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Le Golfe sous tension: La région au bord de l’embrasement

Au troisième jour du conflit déclenché par l’offensive conjointe des États-Unis et de l’entité sioniste contre l’Iran, le Moyen-Orient bascule dans une zone de turbulence où plus aucun pays ne peut prétendre à la neutralité.

Ce lundi 2 mars, c’est le Liban qui paie une nouvelle fois un tribut lourd aux frappes israéliennes. Les bombardements sur la banlieue sud de Beyrouth et plusieurs localités du Sud ont fait 31 morts et 149 blessés, selon le ministère libanais de la Santé.

Cette attaque intervient alors même qu’un accord de cessez-le-feu, conclu fin novembre 2024, prévoyait le retrait des forces israéliennes du Sud-Liban. Mais l’armée d’occupation continue de maintenir cinq positions avancées en territoire libanais, au grand dam des autorités de Beyrouth qui y voient une violation flagrante de l’accord.

La mort, samedi, du guide suprême Ali Khamenei lors d’un bombardement visant sa résidence à Téhéran, a précipité la région dans un scénario redouté depuis des années. Treize États (de l’Arabie saoudite à la Jordanie, en passant par le Qatar, le Koweït, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, la Syrie et même Chypre) sont désormais touchés par les répliques directes ou indirectes des hostilités.

Les premières salves iraniennes ont ciblé l’entité sioniste ainsi que les bases américaines installées dans la région. À Tel-Aviv, un missile a causé d’importants dégâts, une dizaine de morts et une vingtaine de disparus. Contrairement à la riposte « symbolique » de juin 2025, l’Iran frappe désormais l’ensemble des pays hébergeant des troupes américaines.

Le Koweït est le pays le plus gravement touché. Plusieurs avions de chasse américains s’y sont écrasés dans la matinée, officiellement après une interception erronée de la défense antiaérienne koweïtienne, alors que la région est saturée de missiles iraniens.

Dans les capitales du Golfe, les images ont une force inédite, des gratte-ciel en flammes, parmi lesquels le Burj Khalifa, symbole de Dubaï et du triomphalisme économique émirati.

Pour l’heure, les monarchies tentent de jouer un rôle de bouclier en interceptant les missiles destinés aux infrastructures américaines. L’Iran ne les frappe pas directement ; ce sont les retombées de débris interceptés qui causent la majorité des destructions.

Mais derrière la retenue affichée des communiqués officiels affleure une inquiétude tangible : la crainte qu’un engrenage incontrôlé ne fasse de ces États des cibles directes. Leur vulnérabilité géographique est criante, des pays comme le Koweït ou Bahreïn sont à portée des missiles iraniens les moins sophistiqués.

La Jordanie, comme en juin dernier, est devenue un maillon essentiel du dispositif d’interception américain, au point d’être perçue comme un prolongement de la défense israélienne.

L’entrée en scène de la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui assure être « prête à participer à la défense » de ses alliés du Golfe, illustre la portée globale du conflit. Paris est lié par des accords de défense avec les Émirats arabes unis, et cherche, en filigrane, à préserver ses intérêts stratégiques et énergétiques.

Le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial et une part substantielle du gaz naturel liquéfié, est désormais fermé à la navigation. L’Organisation maritime internationale appelle les armateurs à éviter la zone, et le géant français CMA CGM a déjà dérouté ses navires.

Conséquence immédiate, le Brent a dépassé les 82 dollars avant de redescendre légèrement, tandis que le WTI bondissait au-delà des 70 dollars. Le seuil des 100 dollars, franchi pour la dernière fois en 2022 après l’invasion de l’Ukraine, pourrait être atteint rapidement si le blocus se prolonge.

Sous la pression croissante de leurs opinions publiques et de leurs partenaires occidentaux, ces États tentent de freiner l’escalade tout en évitant de donner l’image d’alliés passifs ou vulnérables, révélant ainsi l’extrême fragilité des architectures de sécurité construites depuis deux décennies dans le Golfe.

L’annonce, ce lundi, du décès de Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh, épouse d’Ali Khamenei, ajoute une dimension symbolique supplémentaire à la crise.

Dans le même temps, Washington affirme que les avions abattus au Koweït l’ont été accidentellement par les forces koweïtiennes, signe de la confusion extrême qui règne dans l’espace aérien du Golfe.

Jamais depuis la chute de Baghdad en 2003 la région n’avait connu un tel niveau d’incertitude.

Le conflit en cours n’est plus un différend circonscrit entre États, mais une recomposition géopolitique précipitée, où chaque capitale mesure le risque de devenir à son tour l’épicentre d’un nouvel affrontement.

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L'express quotidien du 16/04//2026

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