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L’Algérie veut rebâtir le secteur sidérurgique

La relance du complexe sidérurgique d’El Hadjar se précise avec une profonde restructuration, une modernisation des outils de production et l’ouverture à de nouveaux partenariats. Deux cadres du ministère de l’Industrie ont dévoilé les grandes lignes de cette nouvelle feuille de route, axée notamment sur l’assainissement financier, le renouvellement du modèle industriel, la séparation entre l’amont et l’aval ainsi que le transfert de technologie.

Le ministère de l’Industrie est catégorique : le complexe sidérurgique d’El Hadjar, en perte de vitesse ces dernières années, autant en raison de dettes astronomiques que d’un process de production dépassé, sera relancé et servira, dans un proche avenir, de plateforme au développement du secteur.

Lors d’une récente visite du ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, sur le site même du complexe, la phrase magique a été prononcée : « La relance et la modernisation du complexe sidérurgique d’El Hadjar représentent une priorité stratégique, en tant que fondement essentiel pour le développement de l’industrie lourde » algérienne.

Suffisant pour relancer l’espoir de voir l’un des plus importants secteurs de l’économie nationale renaître de ses cendres. Car, au fond, El Hadjar dispose d’une « base industrielle considérable et de potentialités importantes », explique alors le ministre. Et, plus concrètement, c’est ce que viennent de confirmer hier deux cadres supérieurs du secteur lors d’une émission à la télévision nationale.

Mekdad Aggoun, chargé d’études au ministère de l’Industrie, et Lotfi El Alem, chef du département développement industriel et partenariat au holding national de l’industrie sidérurgique (SNS), ont annoncé une profonde restructuration du complexe pour lui redonner une seconde jeunesse.

En fait, ils ont confirmé ce que les experts du secteur savaient déjà : le modèle industriel historique d’El Hadjar a atteint ses limites, ne donne plus de résultats et accumule autant les contre-performances qu’une énorme dette financière.

En plus, le plus gros problème vient de la matière première utilisée pour la combustion des fours : les prix du coke ont explosé et atteint la barre des 400 dollars la tonne. Et donc, le cycle vertueux a été brisé et c’est le cycle inverse qui s’est enclenché, selon les deux cadres : hausse de l’endettement, équipements vieillissants, coûts élevés et dépendance totale au coke importé.

Dès lors, El Hadjar ne produit plus sa moyenne de 500 000 tonnes/an. Le constat est clair : le complexe souffre de plusieurs problèmes techniques, financiers et de gestion. Fatalement, il faut, selon les deux responsables, penser à un autre modèle de gestion du complexe et ne pas maintenir en vie un système de gestion et d’exploitation tombé en désuétude.

La réhabilitation envisagée ne se limite pas au renouvellement de quelques équipements et devrait s’appuyer sur des procédés modernes, notamment la réduction directe des coûts de production avec l’achat de fours électriques neufs, afin de remplacer progressivement le modèle fondé sur le coke par une chaîne davantage adaptée aux ressources énergétiques et minières nationales.

Objectif : mettre en place un modèle de production d’un acier à forte valeur ajoutée et préparer le secteur de la sidérurgie nationale aux exigences technologiques et environnementales des marchés futurs.

En outre, la nouvelle plateforme technique du complexe prévoit une séparation entre l’amont et l’aval. Deux sociétés mixtes, ou joint-ventures, doivent être créées autour de la société gestionnaire Sider.

La première société aura vocation à développer l’amont, notamment la transformation du minerai de fer et la production de fer réduit, tandis que la seconde prendra en charge l’aval, c’est-à-dire la production d’acier et sa commercialisation.

Cette organisation doit permettre d’intéresser des partenaires spécialisés, de mobiliser des financements et de partager les risques industriels et technologiques. « Il faut, désormais, distinguer entre le complexe et la société qui gère le complexe », explique Lotfi El Alem.

En outre, El Hadjar doit représenter les infrastructures, les actifs et les compétences accumulées depuis des décennies, tandis que Sider demeure la société chargée de la gestion du site. Le complexe, a-t-il rappelé, « appartient à l’État algérien ». Pour lui, cette restructuration s’accompagne d’une extension du périmètre industriel avec le laminoir de Berrahal, récupéré par l’État puis confié à Sider.

Destiné à la production de rond à béton, le projet affiche une capacité annoncée de 800 000 tonnes. Il doit ainsi réinjecter rapidement des capacités productives dans le dispositif sidérurgique national, tout en valorisant un actif récupéré par l’État.

Pour autant, le grand volet de cette reprise en main du complexe d’El Hadjar repose sur un nouveau montage financier, autant pour régler le problème délicat de ses dettes financières auprès des banques que pour lui assurer un cash-flow auprès des institutions financières, afin de s’approvisionner en matières premières sur les marchés internationaux.

Selon M. Aggoun, la feuille de route du ministère de l’Industrie place l’assainissement des dettes cumulées au premier rang des priorités, car une étude menée avec le ministère des Finances doit permettre de clarifier la situation financière du complexe, d’identifier ses obligations et de déterminer les besoins nécessaires à sa relance.

Pour Mekdad Aggoun, cet assainissement constitue une condition préalable à la mobilisation des financements. « Le moment est venu d’engager cette grande réhabilitation historique », a-t-il affirmé. Les banques pourraient participer à cette relance du complexe en devenant des partenaires et en finançant sa restructuration, laisse-t-il entendre, avant de souligner que des négociations avec des partenaires étrangers sont prévues dans ce plan de relance.

Il existe actuellement, selon lui, quatre pistes de partenariat européen et asiatique, alors que des discussions avec plusieurs acteurs internationaux se poursuivent. L’Algérie ne cherche cependant pas un simple apport de capitaux.

« Un modèle combinant les deux », a répondu Mekdad Aggoun lorsqu’il lui a été demandé si le pays privilégiait l’investissement ou le transfert de technologie. Le principe doit être, a-t-il souligné, celui du « gagnant-gagnant », avec l’accès au marché et aux ressources algériennes, d’un côté, et l’apport technologique et industriel du partenaire, de l’autre.

Par ailleurs, il y a le nouveau modèle de fonctionnement du complexe, dans le prolongement de la nouvelle organisation de la SNS, structurée autour de quatre secteurs : sidérurgie, industries de transformation, constructions métalliques et charpentes, et services. Reste la dimension sociale, particulièrement sensible à Annaba.

Le projet présenté par les deux responsables se veut rassurant pour les sidérurgistes. « Ce projet vise à préserver ces compétences, en les redéployant sur les différentes composantes du nouvel El Hadjar », a déclaré Lotfi El Alem.

Les projets miniers et industriels structurants réalisés récemment, notamment la mine de Gara Djebilet et les nouveaux produits sidérurgiques, dont le laminé à froid réalisé à Oran, confirment cette nouvelle tendance à la renaissance de l’industrie lourde algérienne.

Les annonces du ministre de l’Industrie sont de celles qui appellent à des changements structurels pour la mise en place d’une industrie lourde performante, qui puisse s’adapter d’abord à la demande nationale, puis aux exigences des marchés mondiaux des matières premières, actuelles et à venir.

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L'express quotidien du 10/09//2026

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