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Ceuta et Melilla: Rabat veut négocier, Madrid oppose une fin de non-recevoir

Après avoir relancé ses revendications sur Ceuta et Melilla, Rabat propose à Madrid l’ouverture d’un mécanisme de dialogue pour discuter de l’avenir des deux enclaves.

Une initiative qui intervient sur fond de tensions migratoires et de crispations entre les deux pays. Madrid, de son côté, oppose une fin de non-recevoir catégorique et réaffirme que la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla n’est pas négociable.

Par Mahdi BTrois semaines après le chantage aux migrants illégaux exercé par le Maroc contre l’Espagne, avec plus de 72 000 personnes ayant franchi le « Rubicon » à Ceuta, la situation politique et humanitaire reste au point mort dans la zone espagnole, par ailleurs pleinement intégrée à l’espace européen.

Jusqu’à maintenant, et selon les autorités espagnoles, plus de 2 000 personnes, dont des mineurs, vivent toujours sur place dans des conditions extrêmement précaires. Leur prise en charge est devenue un sujet politique complexe pour le gouvernement espagnol.

Car la question de l’accueil des migrants est également devenue un sujet de confrontation politique entre le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez et les régions espagnoles, largement dirigées par la droite.

Le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance a décidé de transférer en urgence vers l’Espagne continentale 500 jeunes filles de moins de 18 ans, afin de les extraire de l’enfer de Ceuta et de les mettre à l’abri dans des familles d’accueil. En vertu du droit espagnol, l’État a en effet un devoir de protection envers les migrants mineurs non accompagnés jusqu’à leur majorité.

Sur le plan politique, cependant, c’est là que la bataille la plus féroce fait rage entre Madrid et Rabat, qui a de nouveau sorti ses « crocs », sept siècles après l’annexion par l’Espagne de villes marocaines aujourd’hui connues comme étant des enclaves espagnoles. Certes, Madrid a rétrocédé au Maroc plusieurs anciennes possessions espagnoles, dont Tétouan, mais conserve Ceuta, Melilla et certaines îles, dont celle de Perejil (îlot Leïla).

Et jusqu’à cette crise migratoire de l’été 2026, alors que le Makhzen exerce constamment une pression politique sur Madrid sous forme de « lâchers humains » sur ces enclaves, notamment pour atteindre certains objectifs inavoués, dont celui de l’occupation du Sahara occidental, jamais Rabat n’avait officiellement revendiqué la propriété de ces enclaves, du moins avec une telle insistance.

Cette année, la crise migratoire intervenue à Ceuta a exacerbé les relations en dents de scie entre Madrid et Rabat. Dans ce bras de fer, l’Espagne dispose d’un levier non négligeable face au Maroc, dont l’économie locale dépend notamment des fournitures de gaz, de pétrole et d’électricité en provenance du royaume d’Espagne. Mais le Makhzen est allé cette fois-ci plus loin : il revendique officiellement la souveraineté sur les deux enclaves de Ceuta et Melilla et le fait par la voix de son ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi.

Pour ce faire, Rabat propose la mise en place d’un mécanisme de dialogue destiné à aborder la question de l’avenir de Ceuta et Melilla. En face, Madrid, par le biais de son ministère des Affaires étrangères, rejette ces revendications et réaffirme la souveraineté espagnole sur les deux villes, qui font également partie de l’espace européen.

En fait, Rabat a de nouveau fait sortir de son chapeau de Merlinpinpin sa revendication sur Ceuta et Melilla, qu’il a placée au cœur de ses prétentions territoriales. Vendredi dernier, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a défendu les droits « historiques et géographiques » de son pays sur ces deux villes autonomes et proposé la mise en place d’un mécanisme de dialogue avec l’Espagne pour aborder leur avenir.

Mais le gouvernement de Pedro Sánchez a réagi rapidement. Des sources au sein du ministère espagnol des Affaires étrangères ont indiqué que l’Espagne avait fait part au Maroc de son rejet catégorique de ces revendications, réaffirmant que Ceuta et Melilla relèvent de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Espagne et, par conséquent, du territoire de l’Union européenne.

En fait, le ministre marocain de la Justice avait formulé les prétentions territoriales du Maroc lors d’un entretien accordé à une chaîne de télévision locale.

Il a soutenu que Rabat n’avait aucune intention de renoncer à ses revendications et a fait valoir que cette question devait continuer à faire partie intégrante des relations avec l’Espagne. Selon les prétentions makhzéniennes, les villes de Ceuta et Melilla doivent revenir au royaume chérifien.

Rabat avait déjà affirmé, le 12 août dernier, qu’il continuait de revendiquer ces deux villes et que la question restait « sur la table » dans ses échanges avec l’Espagne.

Une manière comme une autre pour le Makhzen de maintenir la pression sur le gouvernement socialiste espagnol, autant à travers les lâchers de milliers de migrants, ce qui est proprement criminel puisque des vies humaines sont mises en danger, que dans la recherche de concessions politiques que Rabat voudrait obtenir par le chantage auprès de Madrid sur certaines questions territoriales relevant de l’autorité des Nations unies, dont le dossier sahraoui.

Il y a surtout le fait que le Maroc est devenu, aux yeux de ses détracteurs, le cheval de Troie de l’entité sioniste dans la région euromaghrébine, qui chercherait à se venger de Madrid dont les positions politiques, jugées courageuses et humaines par ses soutiens, concernant le génocide à Ghaza ont provoqué la colère à Tel-Aviv.

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L'express quotidien du 27/08//2026

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