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L’Arabie saoudite durcit le contrôle des flux financiers vers les Émirats

L’Arabie saoudite a décidé de placer les Émirats arabes unis sous une surveillance financière accrue. Selon l’agence britannique Reuters, Riyad a renforcé son contrôle des transferts bancaires vers les Émirats en appliquant des mesures de type « haut risque ».

En outre, Riyad a soumis les flux financiers à destination des Émirats à des vérifications renforcées afin de lutter contre les flux d’argent illicites, notamment les transferts de fonds destinés à des réseaux criminels, au financement de groupes armés et de groupes paramilitaires actifs en Afrique, notamment en Libye et au Soudan.

Selon Reuters, l’Arabie saoudite a placé les transferts financiers vers les Émirats arabes unis sous un régime de surveillance réglementaire renforcée, habituellement réservé aux pays considérés comme présentant un risque élevé en matière de flux financiers illicites.

D’après trois sources de Reuters ayant une connaissance directe du dossier, il s’agit du dernier signe en date d’une fracture croissante entre les deux riches monarchies du Golfe. Ces mesures, qui n’ont pas été annoncées publiquement, pourraient expliquer pourquoi plusieurs entreprises affirment avoir rencontré des difficultés à transférer des fonds depuis des comptes en Arabie saoudite vers les Émirats ces derniers mois.

Ce problème avait déjà été rapporté par l’agence américaine Bloomberg et le Financial Times en juillet dernier. Toutefois, le renforcement des mesures de surveillance décidé par Riyad n’avait pas été divulgué jusqu’à présent.

Des chefs d’entreprise ont déclaré à Reuters que leurs sociétés avaient vu des transferts effectués dans différentes devises retardés ou rejetés par des banques saoudiennes, sans explication officielle.

Dans les faits, la banque centrale d’Arabie saoudite exige des institutions financières qu’elles appliquent des contrôles renforcés lorsqu’elles traitent avec des clients ou des juridictions présentant des risques élevés en matière de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme et d’autres délits financiers.

Plus tôt cette année, elle a demandé aux principales banques du pays d’appliquer de telles mesures lors du traitement des règlements avec les Émirats arabes unis, ont précisé les trois sources.

La banque centrale saoudienne a toutefois affirmé qu’« il n’y a pas de restrictions directes sur des pays spécifiques », tout en expliquant disposer d’un cadre réglementaire robuste pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, conformément aux normes fixées par le Groupe d’action financière (GAFI), organisme mondial de surveillance basé à Paris.

Du côté des Émirats, un responsable local a déclaré que le ministère de l’Économie n’avait reçu aucun signalement d’entreprises du secteur privé faisant état de difficultés ou de retards inhabituels dans la réalisation de transferts bancaires entre les deux pays.

« Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite entretiennent des liens économiques et commerciaux profonds et de longue date, soutenus par d’importants flux d’échanges et d’investissements. Nous restons en contact régulier avec le secteur privé et les parties prenantes concernées et examinerions toute préoccupation spécifique portée à notre attention par les canaux appropriés », a-t-il déclaré.

Pour autant, cette surveillance accrue place les Émirats arabes unis, plaque tournante de l’investissement immobilier ainsi que du commerce des métaux et des pierres précieuses, parmi plus d’une demi-douzaine de pays de la région considérés comme présentant un risque élevé par l’Arabie saoudite en matière de criminalité financière.

Pourtant, le GAFI avait retiré les Émirats arabes unis de sa liste grise en 2024, après avoir constaté des améliorations de leur dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent, une décision que certains groupes anticorruption avaient jugée prématurée.

Les États-Unis ont, de leur côté, imposé des sanctions à plusieurs individus et entités basés aux Émirats, accusés de collecter ou de blanchir des fonds au profit de groupes tels que les milices al-Shabaab en Somalie.

Pour un initié saoudien cité par Reuters, ce renforcement de la surveillance se voulait un « message subtil » adressé aux dirigeants émiratis sur l’importance de préserver de bonnes relations, après une période marquée par des tensions croissantes entre les deux poids lourds du Golfe.

L’annonce de cette décision de l’Arabie saoudite à l’égard de son turbulent allié régional intervient quelques jours après la publication par les Nations unies d’un rapport d’experts faisant état du paiement d’une importante rançon par les Émirats à un groupe terroriste au Sahel, pour un montant estimé à 50 millions de dollars.

Des sources avaient indiqué à Reuters qu’un accord aurait été conclu en octobre 2025 pour obtenir la libération de deux ressortissants émiratis, pour un montant total avoisinant les 50 millions de dollars.

Selon ces mêmes sources, une partie de cette somme aurait été redistribuée entre différentes branches d’organisations terroristes opérant dans la région sahélienne, en Afrique de l’Est et de l’Ouest, ainsi qu’au Moyen-Orient, notamment au Yémen.

En outre, les Émirats sont considérés par plusieurs experts et responsables africains comme une source importante de financement de groupes armés rebelles, notamment en Libye et au Soudan, ainsi que dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, via des franchises terroristes.

Ces financements contribueraient, selon ces accusations, à maintenir certaines de ces régions dans une instabilité politique chronique, notamment en Somalie et au Somaliland.

La méfiance de Riyad envers les Émirats trouve ainsi également des justifications sur le terrain politique, notamment en Afrique, où une instabilité chronique persiste depuis plusieurs décennies, sur fond de présence de groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda.

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