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Alger, mémoire vive des indépendances africaines

Les propos du président angolais João Lourenço devant les deux chambres du Parlement, au Palais des Nations, ont remis en lumière une constante historique souvent rappelée, mais rarement interrogée dans toute sa profondeur : le rôle central de l’Algérie dans les luttes de libération africaines.

« Grâce à l’Algérie, l’Angola est devenu un pays indépendant et un État souverain », a-t-il affirmé, inscrivant son intervention dans une continuité politique et mémorielle qui dépasse la seule diplomatie actuelle. Dès les premières années de l’indépendance, l’Algérie s’est imposée comme un point d’appui majeur des mouvements de libération sur le continent.

Alger devient alors, dans les faits comme dans les représentations, ce que de nombreux acteurs africains ont qualifié de « Mecque des révolutionnaires ». Une expression qui ne relève pas du symbole creux, mais d’une réalité politique structurée : accueil de cadres du Congrès national africain (ANC), du MPLA angolais, du FRELIMO mozambicain, appui logistique, formation militaire, relais diplomatique dans les enceintes internationales, notamment à l’ONU et au sein de l’OUA.

Cette orientation s’inscrit dans une logique politique clairement assumée par les dirigeants de l’époque, d’Ahmed Ben Bella à Houari Boumediene : l’indépendance algérienne n’avait de sens plein que si elle s’accompagnait de celle des autres peuples colonisés.

L’Algérie devient ainsi un espace de convergence pour des mouvements encore clandestins mais déjà structurés, qui trouvent à Alger une base arrière, une tribune et un soutien matériel. Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, rappelait que l’Algérie avait constitué « une inspiration et un appui décisif », à la fois politique, militaire et diplomatique.

Abdoulaye Bathily, ancien ministre sénégalais, soulignait pour sa part que la guerre de libération algérienne avait produit un effet d’entraînement décisif sur les consciences africaines, faisant du 1er novembre 1954 un repère structurant des luttes anticoloniales. Alger a également joué un rôle dans la construction d’une diplomatie des indépendances.

Le Festival panafricain de 1969 en constitue l’un des marqueurs les plus visibles, consacrant la capitale algérienne comme un espace de circulation des idées, des artistes et des leaders politiques africains.

Cette dynamique s’inscrivait aussi dans les débats sur le nouvel ordre économique international et sur la voix des pays du Sud dans les équilibres mondiaux.

Dans ce contexte, les déclarations du président angolais réactivent une mémoire politique commune, mais aussi une attente contemporaine : celle d’une Algérie toujours perçue comme un acteur de référence dans les questions de sécurité, de lutte contre le terrorisme et de stabilité régionale.

João Lourenço a ainsi salué une expérience algérienne jugée significative dans la lutte contre l’extrémisme, tout en rappelant la densité des relations historiques entre les deux pays. Cette continuité historique, souvent invoquée dans les discours officiels, pose aujourd’hui une question de fond : celle du passage d’un capital symbolique issu des luttes de libération à un rôle politique effectif dans une Afrique confrontée à de nouveaux déséquilibres.

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L'express quotidien du 13/05//2026

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