John Bolton, bras droit de l’ancien secrétaire d’État US James Baker, chargé du dossier sahraoui, estime dans un entretien au média espagnol El Independiente paru hier que ‘’Trump pourrait changer d’avis sur le Sahara occidental s’il est incité à soutenir le référendum’’.
Dans un entretien fleuve sur le dossier de décolonisation au Sahara occidental, il a longuement expliqué sa problématique et détruit les thèses marocaines sur ce territoire ainsi que les tentatives du makhzen de pousser l’administration US à classer le Front Polisario comme organisation terroriste.
Il estime ainsi d’emblée que « la politique américaine concernant le Sahara occidental devrait revenir à ses origines de 1991, en soutenant un référendum permettant aux Sahraouis de décider de leur propre avenir ».
Ainsi, l’’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump prône un retour à la légalité internationale dans le conflit dans l’ancienne colonie espagnole, que Rabat occupe depuis 1975.
Estimant que le Front Polisario est le « représentant du peuple sahraoui », il souligne que « la tentative de Rabat d’obtenir sa désignation de « groupe terroriste » aux États-Unis est vouée à l’échec.
‘’J’ai donc été très impliqué dans la rédaction de la résolution du Conseil de sécurité de 1991 qui a créé la MINURSO et établi le processus du référendum’’, rappelle-t-il, avant de relever qu’en 1997, ‘’ Baker a été nommé envoyé personnel de Kofi Annan pour le Sahara occidental, car le Maroc avait bloqué le référendum. En réalité, rien ne s’était passé.’’
Bolton l’affirme : le Maroc bloque le référendum depuis 25 ans. Un référendum aurait été facile à organiser. Tout le monde s’accordait à dire que le recensement espagnol de 1975 était à la base de cette décision. Il s’agissait d’un total de 75 000 à 80 000 personnes.
Ce n’était pas une tâche colossale, mais 25 ans ont passé et le Maroc a effectivement pris possession de la majeure partie du Sahara occidental.’’
Bolton, qui recadre la politique américaine sur ce dossier, estime plus loin que ‘’la seule solution est d’organiser un référendum’’, car ‘’les Sahraouis eux-mêmes se trouvent toujours dans les camps de réfugiés de Tindouf (Algérie) et méritent de pouvoir rentrer chez eux. Personne ne le conteste.
La question est de savoir sous quelle souveraineté. Je continue de penser que ce n’est pas une question difficile.’’ L’aveu de Bolton est symptomatique de la position non constructive de Rabat sur le référendum, et il le dit : ‘’ J’ai parlé à plusieurs de ses successeurs (James Baker, NDLR), et ils ont tous dit la même chose en privé : le Maroc n’est pas prêt à risquer de perdre le référendum’’.
Stigmatisant la faiblesse de l’ONU, il précise : ‘’le comportement du Maroc a été obstructionniste dès le premier jour’’. Trump pourrait-il revenir sur sa première position après les accords d’Abraham ? Réponse de Bolton : Bien sûr qu’il le pourrait s’il le voulait.
J’ai été surpris que l’administration Biden n’ait pas modifié sa politique à son arrivée au pouvoir. Et je pense toujours que les États-Unis peuvent dire : « Écoutez, nous reconnaissons une possession marocaine de facto, mais nous pensons toujours qu’il devrait y avoir un référendum.
C’est l’essentiel. Si un référendum a lieu, la question peut être résolue d’une manière ou d’une autre. Mais les Marocains sont arrivés à la conclusion qu’ils ne peuvent pas contrôler le vote. Ils s’inquiètent du résultat. Ils ne veulent pas prendre de risque.’’
Quant à la position de Trump sur le référendum d’autodétermination, Bolton explique : « il était favorable à l’organisation du référendum par la MINURSO. Je pense qu’il n’a changé d’avis que dans le contexte des accords d’Abraham, juste à la fin de son premier mandat’’.
Enfin, il estime que « la position du gouvernement actuel n’est pas utile. Tout le monde s’est engagé à organiser un référendum, et les Marocains ont reculé. Et les victimes sont les Sahraouis qui vivent encore dans les camps de réfugiés de Tindouf, 25 ans après notre annonce, probablement 50 ans après la décolonisation, lorsque l’Espagne s’est retirée. C’est vraiment absurde.»

