« La filière oléicole est en pleine construction. Pour la développer, il est essentiel de regrouper les oléiculteurs dans des coopératives, et les oléifacteurs en consortiums et structurer la filière de sous-produits à travers le développement de centres de collecte de déchets. La filière doit être « segmentée » pour la développer et mettre fin au gaspillage des sous-produits, estime Sami Gani, organisateur du Salon International de l’Olivier, Algeroliva 2026.
Pour sa 6ème édition, la manifestation a rassemblé plus de 50 opérateurs locaux ainsi qu’étrangers venus d’Italie, de Turquie, de Tunisie proposant notamment, des équipements de pointe et du matériel moderne ainsi que les dernières innovations technologiques
L’oléiculture est un secteur à fort impact économique. Les oliveraies représentent plus de 40 % de la superficie arboricole nationale. Son exploitation génère plus de 80 millions d’heures de travail à chaque saison. Le pays compte aujourd’hui plus de 70 millions d’oliviers plantés sur une superficie de plus de 500 000 hectares, fait savoir M. Gani. L’organisateur de la manifestation n’estime que la filière en « pleine construction ».
Sur le plan de la consommation, les habitudes ont évolué au cours de la dernière décennie. Le réflexe régionaliste a laissé place à l’exigence de qualité fondée sur le savoir-faire. « Le consommateur a compris que la production de l’huile d’olive est avant tout une question de savoir-faire et que la qualité se mesure par des analyses physico-chimiques en laboratoire en plus de l’analyse sensorielle », se réjouit M. Gani qui explique que dans son vocabulaire, le consommateur parle désormais de « l’huile vierge » et « extra vierge ».
En termes de production, l’Algérie compte actuellement quelque 1 600 huileries, dont la moitié demeure traditionnelle. Sans plaider pour leur interdiction, M. Gani exprime son souhait de voir leur proportion ramenée à 10 ou 20 %. Selon lui, la généralisation des huileries modernes est « indispensable » pour garantir une qualité optimale, maximiser les rendements et permettre au produit algérien de devenir compétitif à l’international.
Sur ce volet, les producteurs sont dispersés, entraînant des difficultés même pour réunir un volume de 20 000 tonnes pour l’exportation, ajoute l’organisateur qui fait savoir que le marché ciblé des exportateurs reste majoritairement la communauté algérienne établie à l’étranger expliquant que le véritable objectif doit être de « les consommateurs d’autres nationalités ».
Ce dernier regrette que certains producteurs participant à des foires à l’étranger, bien qu’approchés par des acheteurs potentiels, se heurtent ensuite à leur propre incapacité à satisfaire les volumes demandés. Or, pour cibler les marchés porteurs, nous devons accompagner à l’étranger des opérateurs capables de garantir à la fois la quantité et la qualité », plaide M. Gani.
Pour développer la filière, M. Gani insiste sur l’urgence de « la segmenter». Pour lui, il est insensé de gérer sous un seul bloc l’huile d’olive, l’huile de table et les sous-produits comme les grignons et les margines.
Reprenant le titre de son éditorial paru dans le magazine spécialisé « l’Olivier », il affirme : « Une filière c’est trop peu, trois c’est l’avenir ». En ce sens, il trouve qu’il est indispensable d’éveiller les consciences, tant chez les producteurs que chez les pouvoirs publics pour mieux gérer et servir cette filière. Cette restructuration implique les secteurs de l’Agriculture, de l’Industrie, du Commerce et de l’Environnement.
Pour mieux structurer le secteur, il trouve qu’il serait judicieux que les oléiculteurs se regroupent dans des coopératives, et les oléifacteurs en consortiums et de structurer la filière de sous-produits à travers le développement de centres de collecte de déchets. Pour fédérer les oléiculteurs dans des coopératives, il est essentiel de vulgariser le fonctionnement des coopératives, de définir clairement les prérogatives de chacun et de démontrer le gain économique direct pour l’agriculteur.
Les variétés espagnoles pour une oléiculture intensive
L’introduction de variétés espagnoles comme l’Arbequina ou l’Arbosana ne peut être perçue comme une menace. Au contraire, elles constituent « une opportunité », à condition que les services phytosanitaires fassent preuve de vigilance pour éviter l’introduction et la propagation de maladies, indique M. Gani.
Ce dernier souligne que l’Algérie ; pays-continent dispose des surfaces nécessaires pour « développer une oléiculture intensive et même hyper-intensive dédiée à l’exportation ».
Et c’est dans les Hauts Plateaux et dans le Sud qu’il faut implanter ces variétés adaptées à la récolte mécanisée par enjambeuses, capables de récolter en dix minutes ce qu’un paysan récolte en une journée, garantissant ainsi une rentabilité exceptionnelle.
Pour l’organisateur d’Algeroliva, la véritable menace réside dans « le délaissement des variétés autochtones ». « Le défi est de préserver et protéger nos variétés autochtones dans leurs bassins d’origine », préconise M. Gani.
Ce dernier a cité l’exemple de la Kabylie dont les agriculteurs doivent se concentrer sur la « réhabilitation et la replantation de variétés autochtones, dont l’huile et le rendement s’avèrent extraordinaires ».

