Des montants d’importation particulièrement élevés ont éveillé les soupçons du ministère du Commerce extérieur, notamment chez des opérateurs comptant très peu, voire aucun salarié. Une enquête a ainsi été ouverte pour examiner la cohérence de ces demandes avec la taille des entreprises, leur activité réelle, leurs effectifs et leurs capacités de production.
Le traitement des programmes prévisionnels d’importation (PPI) pour le deuxième semestre 2026 laisse apparaître de nombreuses incohérences relatives à certaines demandes d’importation, à la taille des entreprises concernées et au nombre de salariés qu’elles déclarent, selon les constatations révélées par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations qui a décidé d’ouvrir une enquête.
« Ces données soulèvent des interrogations quant à la cohérence de certaines prévisions d’importation avec la taille des entreprises concernées et le nombre de salariés déclarés », indique le ministère, qui a décidé « d’ouvrir une enquête, en coordination avec les secteurs ministériels concernés ». L’opération devra permettre d’auditer les matières premières, les intrants de production et les équipements importés par les entreprises concernées durant le premier semestre 2026 ainsi que durant les années précédentes.
L’analyse des données extraites de la plateforme numérique consacrée aux importations de matières premières et d’intrants de production fait notamment apparaître, selon le ministère, que « 3 961 opérateurs employant entre zéro et cinq salariés ont introduit des demandes d’importation pour une valeur globale de 130,32 milliards de dollars ».
La répartition des demandes, selon les données détaillées par le ministère, fait ressortir des montants particulièrement importants pour certaines catégories d’entreprises. Ainsi, « 149 opérateurs n’employant aucun salarié ont formulé des demandes d’importation d’une valeur totale de 484,58 millions de dollars, tandis que 949 opérateurs employant un seul salarié ont introduit des demandes d’une valeur de 21,84 milliards de dollars ».
La valeur des demandes d’importation déposées « par 851 opérateurs employant deux salariés s’est élevée à 88,76 milliards de dollars, contre 15,52 milliards de dollars de demandes introduites par 722 opérateurs employant trois salariés, 1,74 milliard de dollars par 641 opérateurs employant quatre salariés, et 13,84 milliards de dollars par 649 opérateurs employant cinq salariés ».
Face aux chiffres révélés, le ministère procédera à des vérifications qui porteront notamment sur « la conformité des quantités et des valeurs importées avec la nature des activités déclarées, les capacités réelles de production, les effectifs déclarés et le volume réel de l’activité économique des opérateurs concernés ».
Le ministère souligne toutefois que « le caractère prévisionnel des programmes d’importation ne signifie pas que les prévisions peuvent être sans rapport avec la réalité économique des entreprises ou disproportionnées par rapport à leurs capacités et à leurs besoins réels ». Les mesures appropriées « seront prises à la lumière des résultats des enquêtes et des audits, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur », ajoute la même source.
Par ailleurs, l’analyse de la plateforme numérique, « qui s’appuie notamment sur des technologies d’intelligence artificielle (IA), » a également permis d’identifier des modes de déclaration des travailleurs qualifiés d’« inhabituels » par le ministère. Il s’agit notamment de l’enregistrement de déclarations de travailleurs durant des périodes coïncidant avec les phases d’ouverture et de dépôt des programmes prévisionnels d’importation.
Certaines entreprises avaient ainsi « déclaré des travailleurs auprès de la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) entre janvier et le 31 mars 2026, sans qu’aucune déclaration ne soit enregistrée par la suite durant les mois d’avril, mai et juin ». De nouvelles déclarations ont également été enregistrées « du 1er juillet au 30 septembre 2026, période correspondant au dépôt et à l’examen des programmes prévisionnels d’importation ».
Dans ce sillage, le ministère a annoncé l’ouverture d’une enquête afin de clarifier les situations constatées avant « la prise des mesures nécessaires, le cas échéant, conformément à la législation et à la réglementation en vigueur ».

