C’est un peu la bouteille à l’encre en ce qui concerne la situation au Moyen-Orient, où les États-Unis jouent avec les nerfs de la communauté internationale en prolongeant plus qu’il n’en faut l’agression militaire contre l’Iran.
Alors que tout le monde espérait un début de cessation des hostilités avec une prolongation plus durable du cessez-le-feu sur la base de négociations sous l’égide d’Islamabad, le spectre d’une reprise des combats refait surface, même si le président américain reste hésitant.
La non-reprise des négociations entre Téhéran et Washington, conjuguée au maintien du blocus naval du détroit d’Ormuz, menace en effet de faire voler en éclats un cessez-le-feu déjà fragile.
Certes, Donald Trump a annoncé le maintien du cessez-le-feu, mais il reste dans une posture menaçante, le doigt sur la gâchette, pouvant ordonner à tout moment la reprise de l’agression militaire contre l’Iran. Hier, les deux parties ont publiquement exprimé leur volonté de reprendre les hostilités, alors que les pourparlers de paix au Pakistan sont plus que jamais dans l’impasse.
Le flou est total autour de ces négociations. Mardi soir, Trump avait déclaré : « Il nous a été demandé de suspendre notre offensive contre l’Iran jusqu’à ce que ses dirigeants et ses représentants parviennent à présenter une proposition commune. » « J’ai donc ordonné à nos forces armées de maintenir le blocus et, à tous autres égards, de rester prêtes et opérationnelles.
Je prolongerai donc le cessez-le-feu jusqu’à ce que leur proposition soit soumise et que les discussions soient conclues, d’une manière ou d’une autre. » Côté négociations, un responsable américain a indiqué que le vice-président J.D. Vance, qui devait diriger la délégation américaine, a annulé son voyage à Islamabad.
Les dirigeants pakistanais, dont le Premier ministre Shehbaz Sharif, ont travaillé d’arrache-pied mardi soir pour tenter d’amener les deux parties à accepter un deuxième cycle de négociations sur le cessez-le-feu, selon deux responsables pakistanais. Quant à l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, et son gendre Jared Kushner, initialement attendus à Islamabad, ils sont désormais à Washington pour des consultations sur la suite des discussions, selon un responsable américain.
Un climat de forte tension règne dans la région, marqué notamment par les déclarations de Donald Trump, qui a affirmé s’attendre à ce que les États-Unis bombardent à nouveau l’Iran « sous peu » si aucun progrès n’est enregistré lors du deuxième cycle de négociations prévu mercredi au Pakistan.
« Je m’attends à ce que nous bombardions, car ce serait une meilleure attitude », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à CNBC, ajoutant qu’il était opposé à la prolongation du cessez-le-feu, qui expire mercredi, car « nous n’avons pas beaucoup de temps ».
Parmi ses exigences, Donald Trump demande que l’Iran renonce à ses stocks d’uranium et mette fin à ses tentatives de contrôle de la voie navigable stratégique d’Ormuz, utilisée pour le transport du pétrole et d’autres matières premières du Moyen-Orient. Des conditions que Téhéran a toujours rejetées.
Par ailleurs, le retrait de l’Iran des négociations a été en partie provoqué par la saisie par les États-Unis d’un navire de charge battant pavillon iranien, en route vers un port, dimanche.
La marine américaine a indiqué que le navire n’avait pas respecté ses avertissements et tentait d’échapper au blocus des ports iraniens. Outre cette opération, qualifiée d’« inacceptable » par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, le retrait de Téhéran des négociations est également motivé par le blocus naval imposé par les États-Unis, entré en vigueur la semaine dernière.
L’Iran estime que cela constitue une violation de l’accord de cessez-le-feu, ce que Washington réfute. « Le blocus, que nous ne lèverons pas tant qu’il n’y aura pas d’accord, détruit absolument l’Iran. Ils perdent 500 millions de dollars par jour, un chiffre insoutenable, même à court terme », a écrit Donald Trump sur son réseau Truth Social.
De son côté, l’Iran affirme également refuser de s’engager dans des efforts diplomatiques sous la menace d’une attaque, après que le président américain a menacé, dans plusieurs messages publiés sur les réseaux sociaux, d’intensifier les combats et de « faire exploser » le pays s’il ne parvenait pas à conclure un accord avec Washington.
« Nous n’acceptons pas de négociations à l’ombre des menaces. Au cours des deux dernières semaines, nous nous sommes préparés à dévoiler de nouvelles cartes sur le champ de bataille », a déclaré un responsable iranien.
Bref, la tension persiste entre l’Iran et les États-Unis, qui ont déployé dans la région un impressionnant arsenal militaire, avec pour objectif, sinon de détruire l’Iran, du moins de l’affaiblir au point qu’il ne puisse plus soutenir un effort de guerre face à la première puissance militaire et économique mondiale.
Dans ce climat international anxiogène, les marchés financiers et des matières premières évoluent en dents de scie. Hier mercredi à la mi-journée, le Brent, brut de la mer du Nord, était en hausse de 1,14 % à 99,60 dollars le baril, tandis que le brut de référence américain progressait de 1,13 % à 90,68 dollars le baril.
Les marchés restent sous tension, sans direction claire, et réagissent presque exclusivement aux déclarations du président américain.

