L’Algérie renforce progressivement son dispositif national de prévention et de lutte contre la corruption, en multipliant les mécanismes de signalement, les actions de sensibilisation et les outils numériques.
Le lancement de nouvelles plateformes de signalement, notamment par le ministère du Travail et de l’Emploi, s’inscrit dans cette dynamique visant à faciliter l’accès des citoyens aux dispositifs de dénonciation des faits de corruption et à renforcer la mobilisation des différentes institutions de l’État. La Haute Autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption occupe une place centrale dans ce dispositif.
Elle a récemment lancé l’application mobile « Allô, Balaghna», destinée aux citoyens et aux fonctionnaires souhaitant signaler des faits de corruption. Un numéro vert gratuit, 1027, a également été mis à leur disposition afin de les informer sur les conditions et les procédures de signalement, de les orienter et de répondre à leurs demandes d’information. Plusieurs autres canaux restent accessibles, notamment le courrier postal, le courrier électronique, le fax et le dépôt direct auprès de la Haute Autorité.
Les procédures sont toutefois encadrées par des exigences légales. Le signalement doit être écrit et signé et comporter les informations permettant d’identifier son auteur ainsi que les éléments et preuves disponibles concernant les faits dénoncés.
En contrepartie, la Haute Autorité s’engage à préserver la confidentialité de l’identité du lanceur d’alerte. Au premier semestre 2026, les différents canaux de signalement ont permis de traiter 25 dossiers de corruption.
Cette mobilisation concerne également l’Office central de répression de la corruption. Au cours des quatre dernières années, celui-ci a reçu 5 309 signalements relatifs à des soupçons de corruption. Ces signalements ont donné lieu au traitement de 68 affaires, ainsi qu’à 159 ordres d’interdiction de sortie du territoire, 33 ordres de gel de comptes et d’opérations bancaires et 16 ordres de saisie de biens immobiliers.
L’Office a également enregistré une importante fréquentation de ses services d’information, avec plus de 46 000 visiteurs depuis le début de 2025, en provenance de plus de 31 pays. Au-delà de la répression, les autorités mettent l’accent sur la prévention et la sensibilisation.
Une convention conclue entre le ministère de l’Éducation nationale et la Haute Autorité prévoit ainsi des actions de formation au profit des cadres et fonctionnaires du secteur de l’éducation, mais aussi l’intégration progressive de la culture de prévention et de rejet de la corruption dans les programmes des trois cycles d’enseignement.
L’objectif est de sensibiliser les jeunes générations aux risques de ce phénomène et de favoriser l’émergence d’une culture de l’intégrité dès l’école. La Haute Autorité travaille également à encourager les administrations à améliorer leurs pratiques de gouvernance à travers l’indicateur de performance « Nazaha ».
Les secteurs et institutions ayant enregistré les meilleurs résultats dans sa mise en œuvre ont été distingués, notamment les ministères de l’Agriculture, des Affaires étrangères et de l’Enseignement supérieur, ainsi que la Direction générale de la Sûreté nationale, la Protection civile et la Direction générale des Impôts. D’autres initiatives conduites par les ministères de l’Intérieur et de la Solidarité nationale, ainsi que par la Direction générale des Douanes, ont également été valorisées.
Le secteur des Douanes constitue, à cet égard, un exemple important de cette orientation. Un programme de sensibilisation et de formation à la prévention de la corruption doit être déployé au profit des fonctionnaires aux niveaux central et local.
La numérisation des procédures est également présentée comme un moyen de réduire les interactions directes, de simplifier les démarches et de limiter les risques de pratiques illicites.
Les nouveaux systèmes d’information et les services numériques destinés aux citoyens et aux opérateurs économiques participent ainsi à cette évolution. La digitalisation apparaît donc comme un axe majeur de la stratégie nationale.
En permettant de signaler plus facilement les faits de corruption, sans déplacement auprès des administrations concernées, les plateformes numériques peuvent contribuer à lever certains obstacles qui découragent les citoyens de déposer des signalements.
Elles permettent également de réduire les délais, de faciliter le traitement des dossiers et de renforcer la protection des lanceurs d’alerte. À travers cette approche combinant signalement numérique, protection des lanceurs d’alerte, formation, sensibilisation, réforme administrative et prévention, l’Algérie cherche à consolider progressivement son dispositif de lutte contre la corruption.
L’objectif est de faire de la transparence et de l’intégrité des pratiques durables, aussi bien au sein des administrations que dans la société, en impliquant les citoyens, les fonctionnaires, les établissements publics et les différentes institutions chargées de la prévention et de la répression.

