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La sidérurgie, l’autre pilier du partenariat algéro-qatari

L’entretien téléphonique entre les deux Premiers ministres a mis en lumière l’avancée de projets majeurs comme Baladna à Adrar et l’extension du complexe de Bellara, symbole d’un partenariat économique solide.

Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, s’est entretenu hier par téléphone avec le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani. L’échange, dont a fait état un communiqué officiel, s’inscrit dans une séquence où les projets algéro-qatariens ne sont plus seulement annoncés, ils avancent, ils se structurent et commencent à produire leurs premiers effets.

Au cours de la conversation, le Premier ministre a transmis les salutations du Président Abdelmadjid Tebboune à l’Émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, assorties de vœux de prospérité au peuple qatari. Pour la partie qatarie, Cheikh Mohammed a relayé les salutations de l’Émir à son « frère, le Président Tebboune, en réaffirmant sa volonté de poursuivre l’approfondissement des relations bilatérales.

Les deux gouvernements ont mis en avant la « solidité » des liens politiques et l’élan de coopération observé ces dernières années. Mais derrière les formules diplomatiques se dessine une réalité économique de plus en plus tangible.

Plusieurs dossiers structurants connaissent en effet une accélération notable, transformant le partenariat algéro-qatari en un levier stratégique pour les secteurs clés de l’économie algérienne.

Le projet Baladna illustre cette dynamique. Annoncé en juin 2024 et évalué à 3,5 milliards de dollars, il entre dans une phase opérationnelle décisive. L’ambition affichée est de bâtir dans la wilaya d’Adrar la plus grande ferme laitière intégrée du monde, pensée comme un outil de souveraineté alimentaire.

Le programme repose sur un dispositif complet : production de fourrage, élevage, transformation industrielle et logistique interne. À terme, 270 000 vaches laitières devront être introduites, avec une production annuelle estimée à 194 000 tonnes de lait en poudre.

Les premières décisions concrètes confirment l’avancement du chantier : sélection du constructeur de la future laiterie, confiée au groupe allemand GEA, arrivée imminente des premiers troupeaux importés des États-Unis, lancement de forages hydriques atteignant 500 mètres de profondeur pour alimenter les 700 pivots d’irrigation prévus.

La société Elegancia Steel, filiale qatarie d’Estithmar Holding, annonce par ailleurs avoir obtenu le contrat de conception, fourniture et installation des structures métalliques de la première phase du projet.

Les travaux couvrent les fermes, les unités de production, les bâtiments opérationnels et les complexes d’hébergement, marquant l’entrée du programme dans le cœur de son déploiement industriel.

Avec 100 000 hectares destinés à la culture fourragère, deux grandes fermes d’élevage et la construction d’une usine de production de lait en poudre, la première phase doit réunir 10 000 vaches à haut rendement avant une montée en charge progressive. Ce modèle intégré, déjà éprouvé par Baladna au Qatar, place Adrar au centre d’un chantier agro-industriel d’une ampleur rare.

L’entretien Ghrieb-Al Thani a aussi permis d’évoquer la deuxième phase d’extension du complexe sidérurgique de Bellara, à Jijel. Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, a récemment reçu l’ambassadeur du Qatar, Abdelaziz Ali Al Naâma, en présence du P-dg du groupe SNS, pour accélérer la mise en œuvre du projet.

Le complexe de Bellara, géré par la Société algéro-qatarie de la sidérurgie (AQS), constitue l’un des plus importants investissements industriels du pays. La deuxième phase, dont l’étude de faisabilité globale est finalisée, doit permettre d’augmenter les capacités de production, d’intégrer de nouveaux procédés et de renforcer la contribution du site à la réduction des importations de produits sidérurgiques.

L’ambassadeur qatarien a confirmé l’engagement de Doha à soutenir l’investissement, tout en soulignant la volonté de garantir une rentabilité durable et d’inscrire le projet dans une logique de long terme. Les discussions ont également porté sur l’ouverture de nouveaux domaines de coopération, notamment dans le textile, secteur jugé porteur et à forte capacité d’emploi.

Alger et Doha affichent une convergence stratégique : diversifier la coopération, multiplier les investissements communs et accélérer l’exécution des projets déjà engagés. L’Algérie insiste sur la nécessité de traduire les accords en réalisations concrètes ; le Qatar, de son côté, met en avant la nature « stratégique » du partenariat et l’importance de concrétiser les engagements pris au plus haut niveau.

Baladna, Bellara et les futurs projets connexes donnent une épaisseur économique à une relation souvent décrite comme fraternelle. Cette coopération, désormais portée par des infrastructures, des usines, des fermes, des flux d’investissement et des calendriers de réalisation, devient un axe structurant de l’agenda économique algérien. L’enjeu, pour Alger comme pour Doha, consiste à inscrire ces projets dans la durée et à faire de ce partenariat un moteur de souveraineté industrielle, alimentaire et technologique.

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L'express quotidien du 19/03//2026

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