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Le baril pourrait s’envoler à 150 dollars

Les prix du pétrole ont franchi le cap des 90 dollars, vendredi, dernier jour de cotation de la semaine, impactés par la fermeture du détroit d’Ormuz, voie de passage essentielle pour l’exportation des flux pétroliers des pays du Golfe.

Une flambée qui a propulsé le pétrole vers sa plus forte hausse hebdomadaire en près de quatre ans. Les marchés ont intégré le risque d’un choc énergétique durable, et prennent de plus en plus en compte la possibilité que les exportations en provenance du Golfe soient confrontées à des difficultés logistiques encore plus importantes, en cas d’intensification des tensions géopolitiques.

Le prix du Brent s’est établi vendredi à 92,69 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis octobre 2023. L’écart habituel de 8 à 9 dollars entre le Brent et le pétrole américain, le West Texas Intermediate (WTI), s’est nettement resserré.

La référence américaine a clôturé la semaine à 90,90 dollars le baril. Normalement, »une réaction classique du marché face aux chocs géopolitiques dans le Golfe serait un élargissement de la prime du Brent, car ce dernier reflète le pétrole brut transporté par voie maritime et commercialisé à l’échelle mondiale, tandis que le WTI est davantage lié à l’approvisionnement intérieur des États-Unis.

 »Or, l’écart se réduit », constate l’analyse de Oil price. Une compression des cours qui suggère, selon le média spécialisé, que « les négociants font monter les prix du pétrole brut américain, les acheteurs anticipant une demande plus forte pour les exportations américaines si les flux du Moyen-Orient restent limités, ce qui tire le WTI vers le haut par rapport à la référence mondiale. »

Un autre indicateur illustrant la même tendance est le pétrole brut Murban, le brut d’Abu Dhabi, qui sert de référence pour les prix auprès des acheteurs asiatiques. Avec un prix du Murban dépassant les 100 dollars le baril, les raffineurs asiatiques sont confrontés à une hausse rapide du coût des matières premières. Le pétrole brut Murban a clôturé à 103,2 dollars le baril.

Le prix de l’or noir pourrait continuer encore sur cette lancée, en s’installant durablement sur une courbe haussière, le marché étant confronté à l’arrêt de production sur certains sites pétroliers, la fermeture préventive d’outils de raffinage de grandes capacités, des installations endommagées, une logistique perturbée et à des risques accrus pour le transport maritime.

Alors que la crise s’accentue, les assureurs ont décidé de retirer leurs garanties de guerre, contribuant à la paralysie du commerce énergétique dans la première région productrice de pétrole au monde. Les annonces du président américain concernant l’intervention du gouvernement fédéral pour fournir une couverture d’assurance sont restées sans effet.

Dans ce contexte, les prix pourraient grimper jusqu’à 150 dollars le baril d’ici deux à trois semaines si le détroit d’Ormuz, voie de passage cruciale, reste interdit aux pétroliers, a déclaré le ministre qatari de l’Énergie, Saad al-Kaabi, dans une interview accordée au Financial Times.

Cette déclaration est intervenue quelques heures seulement avant que l’Irak et le Koweït ne commencent à réduire leur production, alimentant les craintes d’une flambée des prix plus marquée.

Tous les principaux exportateurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient s’apprêtent à déclarer la force majeure sur leurs exportations dans les prochains jours si cette voie maritime vitale reste de facto fermée au trafic des pétroliers, a déclaré Al-Kaabi, qui est également président et directeur général de QatarEnergy.

Même si la guerre prenait fin aujourd’hui, le Qatar aurait probablement besoin de « semaines, voire de mois », pour revenir à la normale. et rétablir un calendrier et un cycle normaux de livraisons d’énergie », a déclaré Al-Kaabi.

Tensions sur le GNL

La compagnie énergétique nationale du Qatar a interrompu en début de semaine la production de GNL sur son site de Ras Laffan, le plus grand complexe de Gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, et a par la suite émis des avis de force majeure à l’intention des acheteurs, suite à une attaque de drone sur l’installation et à l’arrêt quasi total du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz.

Cette situation entraîne une interruption de 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL. Le marché gazier est ainsi en proie à la volatilité des cours, et à une tension grandissante d’approvisionnement.

Les prix de référence du gaz naturel en Europe ont ainsi connu une hausse hebdomadaire de 50 %, soit la plus forte augmentation en une semaine depuis la crise énergétique de l’été 2023.

La volatilité implicite des contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais, référence pour le commerce du gaz en Europe, a quadruplé depuis le début de l’année et se situe à son plus haut niveau depuis près de trois ans, selon les données compilées par Bloomberg.

Alors que le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL après les États-Unis, est hors du marché pour le moment, les inquiétudes concernant l’approvisionnement en gaz pour le reste de la saison hivernale s’exacerbent en Europe et en Asie.

Officiellement, la saison de chauffage se termine le 31 mars, mais l’Europe aura besoin d’importantes cargaisons au printemps et en été pour remplir ses réserves de gaz, qui ont atteint leur niveau le plus bas depuis des années.

Même si l’Asie est de loin la région la plus dépendante du gaz qatari, les répercussions d’une pénurie d’approvisionnement en Asie sont également énormes pour l’Europe, car celle-ci perd, selon Oil Price, la compétition avec l’Asie pour l’approvisionnement spot alternatif, les primes asiatiques par rapport aux prix européens s’envolant et l’arbitrage incitant fortement les négociants à envoyer des cargaisons de GNL en Asie.

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L'express quotidien du 08/03//2026

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