Le Maroc s’apprête à faire son entrée au sein du cercle des pays bailleurs de fonds de TV5 Monde. Pour ce fleuron de la télévision francophone internationale, ce basculement représente un virage inédit et profondément problématique.
Pour la première fois de son histoire, l’actionnariat de la chaîne s’ouvre à un État largement qualifié de dictatorial, dont les pratiques policières et le verrouillage de l’information s’opposent frontalement aux valeurs de liberté et de pluralisme portées par le média.
En s’asseyant à la table décisionnelle aux côtés de la France, du Canada, du Québec, de la Suisse, de Monaco et de la Belgique, le royaume chérifien s’achète en fait une respectabilité institutionnelle en totale contradiction avec son bilan interne en matière de libertés fondamentales.
Fondée en 1984 et diffusée dans près de 200 pays, TV5 Monde a bâti sa réputation sur une charte éditoriale stricte et un espace de débat démocratique partagé. L’ouverture du capital de la chaîne, initialement pensée par les six gouvernements fondateurs en 2025 pour revitaliser la Francophonie, se transforme en une opportunité inespérée pour le régime marocain.
L’objectif de Rabat est d’instrumentaliser ce réseau planétaire pour en faire un outil d’influence directe et un organe de propagande au service de son projet colonial au Sahara occidental.
En profitant du soutien diplomatique récent de la France d’Emmanuel Macron, le royaume s’offre ainsi un levier d’action pour étouffer les voix critiques et faire oublier les violations répétées des droits de l’homme et de la liberté de la presse dans le pays.
L’arrivée de ce nouvel actionnaire fait peser une menace directe sur l’indépendance de la rédaction. Face aux vives inquiétudes concernant la liberté de la presse et le passif du royaume vis-à-vis des journalistes indépendants, la direction de la chaîne et les gouvernements partenaires tentent de rassurer en s’appuyant sur des garde-fous réglementaires.

