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Alger

L’Opep+ ouvre légèrement les vannes 

L’Algérie et sept autres membres de l’alliance Opep+ ont décidé, hier, d’une augmentation volontaire de leur production globale de 206 000 barils par jour à compter de mai prochain.

La décision a été arrêtée lors de la réunion de coordination des huit pays engagés dans des ajustements volontaires de production, à laquelle l’Algérie a pris part aux côtés de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Irak, du Kazakhstan, du Koweït, d’Oman et de la Russie, a indiqué un communiqué du ministère des Hydrocarbures et des Mines.

Selon le communiqué, les huit pays ont simultanément réaffirmé leur engagement en faveur d’une coordination étroite et d’un suivi attentif du marché pétrolier international. Cette prudence illustre que la priorité n’est pas une ouverture rapide des vannes, mais une gestion stricte d’un marché redevenu vulnérable.

L’Algérie augmentera ainsi sa production de 6 000 barils par jour, pour atteindre 983 000 barils/jour en mai, selon les données publiées par l’Opep+.

Dans la foulée, le pays a également participé aux travaux de la 65ᵉ réunion du Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC), chargé d’évaluer le respect des engagements de réduction volontaire de production pour janvier et février 2026.

Le comité a salué les efforts des pays participants, tout en rappelant que le respect strict et continu des décisions collectives demeure indispensable pour garantir la stabilité du marché. Cette insistance sur la discipline n’est pas anodine.

Le marché pétrolier mondial évolue sous la pression d’un choc géopolitique majeur autour du détroit d’Hormuz, l’un des corridors stratégiques pour les hydrocarbures. Près de 20 millions de barils par jour, soit un cinquième de la consommation mondiale, transitent habituellement par ce passage, de même qu’une part importante du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).

La fermeture partielle ou totale de ce corridor a provoqué un déficit estimé entre 15 et 20 millions de barils par jour dans les flux mondiaux, déclenchant une crise énergétique immédiate et un resserrement brutal de l’offre. Environ 70 % du trafic pétrolier de la zone a été affecté, tandis que les flux de GNL ont eux aussi été fortement perturbés.

Les conséquences ne sont pas seulement logistiques : elles touchent également la production. Dans les pays du Golfe, les difficultés d’exportation ont saturé les capacités de stockage et compliqué l’écoulement des cargaisons, contraignant certains producteurs à réduire leurs volumes.

Avant la crise, environ 15 millions de barils par jour de brut et 5,5 millions de barils par jour de produits raffinés transitaient encore par le détroit, illustrant l’ampleur du déséquilibre causé par son blocage. Sans surprise, les prix ont réagi fortement.

Les tensions autour du détroit d’Hormuz ont alimenté les anticipations haussières, plusieurs scénarios évoquant désormais la possibilité d’un baril à plus de 150 dollars si la crise se prolonge.

Les marchés du gaz, des engrais, du fret et, plus largement, les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales sont également exposés. Pour les économies du Golfe, un blocage prolongé irait bien au-delà d’une simple flambée des prix : il pourrait entraîner un ralentissement économique régional, alimenté par la contraction des exportations.

C’est dans ce contexte que la hausse de 206 000 barils par jour décidée par l’Opep+ prend tout son sens. Selon les analystes, « elle ne constitue pas un basculement stratégique, mais un geste calibré visant à rassurer les marchés sans compromettre le contrôle de l’offre par l’alliance ».

L’objectif est clair : montrer que le groupe reste capable d’intervenir, tout en évitant une augmentation plus importante alors que la situation géopolitique reste instable et que les routes d’exportation demeurent fragilisées.

Cette prudence est également dictée par la demande mondiale, qui reste à un niveau très élevé. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la consommation mondiale de pétrole atteindra 104,87 millions de barils par jour en 2026, avec une hausse annuelle de 849 000 barils par jour.

Pour l’Algérie, ce rendez-vous confirme surtout sa place dans les arbitrages énergétiques internationaux, au sein d’une organisation redevenue un centre de gravité du marché pétrolier mondial.

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L'express quotidien du 06/04//2026

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