la table » à ce stade des discussions.
Les échanges portent également sur une levée partielle du blocus naval américain et sur la question du dégel de certains actifs iraniens à l’étranger. Selon plusieurs médias américains, dont CBS News, le Wall Street Journal et le New York Times, un projet d’accord en plusieurs phases est actuellement à l’étude.
Il prévoirait la réouverture du détroit d’Ormuz, le dégel de certains actifs iraniens à l’étranger ainsi qu’une prolongation d’environ 30 jours des discussions. La question des stocks d’uranium enrichi serait, quant à elle, renvoyée à un cycle ultérieur de négociations, dans les semaines ou les mois à venir.
Le projet s’inscrit dans une logique de règlement progressif, sans accord global immédiat, mais avec un séquençage des mesures. Sur le plan diplomatique, la médiation pakistanaise s’intensifie.
Le maréchal Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, s’est rendu à Téhéran dans le cadre des efforts de facilitation. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a évoqué la possibilité d’une reprise rapide des discussions, après une première session infructueuse tenue à Islamabad les 11 et 12 avril, seule rencontre directe entre responsables américains et iraniens depuis le début du conflit.
Islamabad apparaît ainsi comme un canal central du dialogue indirect entre les deux parties. Le président américain a, par ailleurs, indiqué avoir échangé avec plusieurs dirigeants régionaux, notamment ceux des pays du Golfe, de la Turquie, de l’Égypte, de la Jordanie et du Pakistan, dans le cadre d’une stratégie de coordination élargie visant à stabiliser la situation régionale.
Il a également évoqué un échange séparé avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans un contexte de divergences stratégiques entre Washington et Tel-Aviv, notamment sur la poursuite ou l’arrêt des combats. Sur le plan régional, les effets du conflit restent visibles.
Le détroit d’Ormuz demeure un point névralgique pour l’économie mondiale, par lequel transitait environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde avant l’escalade militaire. Malgré les tensions, le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril tient toujours, bien qu’il soit ponctuellement fragilisé par des incidents dans certaines zones sensibles.
Dans le même temps, le front libanais reste instable. Malgré un cessez-le-feu annoncé le 17 avril, les frappes et opérations israéliennes dans le sud du Liban se poursuivent, illustrant l’extension régionale des tensions liées au conflit initial.
Enfin, sur le plan humain, la population iranienne exprime une lassitude croissante face à une situation qualifiée de « ni guerre ni paix », perçue comme économiquement et socialement paralysante, traduisant l’usure d’un conflit prolongé sans issue claire.
Dans ce contexte, les deux capitales semblent privilégier une logique d’étapes successives plutôt qu’un accord global immédiat, laissant ouverte la perspective d’une évolution diplomatique encore incertaine, mais active.

