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Ballet diplomatique à Alger

En l’espace de quelques jours, l’Algérie s’est muée en épicentre diplomatique, avec trois visites de haut niveau : le Premier ministre serbe Djuro Macut, le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni.

Ces déplacements ne doivent rien au hasard. Parfaitement coordonné, ce « ballet diplomatique » illustre la quête stratégique des acteurs internationaux vis-à-vis de l’Algérie, qui se positionne aujourd’hui comme un acteur incontournable grâce à son énergie fiable, sa stabilité régionale et son rôle de passerelle vers l’Afrique.

C’est lundi passé que le Premier ministre serbe est arrivé à l’aéroport Houari-Boumediene, accueilli par son homologue Sifi Ghrieb. Il a  été reçu hier par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. La nature de sa visite était claire : il s’agit de réduire la dépendance de Belgrade au gaz russe et de forger une coopération au-delà du seul secteur énergétique. Les discussions au Palais du gouvernement ont mis en lumière le potentiel encore sous-exploité entre les deux nations.

Djuro Macut a souligné le lien historique forgé par la reconnaissance, dès ses débuts, du Gouvernement provisoire de la République algérienne par l’ex-Yougoslavie.

En retour, Sifi Ghrieb a insisté sur la nécessité de donner une nouvelle impulsion à la Commission mixte de coopération et de transformer les intentions en initiatives concrètes dans des domaines tels que l’agriculture, l’éducation, les transports ou encore le tourisme.

Les accords signés dans des secteurs tels que les finances, les télécommunications, la culture et le tourisme traduisent le désir commun des présidents Abdelmadjid Tebboune et Aleksandar Vučić d’élever cette relation à un niveau supérieur.

Dans un contexte mondial marqué par des chaînes d’approvisionnement souvent incertaines, la Serbie voit en l’Algérie un partenaire stratégique de confiance, capable de diversifier ses sources bien au-delà des frontières européennes traditionnelles.

Quelques jours avant cette visite serbe, Giorgia Meloni foulait pour la seconde fois en quelques mois le sol algérien. Si elle a renouvelé l’importance du partenariat stratégique entre l’Italie et l’Algérie, elle cherchait également à assurer un approvisionnement énergétique conséquent face à la réduction drastique du gaz russe.

Lors d’entretiens avec le président Tebboune, Meloni a qualifié les relations algéro-italiennes de véritable modèle en ces temps d’instabilité mondiale. La discussion a porté sur le renforcement des liens entre ENI et Sonatrach, la coopération en matière d’exploration maritime, les énergies renouvelables et les infrastructures comme le gazoduc Transmed reliant les deux pays.

L’Italie cherche à aller au-delà d’un simple rôle de client énergétique en investissant dans un avenir commun avec l’Algérie qui, en parallèle, assoit sa place de fournisseur fiable et de partenaire stratégique dans la région.

Enfin, jeudi dernier, c’est José Manuel Albares qui a rejoint Alger, durant une période marquée par une volonté affichée de réconciliation hispano-algérienne. Après une série de tensions diplomatiques, les échanges entre l’émissaire espagnol et le président Tebboune se sont soldés par une annonce forte : celle de la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération datant de 2002.

Un geste significatif indiquant un nouveau départ dans leur relation bilatérale. Les chiffres commerciaux illustrent clairement l’importance de ce rapprochement.

En 2025, les échanges entre les deux pays auront atteint 8,5 milliards d’euros, avec une nette progression des exportations espagnoles vers l’Algérie. De plus, près de cent entreprises espagnoles sont installées sur le marché algérien, témoignant ainsi d’une dynamique économique croissante.

Outre l’économie, la culture reste un levier essentiel, comme en témoigne l’inauguration récente d’un centre Cervantes à Oran. Ce ballet diplomatique met en lumière une synchronisation remarquable des agendas des différents acteurs internationaux.

Belgrade travaille à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou tout en élargissant ses perspectives économiques hors d’Europe ; Rome s’assure un accès prioritaire aux ressources énergétiques algériennes ; et Madrid répare une relation fragile mais stratégique.

Tous partagent cependant un même constat, qui, grosso modo, peut se résumer ainsi : l’Algérie ne se contente plus d’être un simple fournisseur de gaz ou un partenaire économique secondaire. Grâce à ses ressources abondantes, sa position géographique privilégiée et sa stabilité politique dans un contexte régional tumultueux, elle convertit ses atouts naturels en sources d’influence diplomatique durable.

Les réformes entreprises ont significativement amélioré le climat des affaires, ouvert de nouvelles opportunités d’investissement et établi le pays comme un point d’accès stratégique et crédible vers le continent africain. Les partenaires étrangers en sont pleinement conscients.

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L'express quotidien du 01/04//2026

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