Un réseau international de blanchiment d’argent, présenté par les enquêteurs espagnols comme une véritable « banque de la drogue », a été démantelé à l’issue d’une vaste opération menée en Espagne et dans plusieurs autres pays.
Selon la police espagnole, cette structure, liée à ce qui est surnommé la « Banque de Dubaï », fournissait des services financiers à certains des principaux trafiquants de cocaïne opérant en Europe. L’opération a permis l’arrestation de 21 personnes, dont 14 en Espagne et sept dans d’autres pays.
Douze autres suspects sont toujours recherchés. Les enquêteurs ont par ailleurs identifié des avoirs d’une valeur globale estimée à près de 20 millions d’euros. Le réseau aurait joué un rôle central dans le financement et la circulation des revenus issus du trafic international de cocaïne.
Ses membres étaient notamment chargés de transférer des fonds d’un pays à l’autre en dehors des circuits bancaires traditionnels. Les enquêteurs ont également établi que les cryptomonnaies étaient utilisées pour effectuer et régler certaines opérations.
L’enquête, coordonnée par le parquet spécial antidrogue de l’Audience nationale espagnole, a ciblé plusieurs individus considérés comme des acteurs importants du trafic international de cocaïne. Parmi eux figure un homme connu sous le nom de « El Tigre », présenté comme l’un des responsables de la structure.
D’autres personnes liées au crime organisé auraient également participé aux activités du réseau depuis Dubaï. Pour les enquêteurs espagnols, le rôle de cette organisation dépassait largement le simple blanchiment des revenus de la drogue.
Elle aurait également contribué au financement des cargaisons de cocaïne et à l’organisation de leur acheminement entre différents pays. « Sans ce financement, il n’aurait pas été possible de transporter ces cargaisons d’un pays à l’autre et le trafic de drogue n’aurait pas atteint une telle ampleur », a expliqué Encarna Ortega, cheffe des inspecteurs chargés de la lutte contre le blanchiment d’argent.
L’affaire du navire « Nehir » à l’origine de l’enquête
Les investigations remontent notamment à 2021, après la saisie de 1,84 tonne de cocaïne à bord du navire « Nehir ». Selon les enquêteurs espagnols, le bateau aurait ensuite été volontairement coulé dans le port de Gijón, dans le nord de l’Espagne, afin de faire disparaître les traces d’une autre cargaison de 1,65 tonne de cocaïne.
Cette affaire a permis aux enquêteurs de remonter progressivement vers les circuits financiers utilisés par les organisations de trafiquants. L’argent était déplacé à l’international en dehors du système bancaire classique, tandis que les cryptomonnaies constituaient un autre moyen d’effectuer certaines transactions.
Plus de 17 millions d’euros d’avoirs saisis
L’opération a également porté sur le patrimoine accumulé par les membres présumés du réseau. Les autorités ont procédé au gel ou à la saisie de 121 comptes bancaires contenant au total 2,3 millions d’euros. Quarante-huit biens immobiliers, dont la valeur dépasse 14 millions d’euros, ont également été identifiés.
À cela s’ajoutent des véhicules de luxe évalués à plus de 1,6 million d’euros, ainsi que d’autres avoirs. Au total, les biens identifiés dans le cadre de l’opération atteignent près de 20 millions d’euros. L’enquête met une nouvelle fois en évidence le rôle attribué à Dubaï dans les circuits financiers utilisés par certaines organisations criminelles liées au trafic de stupéfiants.
Selon les autorités espagnoles, la ville aurait servi de base opérationnelle pour centraliser les revenus provenant du trafic de drogue, mais également de centre de coordination pour les opérations logistiques menées avec des réseaux maritimes.
Le démantèlement de cette structure montre surtout que les grandes organisations de trafic de cocaïne ne reposent pas uniquement sur les réseaux chargés du transport des stupéfiants. Elles disposent également de structures financières capables de déplacer, de dissimuler et de réinjecter les bénéfices du trafic à l’échelle internationale.

