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Ceuta, eaux sahraouies, mont Tropic: Les dessous du plan marocain

L’assaut coordonné contre Ceuta s’inscrit dans un plan plus vaste du Makhzen. Plusieurs sources médiatiques et des témoignages recueillis du côté espagnol le présentent comme une manœuvre relevant d’un projet plus large, destiné à pousser Madrid à discuter du contrôle de l’espace aérien et des eaux territoriales du Sahara occidental, toujours sous administration espagnole.

À travers cette pression, le Makhzen semble chercher à obtenir des garanties juridiques qui lui permettraient d’exploiter des gisements de terres rares et de gaz situés non loin des îles Canaries. Dans les colonnes d’El Español, un ancien agent du Centre national de renseignement espagnol, spécialiste du Maghreb, a récemment tiré la sonnette d’alarme.

« Une bataille féroce avec le Maroc a commencé. Ils font tout leur possible. Les prochains mois seront extrêmement chaotiques », a-t-il averti. Selon lui, la crise migratoire orchestrée autour de Ceuta relèverait d’une opération de la Direction générale de la surveillance du territoire, menée en coordination avec la Direction générale des études et de la documentation.

À travers cet assaut, les autorités marocaines chercheraient à créer suffisamment de désordre pour pousser l’Espagne à s’asseoir à la table des négociations sur les espaces maritimes sahraouis. Pour certains observateurs, le Makhzen utiliserait ainsi la migration comme levier de pression. Ces derniers temps, les tensions se multiplient.

Les autorités marocaines ont même refusé le rapatriement des dépouilles des victimes de l’assaut collectif contre l’enclave, malgré les démarches entreprises par Madrid. L’objectif final du Makhzen serait de contrôler et de sécuriser l’exploitation des eaux sahraouies. Des accords existent déjà avec plusieurs entreprises.

Ce qui manque, ce sont les garanties juridiques permettant d’opérer autour du mont Tropic, cette montagne sous-marine réputée pour ses réserves de terres rares et de tellure. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a récemment rappelé la nécessité de légiférer pour protéger les frontières, tout en privilégiant le dialogue sur les différends maritimes.

Les questions relatives aux espaces maritimes ont ainsi resurgi au moment même où Ceuta subissait un assaut migratoire d’une ampleur inédite. Les investisseurs font pression. Britanniques, Américains et Israéliens, actifs ou intéressés par des projets au Sahara occidental, demandent des garanties juridiques avant d’engager des fonds.

Ils veulent éviter les contestations qui ont déjà frappé certains accords conclus entre l’Union européenne et le Maroc. Le Makhzen manœuvrerait donc pour arracher un consensus européen afin de sécuriser le cadre juridique international de ces investissements. Le mont Tropic concentre les convoitises.

Situé au large du Sahara occidental, il nécessite des études approfondies et des investissements lourds, mais son potentiel intéresse déjà plusieurs investisseurs. Des projets associant des entreprises marocaines et israéliennes se multiplient dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles.

NewMed Energy, spécialisée dans l’exploration pétrolière et gazière, participe à un consortium qui vise les monts sous-marins au large des Canaries, dont le mont Tropic. La société est déjà présente au Maroc, notamment à travers des accords portant sur des zones au large de Boujdour. Anciennement connue sous le nom de Delek Drilling, elle aurait été encouragée à développer ses activités dans le royaume.

Les échanges commerciaux entre le Maroc et Israël ont dépassé 110 millions d’euros en 2025, hors services, investissements et commerce de défense. C’est plus de cinq fois le niveau enregistré en 2020, année de la normalisation des relations entre les deux pays.

Le Makhzen avait déjà manifesté son intérêt pour le mont Tropic en 2020, avant de revoir ses ambitions à la baisse en raison d’un soutien international insuffisant. La zone reste pourtant au centre des rivalités économiques, juridiques et maritimes de la région. Ceuta, Melilla, les eaux sahraouies et le mont Tropic forment désormais un même dossier.

Le Makhzen avance pièce par pièce, en jouant à la fois sur les crises et sur les intérêts économiques. L’Espagne et l’Europe se retrouvent ainsi face à une stratégie mêlant pression migratoire, ambitions industrielles et quête de légitimité juridique. Les mois à venir diront jusqu’où le Makhzen est prêt à aller.

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L'express quotidien du 27/08//2026

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