Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) connaît aujourd’hui une dynamique portée par des transformations structurelles majeures. Certains maîtres d’ouvrages exigent l’adoption du procédé BIM et de Revit pour garantir la précision et la rentabilité de leurs projets et être au diapason des standards internationaux.
Pour certains architectes, l’enjeu ne se limite plus à la construction traditionnelle. Il est désormais impératif de franchir le cap du Smart Building (bâtiment intelligent). Cette transition permet non seulement d’optimiser la gestion des ressources, mais aussi de répondre aux nouveaux défis de durabilité en particulier.
Les architectes s’accordent désormais sur l’impératif d’adopter massivement le BIM (modélisation des informations du bâtiment) basé sur une maquette numérique 3D intelligente et le logiciel revit.
« Contrairement à la 3D classique, qui se limite souvent à l’aspect visuel sans inclure les descriptions des composants immobiliers, le BIM regroupe toutes les données techniques et fonctionnelles d’un ouvrage, de sa conception à sa déconstruction, facilitant la collaboration entre architectes, ingénieurs et constructeurs », explique à l’Express l’architecte Baraa Messaoudi, représentante de l’incubateur de l’EPAU.
Cet outil réduit les erreurs de conception et des imprévus sur chantier, visualise le projet pour toutes les parties prenantes et les données intégrées aident à la gestion et l’entretien futur du bâtiment », ajoute la jeune diplômée.
Sauf qu’un nombre important des opérateurs du secteur perçoivent cette technique comme un coût supplémentaire, regrette Mme. Messaoudi.
« Son adoption se heurte encore à une certaine résistance au changement de la part des opérateurs du secteur. De nombreux professionnels perçoivent encore ces nouvelles technologies de l’information comme un coût supplémentaire plutôt que comme un investissement stratégique qui permet un gain de productivité, une rentabilité pérenne et une réduction des erreurs sur le chantier », a-t-elle- renchérit.
Cette dernière regrette que les formations proposées par les écoles privées se cantonnent souvent à des notions de base avec des prix oscillant entre 1 0000 da à 3 0000 da, sachant que les diplômes délivrés ne sont pas agréés par l’Etat.
En Europe, poursuit l’architecte, « la maquette numérique est devenue la norme ». Les architectes et urbanistes intègrent leurs projets dans une maquette urbaine globale. Cela permet une gestion intelligente de la ville. En cas d’incident sur un réseau ou de besoin de maintenance, l’opérateur intervient avec précision grâce aux données centralisées.
En Algérie, regrette Mme. Messaoudi, l’utilisation de la 3D reste marginale, la majorité des acteurs travaillant encore sur AutoCAD. Cette dernière est persuadée que si les services de l’urbanisme n’exigeront pas la remise d’une maquette numérique pour l’instruction des dossiers, les intervenants du secteur ne feront pas l’effort d’intégrer le BIM dans leurs processus de travail.
Le passage au numérique ne doit plus être optionnel. Il est impératif que les services de l’urbanisme imposent des exigences techniques plus strictes.
Contrairement aux acteurs réticents au changement, certains maîtres d’ouvrage visionnaires ont compris l’enjeu. Pour les grands projets comme les centres hospitaliers, le maître d’ouvrage exige le processus BIM pour sécuriser son investissement.
Bien que l’intégration ne soit pas encore totale, la maîtrise de logiciels comme Revit devient une condition sine qua non pour répondre aux futurs appels d’offres.
Toutefois, elle estime que le Batimatec constitue une opportunité majeure pour vulgariser les solutions innovantes et les nouvelles méthodes constructives. En tant que représentants de l’incubateur de l’EPAU, notre présence ici vise à démontrer la viabilité de ces technologies.
Intégration graduelle de la domotique
Au-delà des professionnels du bâtiment, la résistance au changement s’étend également aux clients. Ceux-ci, en dépit des sommes considérables consacrées à l’acquisition de leurs biens immobiliers, ils perçoivent encore la domotique comme un surcoût plutôt que comme une valorisation de l’habitat. Pourtant, une catégorie de propriétaires commence à considérer ces technologies intelligentes comme une exigence indispensable pour le confort et la sécurité.
Une solution que le Groupe Archinov a intégrée depuis 2020, fait savoir Moussa Baraaddoun, architecte promoteur. En réponse à l’exigence de souveraineté nationale, le groupe travaille sur le développement d’une solution 100 % locale, actuellement en phase d’étude avancée, ajoute M. Baraaddoune.
Pour accompagner cette transition numérique, le groupe organise à titre gracieux, des formations techniques pour les électriciens sur l’ensemble du territoire national. En contrepartie, ces professionnels nous apportent des projets et bénéficient d’une commission sur les chantiers apportés. Le groupe dispose de 6 showrooms à travers le pays (Alger, Oran, Constantine, Sétif, Bordj Bou Arreridj) ainsi qu’une école de formation spécialisée à Skikda.
La domotique est une solution intégrée par le Groupe Mercure l y a 2 ans au sein d’une promotion immobilière à Sétif. Selon Mohamed Bouzerzour, architecte dans ce groupe, « la domotique s’impose désormais comme un levier stratégique et la demande pour ces solutions technologiques ne cesse de croître, confirmant la mutation du comportement du client en quête d’habitats intelligents ».
ATMC : Des formations pour piloter la transformation
Loin d’être une simple tendance mondiale, la modélisation garantit une construction « noble et durable », estime Djedid Boumediène, responsable de la pédagogie au centre de formation professionnelle privé ATMC (Algerian Trade Management and Construction). Pour lui, le concept du smart building, repose essentiellement sur la décarbonation notamment dans le mobilier urbain.
A ses yeux, pour concrétiser une smart city, les conducteurs de travaux doivent être formés sur la technicité, les méthodes de construction, la planification et la gestion financière.
Pour diminuer significativement les coûts énergétiques, notre interlocuteur trouve qu’il est possible de s’inspirer de standards internationaux tels que la RE 2020 et la RT 2012.
« C’est ici où l’expertise d’ATMC intervient auprès des acteurs de la construction, dont les techniciens de terrain, les décideurs et économistes de la construction, pour l’élaboration des cahiers des charges conformes, complets, et réussir par conséquent le déploiement de Smart cities », souligne M. Djedid qui préconise l’utilisation de Revit, qu’il qualifie de « must » et pour piloter cette transformation en raison de sa démocratisation. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans la volonté de l’État, qui s’implique déjà activement dans cette transition et représente un investissement initial.
En effet, sous l’impulsion du ministère de la Formation et de l’enseignement professionnels, les fondateurs d’ATMC se sont installés en Algérie pour partager leur expertise internationale et accompagner la montée en compétences des entreprises et des professionnels algériens du secteur BTPH.
« L’objectif est de transposer les standards mondiaux en Algérie, pour et par des Algériens », indique M. Djedid. Le responsable pédagogique souligne qu’ATMC adopte une approche inclusive ciblant aussi bien les entreprises et les étudiants que les professionnels du domaine « Afin de rendre ce savoir accessible à tous, l’école lancera prochainement une plateforme de e-learning dédiée à ceux ne pouvant pas se déplacer ».
Cette école aspire à préserver « la matière grise » du pays et ce, en offrant aux étudiants l’accès à ses formations à une tarification symbolique.
Elle soutient également, les ingénieurs porteurs de projets au sein de nos incubateurs pour concrétiser leurs innovations et ce en offrant une vitrine à chaque projet étudiant, tant sur sa plateforme www.atmcdz.com qu’à travers des partenariats stratégiques via des rencontres professionnelles et des after-works.
« Si les universités algériennes forment déjà d’excellents ingénieurs et architectes, « notre centre de formation complète ce cursus par un accompagnement sur mesure. À travers nos formations à la carte, nos blocs de compétences ou nos bootcamps, nous garantissons une montée en compétences opérationnelle et rapide», conclut M. Djedid.

